Quand la poésie dépasse l'engagement

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Mahmoud Darwish, un des plus grands poètes du monde moderne et arabe, ne cesse par ses vers de donner la force de survivre malgré tout.
Tribune des Arts - Juillet 2009
Christine ZwingmannArt_326087_0


Mahmoud Darwish, la plus grande figure de la poésie arabe contemporaine, s'est éteint aux Etats-Unis en août 2008. Il venait de subir une opération à coeur ouvert. Né en 1941 dans le village de Birwa, en Galilée, qui fut rasé lors de la guerre de 1948, il connaît déjà le déracinement à l'âge de six ans. Clandestinement, sa famille retourne sur ses terres.

Le jeune Mahmoud grandit sur le sol natal devenu pays ennemi. C'est à l'école israélienne qu'il a écrit son tout premier poème, à l'occasion de l'anniversaire de la création de l'Etat hébreu. Il a alors douze ans. «J'ai parlé de mon village détruit, du camp de réfugiés, raconte Darwish. J'ai été convoqué par le gouverneur militaire. Ce jour-là, j'ai découvert le prix des mots». Il en découvre aussi la force et la puissance dont est imprégnée toute son oeuvre.

Jeune adulte, il milite au Parti communiste israélien. A plusieurs reprises, il s'exile, à Moscou, au Caire, à Beyrouth et à Paris. Avec toujours cette nostalgie du lointain pays au ventre. Un temps membre de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), auteur de discours pour Yasser Arafat, il démissionne au moment des accords d'Oslo, auxquels il est opposé. Il revient dès 1996 sur sa terre d'inspiration, la Palestine, et habitera définitivement Ramallah.


La Palestine, cette “pierre précieuse dans sa nuit sanglante ”
 

Si Mahmoud Darwish représente pour beaucoup le symbole de la résistance palestinienne, il n'en demeure pas moins un poète libre. Cette liberté n'est bien sûr pas celle du citoyen habitant sous le mur de séparation, subissant quotidiennement l'oppression militaire. Non, cette liberté est celle de l'être intérieur. Celle de l'artiste capable de pétrir du tragique pour en extraire du beau. La Palestine devient une métaphore pour le poète, telle une “ pierre précieuse dans sa nuit sanglante ”.

Avant de retourner s'installer en Palestine, Darwish prend réellement conscience qu'il n'y a que l'imagination qui parvienne à reconnecter avec la nostalgie des terres de l'enfance et recréer une identité: “ Le poème est dans l'entre-deux/Et il peut, des seins d'une jeune fille, éclairer les nuits/D'une pomme, éclairer deux corps/Et par le cri d'un gardénia/Restituer une patrie. ” Mahmoud parvient donc à transcrire les profondeurs de l'âme, tout en évoquant notre condition humaine.

En jouant de l'espace lyrique, le poète peut passer du relatif vers l'absolu en suivant son monde intérieur. L'hommage que porte son oeuvre s'adresse à toute l'humanité et son destin, mais prend source dans notre Histoire et prolonge les mythes du Proche-Orient ancien. Comme un artiste calligraphe, le poète plonge sa plume dans notre mémoire collective pour en extraire et dessiner la force du mot.

 

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