Recto & Verso

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La grand'messe internationale de l'horlogerie et de la bijouterie s'est transformée en un îlot de cherté où, de plus, services et commodités ne correspondent souvent pas au standing visé.

WORLDTEMPUS – 31 mars 2010

Catherine De Vincenti

Chronique

Baselworld au recto, c'est plus de 100'000 visiteurs satisfaits, souriants et heureux. 1915 exposants qui n'évoquent même plus La Crise car ils la pensent derrière eux. Des horlogers helvétiques dont les exportations ont augmenté de 2.7% en valeur par rapport à l'an dernier. Dans les travées, on a revu passer des Américains plus ou moins chics et des Américaines dont la coiffure ne bouge pas d'un poil. Moins d'Arabes et d'Asiatiques mais entre les minarets étêtés et les mauvais souvenirs du SRAS -Syndrome Respiratoire Aigu Sévère - d'il n'y a pas si longtemps, on peut les comprendre. Ils reviendront l'année prochaine… Mais qu'est-ce que le peuple peut bien vouloir de plus?

Le "peuple" de tous ceux qui déboursent beaucoup (trop?) d'argent pour financer des stands vastes comme des lofts new-yorkais ou un petit immeuble de trois étages, il aimerait un peu plus de considération de la part de l'organisation de la Foire. Il apprécierait que le moindre morceau de scotch ou de bout de ficelle ne lui soit pas calculé au prix de l'or en barre. Que la somme qu'il doit débourser pour sa semaine de parking ne représente pas le loyer mensuel d'une chambre d'étudiant entre Lausanne et le campus universitaire de la ville!

Le "peuple" des visiteurs, il adorerait faire encore des découvertes à Bâle plutôt que de constater que, chaque année, la barre est placée de plus en plus haut alors que les stands des exposants se confondent avec le bling-bling hollywoodien.

Le "peuple" obligé de louer une chambre d'hôtel enfumée -on fume encore partout dans le canton - à Bâle ou dans la très lointaine banlieue, située au-dessus d'une sorte de 'lupanar' bruyant ou au bord d'une artère pratiquement autoroutière pour le prix de deux semaines de vacances aux Seychelles. Il rêverait, au demeurant, que l'Office du tourisme bâlois empêche les hôteliers de doubler ou de tripler le prix des chambres; qu'il les oblige à s'excuser quand à 7h30 du matin, il est impossible de prendre son petit-déjeuner et de payer sa chambre car il n'y a pas de personnel présent!

Ce "peuple" exploité, contraint à dépenser 60 francs suisses pour entrer dans des halles bâties non pas pour le faire rêver mais pour l'impressionner. Il serait presque heureux de payer ses 30 francs de parking journalier, si ce n'était pas pour se crotter les chaussures ou casser ses talons aiguilles sur un terrain vague, caillouteux, boueux et creusé de nids-de-poules desquels aucune Twingo ne ressort avec ses quatre roues. Il aimerait que les navettes l'amènent jusqu'à la Halle 1, sur la place, et non entre la Halle 4 et la halle 5! Il aimerait, en plus mais c'est peut-être trop demander, que le chauffeur de la navette à qui il pose une question lui parle dans une langue compréhensible, c'est-à-dire tout sauf du "baseltutch" mâtiné d'une agitation fébrile d'hôtesse de l'air en train de délivrer des conseils de sécurité.

Ce même "peuple", arnaqué par les cafés, bistrots, brasseries, sandwicheries à l'intérieur ou immédiatement à l'extérieur de la Foire, aimerait payer son café, en général mauvais, moins de 5.50 francs, sa limonade moins de 5 francs les 3 dl, son petit-déjeuner dans un grand hôtel de la Messe Platz moins de 32. francs et son sandwich non assaisonné au Café Bijouterie, à moins de 12 francs ou alors sel compris! Il serait heureux que dans les brasseries longeant les halles, on lui parle dans une langue nationale, c'est-à-dire éventuellement de l'allemand - quoi que quand on est asiatique, on accepte n'importe quel anglais de cuisine! Il apprécierait de ne pas se faire insulter par une patronne cacochyme et sa bande de serveuses échappées d'un atelier protégé parce qu'il attend depuis une heure et 10 minutes qu'on lui apporte un insignifiant «Tagesmenu », le menu du jour.

Baselworld_327986_0En bref, Baselworld sent l'arnaque à plein nez! Le "peuple" a souvent l'impression qu'il dérange tous ces braves gens qui sont là pour gagner grassement leur vie sur son dos. Et le peuple, il en a marre! Marre d'avoir honte! Marre que l'image que l'on donne de la Suisse ne soit pas celle que l'on souhaiterait! A Genève, au moins, Telecom a su donner un coup de semonce en s'expatriant brièvement en Asie. Malheureusement, à Bâle, le "peuple" est captif… Attention! La crise, internet et le monde qui change vont peut-être redistribuer les cartes… plus rapidement que l'on pense!