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Et pourquoi pas... ? - La théorie du genre et la Chanel J12

Et pourquoi pas... ? La théorie du genre et la Chanel J12

Franchir la barrière des genres en horlogerie avec l'androgyne Chanel J12.

Femme ou Homme ? Ou autre genre, voire sans genre. Ce débat de société fait actuellement rage, soulevant de multiples interrogations et nous ramenant à des questions fondamentales, telles que « qui suis-je ? ». Alors que ces questions importantes sont aujourd’hui discutées ouvertement, il m’a semblé important de voir comment il pouvait être vu du côté de l’horlogerie et de la montre.

Commençons d’ailleurs par cet article « la » montre. L’objet de tous nos désirs serait donc féminin. Pourtant, l’horloge est née pour accompagner des activités longtemps considérées comme masculines. Objet de guerre, de navigation, elle était avant tout un instrument destiné à servir des objectifs économiques, politiques ou guerriers. Ce n’est qu’en 1811 qu’Abraham-Louis Breguet conçoit une montre « féminine » destinée à la Reine de Naples, Caroline Bonaparte.

C’est alors que la montre rencontre le bijou, voire se fait bijou. Car l’une des caractéristiques de la montre féminine est justement de se fondre dans le bijou et de devenir un objet dual, combinaison unique de joaillerie et de mécanique.

Mais sautons les années pour revenir à notre époque et nous reposer la question : la montre est-elle féminine ou masculine ?

Pendant longtemps, les lignes semblaient claires : la montre d’homme était mécaniquement plus compliquée, possédait des dimensions plus imposantes et était plus virile dans sa construction et son apparence. La montre féminine restait plus menue, arborait des formes moins classiques, mais était bien plus raffinée, colorée, décorée ou sertie.

Et puis, les lignes se sont lentement brouillées…

D’abord, il y a eu les montres « d’hommes » qui ont commencé à orner les poignets féminins. Alors que la montre prenait de l’embonpoint – on pense par exemple à Panerai - elle séduisait de plus en plus les femmes. Il n’était plus rare de voir ces imposantes plongeuses sur des poignets fins. Au point que la marque florentine offrit rapidement un choix de bracelets de couleur pour « féminiser » son offre. Car la couleur était l’apanage des femmes. Les montres masculines se devant d’avoir des cadrans noirs, d’être souvent en acier et montées sur des bracelets encore limités aux couleurs classiques. Jusqu’au jour où le très martial bracelet NATO conquit les cœurs et offrit ainsi aux amateurs de belles montres une palette de couleurs infinie.

La couleur n’était plus associée à un genre.

En osant porter des montres initialement masculines, les femmes cassaient un autre code. Celui de la taille. La montre féminine se devait d’être petite. Pourtant, les pièces de 44 mm, ou plus, commençaient à séduire de plus en plus. D’ailleurs, ce mouvement allait aussi partir dans l’autre sens. Depuis quelques années, les montres rétrécissent et reprennent des tailles plus contenues. Au point que les petits boîtiers (39 mm, 38 mm, voire 36 mm) reviennent en force et séduisent… les hommes.

La taille n’était plus associée à un genre.

Il restait alors la joaillerie.

Les pièces féminines devaient, par nature, devenir bijoux en se couvrant de pierres précieuses, de sertissages en tout genre, voire de dessins, de gravures ou d’autres œuvres issues des métiers d’arts. Mais voilà, le bijou allait commencer à séduire aussi les hommes. Il commença par devenir l’apanage des rois, cheikhs, princes ou maharadjahs. Leurs montres osaient les pierres précieuses. Et puis vinrent les rappeurs, qui adorent casser les codes et se montrer avec des pièces rutilantes. Cela choque d’abord. Et puis, lentement, la tendance prend forme. Au dernier Super Bowl, c’est bien Adam Levine qui chantait torse nu, mais avec une Rolex Rainbow au poignet. Et les exemples sont nombreux. Au point de dire que…

La joaillerie n’est plus associée à un genre.

Cependant, dans une industrie classique comme l’est l’horlogerie, c’est plus le client qui est à l’origine de ce mouvement que les marques. D’ailleurs, certaines ont commis quelques impairs en associant trop certaines de leurs montres à un genre. Parlons d’une de mes marques favorites : Omega. Deux exemples me viennent à l’esprit. La Speedmaster « White Side of the Moon » et la Seamaster Planet Ocean 39 mm en or Sedna™ et cadran chocolat. Ces deux montres ont été lancées et positionnées comme des montres féminines, à une époque où justement les amateurs de montres commençaient à briser ces lignes de démarcation. Ces deux pièces auraient pu idéalement être mises en valeur comme des montres unisexes.

