Chez Alan Humerose, l'important n'est pas ce qui est donné à voir. Son diaporama projeté au Mamco, représente les images d'un moment pris entre deux moments.

C'est un carré blanc sur fond gris anthracite qui reçoit le diaporama de l'artiste Alan Humerose, au premier étage du Mamco. Une dizaine de minutes permettent de faire le tour de cette projection en boucle qui, selon un rythme aléatoire, se compose et se décompose en un duo photographique: un portrait et un paysage. Ces deux thématiques aussi anciennes que l'histoire de l'art se rejoignent dans un format carré, emblématique de l'art du siècle passé. Peu importe qui est représenté, peu importe quelle partie du monde est figée. Ce ballet visuel offre à l'esprit, non pas l'expression personnelle d'un être ou d'un lieu, mais une allégorie de la mélancolie qui se lit aussi «entre les photographies», puisque, pour le photographe, «travailler en diptyque revient à lire entre les images». Il est en effet «convaincu que c'est entre les lignes, entre les images, entre les impacts, que cela résonne le plus chez l'opérateur comme chez le regardeur».
Dans l'intimité d'un regard Le nombre de plans d'eau insiste symboliquement sur une dimension émotionnelle, les regards des femmes – car il s'agit de portraits exclusivement féminins – saisis dans leur intimité la plus farouche, donnent à voir des moments perdus que l'on ne partagerait généralement pas en public. Mais, grâce au mouvement, le regard du spectateur échappe à toute contemplation insistante ou intrusive. Le geste solitaire de la prise de vue est ainsi noyé dans la quantité ininterrompue d'images. «J'ai très tôt axé mon travail d'auteur sur la série photographique plutôt que sur l'élaboration ou la recherche de l'image unique», explique Alan Humerose.
La combinaison des prises de vue invite au voyage, à l'itinérance. Elles évoquent les «roadmovies», racontent des cultures différentes. Elles parlent de cet ailleurs qui nous habite constamment: être ici physiquement, mais mentalement ailleurs, perdu dans ses pensées. Le regard du rêveur éveillé. En cela, le diaporama est moins la représentation physique d'éléments que les images d'un moment. Un moment qui passe tel que le suggère le titre: Les grands centièmes. Un moment entre deux moments puisque le diaporama n'est présenté que dans un stade intermédiaire.
Bien qu'étant parvenue à une forme de maturation, cette installation n'est donc pas terminée selon son auteur. Les images saisies pour leur lumière chaude, les cadrages resserrés, les vues de Genève et d'ailleurs autorisent cependant déjà des histoires formelles, séquentielles, mentales ou émotionnelles.
Quelque part, dans l'obscurité de la salle, les mots du poète Verlaine résonnent: «Votre âme est un paysage choisi…»
Karine Tissot
Alan Humerose
Genève
Du 25 février au 24 mai 2009.
Mamco, Musée d'art moderne
et contemporain,
10, rue des Vieux-Grenadiers.
Tél. +41 22 320 61 22.
www.mamco.ch
Tribune des Arts - Février 2009 - No 369