Le Matin - 1er décembre 2010
Fabiano Citroni
Si on a bien compris, c'est au niveau astrologique que ça se passe. «Je suis Capricorne, j'arrive donc par la volonté. Et je suis ascendant Taureau, je suis donc solide, explique Nelly Monéger-Glayre, 91 ans dans un mois et deux jours. Quand je décide quelque chose, je le fais. C'est pour ça que je me définis comme une personne pugnace», ajoute la Genevoise. Sa pugnacité a fini par payer: après huit ans de lutte, elle a enfin pu offrir, hier, une horloge au canton de Genève. Récit du combat mené par cette Capricorne ascendant Taureau à qui on ne la fait pas.


Dans les années 1930, Nelly est une gamine qui fréquente l'école du parc des Bastions et s'amuse dans le coin. Lorsqu'elle doit rentrer chez elle, à 6 h du soir, elle donne toujours un coup d'œil à l'horloge de la place Neuve. «A force de la regarder, je me suis attachée à cette horloge», confie-t-elle. Mais voilà, un beau jour, l'horloge disparaît. «Ça devait être au milieu des années 1930.»
Nelly prend alors une résolution: «Si un jour j'ai de l'argent, j'offrirai une horloge au canton, à mes concitoyens.» Elle commence à bosser. Mais gagne trois fois rien – 45 centimes de l'heure. «Je travaillais dans une maison de haute couture. Je faisais des robes à côté de mon travail. Elles me rapportaient environ 20 francs par pièce», précise Nelly.
«Ça m'a fait tilt»
De fil en aiguille, la jeune femme devient fonctionnaire. A l'Etat. Mais ne roule pas sur l'or. Alors qu'elle approche de l'âge de la retraite, elle hérite d'une belle somme. «Ça m'a fait tilt. Je me suis dit que je pouvais enfin remplacer l'horloge qui m'avait accompagnée tout au long de mon enfance.»
Nelly décide de passer la vitesse supérieure quelques années plus tard. En 2002, alors qu'elle est encore une gamine de 82 ans, elle écrit une lettre au magistrat de la Ville de Genève, l'incontournable André «Dédé» Hédiger. Et lui présente son projet. Deux ans plus tard, un concours est organisé par la Ville de Genève en partenariat avec l'ECAL (Ecole cantonale d'art de Lausanne). Un certain Nicolas Le Moigne remporte le concours. Son concept? Dire l'heure plutôt que la proclamer ou l'afficher.
Tout est bien qui finit bien, donc? Pas vraiment. Car la place Neuve est située en zone protégée et le canton a son mot à dire. Et alors? Et alors la Commission des monuments, de la nature et des sites estime que rien ne doit être installé de manière pérenne sur le Mur de la Treille et n'est pas vraiment emballé par l'horloge de Nicolas Le Moigne.
Pierre Keller en soutien
C'est la cata. Et le début d'une gonfle incroyable pour Nelly. La Ville écrit au canton qui ne répond pas. Nelly écrit au canton qui répond avec dix mois de retard. L'affaire s'enlise, mais l'octogénaire qui devient gentiment nonagénaire ne baisse pas les bras. Elle peut même compter sur le soutien de Pierre Keller qui demande l'autorisation d'installer un exemplaire de la fameuse horloge à l'ECAL. Nelly accepte sans hésiter.
Pour faire court, après un ping-pong pathétique entre la Ville et le canton, le conseiller d'Etat Mark Muller donne sa bénédiction en septembre 2009. Il accepte que l'horloge soit posée sur la marquise du bâtiment Uni-Dufour.
Plus d'un an plus tard – car à Genève, on prend son temps – l'inauguration officielle a donc eu lieu hier matin. «Mon vœu de gamine se concrétise enfin, confie Nelly. C'est l'apothéose.»
