Arny Kapshitzer, le rebelle

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Fou de Star Trek, détestant l'ordre établi, le créateur de la toute nouvelle marque horlogère AK Genève n'a ni sa langue ni ses mains dans la poche. Rencontre du troisième type…

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«Impossible? Pas possible!»

L'histoire n'est pas banale. L'homme non plus. Arny Kapshitzer n'est pas horloger, mais il vient de sortir une montre de haute horlogerie. Tout seul, ou presque. Patiemment, opiniâtrement, malgré l'absence de financiers et de distributeurs, et les «C'est impossible!» lancés en coeur par la profession. Déposant au passage quelques brevets et le label AK Genève. Un vieux rêve… C'est que Arny Kapshitzer n'est pas non plus un néophyte en la matière. De mère russe, professeur aux Beaux-Arts, le petit Arny hérite du goût pour l'art en général, dont la musique. De son père, russe également, ingénieur, journaliste, écrivain et dissident, il gardera celui de la technique, de la mécanique et, sans doute, du non-conformisme. Il se voit alors designer dans l'automobile ou l'aérospatiale. Bien que rock star, c'est pas mal non plus… Il intégrera donc l'Ecole des techniques et des métiers à Genève. Juste en face de l'Ecole d'horlogerie. Tiens, tiens! Mais voilà, les études, ce n'est pas ce qu'il préfère. Créateur dans l'âme, il suit un apprentissage de mécanicien automobile, tout en dessinant, à ses heures perdues, vêtements et autres objets pour des marques. Osons que diable! L'horlogerie, Arny Kapshitzer y touchera pour la première fois chez une grande marque suisse. Butant alors devant un mur de règles établies quant à la manière d'envisager une montre. Innover radicalement? Blasphème! Mais l'homme est obstiné. Il devient donc consultant pour une autre maison helvétique non moins prestigieuse. Dès 2001, il développe des concepts de montres, allant jusqu'à cofonder la marque Cvstos. Après? Que voulez-vous, l'appel de l'indépendance était trop tentant. Entre-temps, il aura assisté à la naissance de moult marques et fait des rencontres décisives. Comme celle de Julio Papi. «C'est un homme qui ose faire des choses que les autres n'oseraient jamais, s'enthousiasme Arny Kapshitzer. Il a toujours un regard d'enfant. D'un autre côté, c'est un géant avec qui vous pouvez manger des pâtes et discuter de tout. Il est vrai.» Autre rencontre capitale, celle de Roger Dubuis. «Comparé à Julio Papi, il a une approche plus traditionnelle de l'horlogerie. Mais les deux sont des personnes pour qui rien n'est impossible. Je les admire pour ça. Vous tirez beaucoup d'énergie de ce genre d'hommes.» Restait à bien s'entourer. Car Arny Kapshitzer n'a rien d'un prétentieux et encore moins d'un égocentrique. Denis Sottas, ancien banquier et gestionnaire de fortune, fait donc partie de l'aventure AK Genève. En tant que «responsable de plein de choses», et surtout des aspects financiers. Quant à Philippe Rouge, le troisième associé, un as des chiffres et du web, il est responsable administratif et de l'informatique. Mais c'est sans compter les nombreux spécialistes qu'Arny Kapshitzer ne remerciera jamais assez de l'avoir aidé. Tels que l'équipe de constructeurs de BECS Genève et la société Concepto. L'Enterprise au poignet Baptisée «Warp HMS Automatique», la montre d'Arny Kapshitzer – un fou de Star Trek – a donc tout de la science-fiction dont elle s'inspire. A commencer par la boîte en forme de navette dont le saphir est bombé et la carrure entièrement en fibre de carbone compressée. «Cette boîte est la partie la plus compliquée de la montre», précise le créateur. «Parce qu'elle n'a rien de conventionnel et que presque tout est fait à la main. Quand on sait que la couronne est à elle seule composée de vingt pièces…» Le cadran? Même combat. On croirait voir le ô combien mythique vaisseau Enterprise. Les heures et les minutes sautantes s'affichant sur deux disques superposés, alors que les secondes sont indiquées via un cylindre à 3 h directement relié à la couronne. Même le bracelet a quelque chose d'extraterrestre dans son matériau: le caoutchouc perfluoré. Et ce n'est que le début de l'odyssée. Un mouvement totalement fait maison et monté sur un seul axe devrait sortir l'année prochaine, ainsi qu'un tourbillon et un chrono. Plus une version joaillière. «On ne pensait en vendre que quelques dizaines, conclut Arny Kapshitzer. Ce sera visiblement quelques centaines.» Plutôt pas mal pour une utopie!

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Warp HMS Automatique en palladium. Heures sautantes et secondes affichées par un tambour placé dans le prolongement de la couronne

Sylvie Guerreiro Tribune des Arts - No364 - Septembre 2008