Christine Zwingmann

Inspirée par les écrits sur la psychologie des profondeurs de C.G. Jung, submergée par son propre imaginaire et passionnée d'art pictural, Meret Oppenheim quitte la Suisse en 1932 pour s'embarquer vers Paris. Elle n'a que 19 ans. Son allure frappe le fameux photographe Man Ray. Il en fait la muse des surréalistes qui mettent alors toute la culture sens dessus dessous. Cette Suissesse se lie d'amitié avec un compatriote dont la réputation va grandissant: Alberto Giacometti. Il reconnaît le talent original de la jeune artiste et l'encourage, en 1936, à participer au Salon des Surindépendants créé par les surréalistes (par opposition au Salon des Indépendants, jugé trop poussiéreux). Pour l'occasion, Meret Oppenheim réalise cette idée dont l'incongruité apparente enchante André Breton et ses compagnons: recouvrir de fourrure de gazelle une tasse à thé, sa soucoupe et une petite cuillère. Cette oeuvre devient aussitôt l'un des objets cultes du surréalisme et figure encore régulièrement dans les nombreux ouvrages consacrés à ce mouvement.
Cette idée “ fourrée ” est née – paraît-il – lors d'une rencontre au café de Flore à Saint-Germain-des-Prés, entre Meret Oppenheim, Picasso et la compagne de ce dernier, la photographe Dora Maar. Admirant les bijoux gainés de fourrures que créé et porte Meret, Picasso lance: “ On pourrait recouvrir de fourrure beaucoup de choses. ” Et la jeune femme de répliquer: “ Eh bien, cette tasse à thé, par exemple! ” Peu après, lors de l'exposition de 1936, le Musée d'art moderne de New York acquiert Le déjeuner en fourrure, ce qui lui confère une dimension internationale.
Etouffée par Max Ernst
Alors qu'elle est devenue l'une des personnalités les plus en vue du surréalisme, Meret Oppenheim laisse Paris derrière elle, à la surprise générale. Et rejoint Bâle en 1937. Ce départ est sans doute dû à son propre mythe qui pèse trop lourdement sur ses jeunes épaules. Mais aussi à sa relation amoureuse avec le peintre Max Ernst, de 22 ans plus âgé qu'elle, dont la personnalité commence à l'étouffer. En partant pour Bâle, Meret veut se donner un peu d'air. L'un de ses textes traduit ce sentiment: “ Ich bin ein Wickelkind / Gewickelt mit eisernem Griff. ” ( Je suis un enfant emmailloté / Emmailloté d'une main de fer.). Pour expliquer sa rupture avec le grand artiste allemand, elle écrit: “ La liberté ne nous est pas donnée, il nous faut la prendre. ”
En Suisse, Meret Oppenheim étoffe encore sa technique pour métamorphoser au mieux ses rêves en tableaux, en dessins ou en objets d'art. Dans les années cinquante, après quelques années de doutes, elle se jette à corps perdu dans la création, tous domaines confondus. Et cela jusqu'au dernier souffle qu'elle rend à Bâle en 1985, le jour même du vernissage de son second recueil de poésie, écrit et illustré par ses soins; le premier, Sansibar, datant de 1981.
