Genève sur la terre - Automne 2010
Nathalie Hug
Un acte authentique, daté du 29 mars 1718, atteste qu'un marché est conclut entre Abraham Favre et Daniel Gagnebin, maître horloger, pour que celui-ci enseigne «fidèlement au sieur Favre tout ce qui dépend de l'orlogerie autant que sa connaissance s'étend dans ce métier». Le maître s'installe dans la demeure familiale. Son enseignement est suivi de près par le fils d'Abraham, alors âgé de 16 ans. Abraham fils se passionne très vite pour le métier, on le retrouve sur d'autres actes notariés dès 1737 - date marquant le véritable début d'une tradition horlogère qui se transmettra de père en fils sur près de trois cent ans, soit dix générations.

Les Favre, avant d'être horlogers, sont «Anciens d'Eglise» ou membres de la Cour de Justice, fonctions qui présupposent la confiance et l'estime de leurs concitoyens. Notables originaires du Locle (Neuchâtel), ils semblent appartenir à la bonne race des «Montagnons» louée par Jean- Jacques Rousseau.
Abraham Favre, troisième du nom, collabore avec son beau-frère Jacques-Frédéric Houriet, que l'on considère aujourd'hui comme le «père de la chronométrie suisse ». Ensemble, ils travaillent sur des pièces commandées par des noms illustres comme Abraham- Louis Breguet. La cinquième génération, incarnée par Henry-Auguste Favre, voit naître l'industrialisation de l'entreprise familiale et avec elle, la conquête des marchés lointains. Celle-ci s'étend de Saint-Pétersbourg à New York, de la Havane au Chili en passant par le Brésil. Fritz Favre, fils d'Henry-Auguste, poursuit le projet de son père en introduisant l'entreprise à Bombay. C'est là que son petit fils, Henry, fait ses armes. A son retour, ce dernier continue de développer l'activité de l'entreprise avant de construire une manufacture à Lancy-Genève.

Très actif au sein des différentes corporations horlogères, il devient l'un des principaux acteurs du développement de l'industrie entre les années 50 et 70. Visionnaire, il fusionne avec Jaeger-LeCoultre pour fonder SAPHIR, un des principaux groupes horlogers suisses de l'époque. 1200 personnes travaillent alors sous sa direction et produisent jusqu'à 400'000 montres par an. Suite à sa mort, un lot de circonstances malheureuses force ses fils à vendre l'entreprise familiale. Une fin provisoire puisque la passion continue de se transmettre.

Ainsi, Laurent Favre (10ème génération), bercé par les histoires de ses aïeux, grandit dans la culture horlogère et, le moment venu, décide d'accomplir la mission dont il se sent investi, soit assurer la pérennité d'un savoir-faire unique en matière d'horlogerie. Il crée sa propre marque, «A. Favre & Fils», et achève, en février 2010, son premier garde-temps: la PHOENIX 10.1. Selon ses termes, l'objet incarne «une rencontre entre technologie de pointe et grande tradition horlogère»; il est conçu selon «les principes de la géométrie sacrée découverts dans l'Antiquité par Pythagore».
Devant ce bijou aux lignes pures, une seule pensée nous vient: Laurent Favre semble bien parti pour marcher dans les pas de son grandpère, Henry, auteur de la célèbre devise: «Toujours plus avant!»

