Mettre de la poésie dans ses moteurs

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Jean-Marc Wiederrecht est sur le point de célébrer les quinze ans de sa société Agenhor.

Gold'Or - Décembre  2010

Cristina d'Agostino



Le succès de Jean-Marc Wiederrecht s'est bâti sur plusieurs avancées mécaniques, dont son fameux système breveté d'indications rétrogrades du temps. Mais son secret pour concevoir de l'innovation est à contre-courant des formules chocs. Sa madeleine de Proust? Mettre de la poésie dans les rouages.

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Flambant neuf, le nouveau bâtiment Agenhor, sis au coeur de la zone industrielle de Meyrin, tranche avec le décor ambiant. Pas de surface bétonnée pour parc à voitures ni de grandes façades grandiloquentes. A la place, de simples allées en gravier, contournant des zones arborisées et un étang à poissons. En arrière plan, une construction moderne, dont l'aspect semble plus proche d'un habitat privé que d'une structure industrielle.



Objectif 0% de CO2

Jean-Marc Wiederrecht est fier de sa nouvelle manufacture. Un projet architectural qu'il a porté de bout en bout, avec une obsession qu'il nourrissait depuis longtemps – un site construit dans le respect de l'environnement et du développement durable et un objectif: 0 pour cent d'émission de CO2. Un pari bientôt doublement réussi pour Jean-Marc Wiederrecht. «Nous consommons moins de 1000 watts par mois pour faire tourner les structures et dès que j'aurai pu installer les panneaux solaires, je réussirai même à revendre de l'énergie au canton!» Mais les normes architecturales strictes de ce type de construction ne l'ont pas empêché de garder l'humain au centre de ses préoccupations. «Je ne voulais pas faire de ma manufacture un bocal aseptisé où règne le béton et l'air conditionné. Je voulais pouvoir ouvrir les fenêtres et entendre chanter les oiseaux, comme au temps des Cabinotiers. En ce temps-là, l'horloger ne travaillait pas dans une salle blanche, une charlotte sur les cheveux! Et ses montres étaient tout aussi belles.» Des ateliers à taille humaine, occupés par trois ou quatre horlogers par salle uniquement. Au total, neuf horlogers et trois constructeurs de mouvements forment la cellule centrale de sa manufacture qui emploie près de 25 collaborateurs.

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Au mur, ses principales créations

Un quantième perpétuel birétrograde pour Harry Winston, puis l'Opus 9 saluée par la profession comme la meilleure montre design en 2009, la HM3 pour Max Busser & Friends ou encore la Féérie pour Van Cleef & Arpels jalonnent les murs et l'histoire d'Agenhor. Avec un postulat clair: inventer une mécanique pure, esthétique, sobre et simple. Bien des développements pour de nombreuses autres marques prestigieuses sont en cours d'étude ou d'assemblage sur les établis des horlogers, mais le secret qui lie Jean-Marc Wiederrecht à ces noms de légende, souvent eux-mêmes porteurs d'une image «manufacture», doit rester impénétrable. Le quotidien d'Agenhor est d'ailleurs intiment lié à leur propre histoire, à leur ADN. «Rien ne me plaît plus que de passer des heures avec les patrons de ces marques à comprendre leur philosophie du temps, pour construire ensemble une nouvelle idée. L'exemple de la montre poétique pour Van Cleef est représentatif d'une conception du temps qui me plaît et qui me motive. Le Pont des Amoureux est une belle histoire que l'on raconte, mais le mécanisme à l'intérieur l'est tout autant. Personne ne le voit, mais certains composants reprennent le dessin de l'homme ou de la femme et j'ai passé quelques nuits blanches à imaginer comment laisser repartir au même moment les deux amoureux. Si l'homme était resté planté sur le pont en laissant partir sa belle, ça n'aurait pas eu la même poésie! » Une poésie récompensée lors du dernier Grand Prix de l'Horlogerie de Genève, qui a attribué au Pont des Amoureux le Prix de la montre dame.

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Autant d'inventivité pourrait déboucher sur la création d'une marque en son nom, mais la réponse fuse: «Tout le monde me demande si je fonderai un jour ma marque. Mais il n'en sera jamais question. Même avec du goût et des compétences, fonder une marque aujourd'hui est très dur. Et pourquoi se limiter à une seule lorsque l'on peut créer pour plusieurs?» D'ailleurs, Jean-Marc Wiederrecht piétine d'impatience lorsque l'on évoque ses prochaines créations qui seront révélées lors des salons en 2011. Mais c'est pour 2012 qu'il promet une petite révolution… encore plus poétique.



Une relève assurée

Avec 4000 mouvements fabriqués par année, Agenhor fait vivre un tissu artisano-industriel important, comptant une bonne vingtaine de sous-traitants. En tête de liste, Mimotec à Sion, avec qui il réalise ses fameux composants à formes poétiques ou ses roues à dents fendues. Alors, bien que la société soit liée fidèlement aux marques, Agenhor l'est également sur leur capacité à enrayer la crise. «Il y a quelques années nous développions sept à huit produits dans l'année. Aujourd'hui, nous n'en développons au maximum que trois. Nous pourrions faire bien plus et doubler notre surface, mais je ne le souhaite pas. Il faut rester prudent.» Un discernement que l'on souhaite à ses deux fils dont l'avenir se dessine déjà chez Agenhor. Nicolas Wiederrecht, diplomé de HEC et à la tête du département administratif, sera bientôt rejoint par son frère, ingénieur en microtechnique. Et Jean-Marc Wiederrecht de rêver de grands voyages, car en Suisse, le créateur se trouve un peu à l'étroit. «Plutôt que d'aller admirer les vitrines à Lucerne, je préfère les contempler grandeur nature à Shanghai!»

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