Tribune des Arts - Décembre 2011
Sylvie Guerreiro
“La Millenary 4101 brouille les frontières entre le dedans et le dehors”, dit le dossier de presse. Et c'est bien ce qui fascine. En particulier, les amoureux de belle mécanique qui touchent ainsi du doigt un vieux rêve, celui d'arborer en toutes circonstances un mouvement de haute horlogerie sans avoir à retourner sa montre pour l'admirer. Car si de prime abord, ce modèle affiche des allures de montre squelette, il n'en est rien. L'astuce est bien plus subtile. Le calibre a “tout simplement” été retourné. De quoi bousculer quelques idées reçues...

Ici, c'est précisément le calibre qui crée le spectacle et concentre en son sein toute l'ingéniosité des designers habituellement cantonnés au trio cadran – boîtier – bracelet. Non pas que l'un ait été choyé au détriment des autres, mais une vraie réflexion a été menée pour que fonctionnalité et design fusionnent. Ce qui a nécessité une intense collaboration entre les différentes équipes à l'œuvre. D'autant que ce calibre a entièrement été conçu, développé et produit à l'interne, dans les ateliers du Brassus.
Mais que voit-on au juste côté face? Le balancier, l'ancre et l'échappement, autrement dit, l'organe régulateur qui déploie ses courbes à 9 h. Tandis que les connaisseurs repèreront d'emblée le balancier et ses masselottes, les esthètes ne manqueront pas de remarquer le pont traversant qui le surmonte et qui constitue, à l'égal des onze autres et au-delà de son rôle de maintien des divers composants, un véritable élément de design. Les effets de contraste et de profondeur étant accentués par les côtes de Genève, le perlage, le colimaçonnage et autres décorations fait main dans la plus pure tradition suisse. Car il faut savoir que la moindre surface métallique a été sublimée, jusqu'au tour et aux fentes des vis qui ont été anglées. Une beauté toute technique qui se love dans un boîtier poli et brossé voluptueusement ovale, comme un contraste supplémentaire ajoutant à la sophistication de l'ensemble.

Côté déclinaisons, le choix se portera sur une boîte en acier pour un bracelet en croco noir ou une boîte en or rose pour un bracelet brun. La première arbore un mouvement dont la couleur anthracite est due à un traitement de surface galvanique, alors que la seconde lui préfère un aspect rhodié et doré. Mais toutes deux sont dotées d'une masse oscillante en or 22 ct, agrémentée des armoiries des familles Audemars et Piguet.
Fiabilité à toute épreuve
Ce qui ne se voit pas en revanche, ce sont tous ces détails qui forgent la remarquable fiabilité de la montre. À commencer par le balancier qui est à inertie variable et ponctué de huit masselottes en or gris lui conférant une meilleure stabilité de réglage dans le temps. Il comprend, en outre, le célèbre spiral Breguet et oscille à la fréquence de 28 800 Alt/h, ce qui lui offre une meilleure chronométrie et rend l'organe réglant moins sensible aux perturbations externes. Quant au pont de balancier, il est fixé de part et d'autre de la platine, pour une résistance aux chocs accrue. Reste le rotor qui, à l'instar du mécanisme permettant un remontage bidirectionnel (l'inverseur), est monté sur roulement à billes en céramique, le préservant de toute usure prématurée et de tout risque de blocage. Sans compter que le ressort de barillet ainsi armé à plus grande vitesse, libère une énergie plus régulière et, par conséquent, accroit la précision de marche.
Comme quoi, semer le désordre peut être renversant!