Rares sont donc les marques qui osent casser ces codes. Il y a encore les montres pour femmes et les montres pour hommes.

Pourtant, certains cherchent à sortir de ces sentiers – trop bien – battus. C’est Maximilian Büsser qui vient de lancer une montre à grande complication « pour » femme, la très jolie FlyingT. Mais, même si cette pièce est fascinante, elle reste cependant positionnée comme « féminine ».

Alors, la montre est-elle un objet masculin ou féminin ? La réponse se dessine peu à peu. Elle est un signe des temps qui évoluent. Cependant, une chose est sûre. Le mouvement s’opère majoritairement des montres d’hommes vers les poignets féminins. Il y a peu de montres « conçues » comme féminines qui se retrouvent aux poignets masculins.

Et c’est justement pour cette raison que la fameuse J12 m’intéresse tant. Car j’ai toujours imaginé que cette Chanel était une montre féminine qui pouvait intéresser de nombreux hommes, devenant ainsi une pionnière.

Alors parlons-en…

Pourquoi Chanel ?

Bien sûr, la marque fondée par Gabrielle Chanel n’a rien d’une marque horlogère. Par contre, c’est un nom qui symbolise beaucoup de choses : style, révolution, capacité à briser les lignes, fierté, mais aussi féminité.

La marque est née en 1910, se spécialisant à l’origine dans les chapeaux. Cependant, rapidement Coco Chanel développera ses propres créations de haute couture, en s’inspirant notamment des vêtements masculins. Déjà la marque était en avance sur son temps. Elle voulait proposer de la haute couture qui émancipait les femmes en offrant des créations faciles – et pratiques – à porter.

Après la haute couture, il y eut le parfum avec le lancement du 5 en 1924. Si la marque disparaît pendant le Seconde Guerre mondiale, elle renaît ensuite et continue sa croissance sous la direction de la famille Wertheimer, devenue actionnaire majoritaire de Chanel dans les années 50. Au début des années 80, Karl Lagerfeld – dont nous avons parlé dans un précédent « Et pourquoi pas… ? » - rejoint Chanel. Leurs destins sont désormais liés.

Il faudra attendre 1987 pour que Chanel se lance dans l’horlogerie.

La théorie du genre et la Chanel J12

La Boy∙Friend Tweed, la Première Velours et la Code Coco © Chanel

Aujourd’hui, Chanel dispose de quelques arguments solides. Son offre horlogère s’articule autour de plusieurs collections, dont la Première – avec un boîtier s’inspirant de la Place Vendôme, la Boy∙Friend – autre tentative d’abolir les frontières entre masculin et féminin, la Code Coco, la Monsieur de Chanel ou la Mademoiselle Privé.

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La Monsieur de Chanel et la Mademoiselle Privé Camélia Squelette © Chanel

Chanel propose aussi des montres de haute horlogerie et de haute joaillerie, qui brillent par leur originalité et ont remporté plusieurs prix lors des derniers GPHG.

Toutes ces pièces proposent un look très habillé, que la J12 vient doucement perturber.

La Chanel J12 : la passe-frontière…

Lancée il y a 20 ans, la J12 m’a toujours interpellée.

Elle est née comme une sportive féminine, désignée par le génial Jacques Helleu.

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Croquis de la J12 par Jacques Helleu © Chanel

Son nom s’inspire des voiliers Class J qui concouraient dans la Coupe de l’America. Elle se voulait à l’époque comme une pièce qui pouvait cependant séduire les hommes. Il y eut d’ailleurs quelques versions qui la « masculinisaient », comme le chronographe Superleggera ou la version en céramique « acier » Chromatic. Il y a même eu une rare et exceptionnelle J12 motorisée par un calibre Audemars Piguet, la Chanel J12 H2129. Lors de son lancement originel, la J12 était d’ailleurs proposée en plusieurs tailles, dont une très masculine 41 mm.

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J12 H2129 © Chanel

Mais elle resta cependant principalement une montre de sport pour femmes.

Peut-être était-elle née trop tôt. C’est la grande question que je me pose aujourd’hui. Avec le relancement de la J12, Chanel va-t-elle attirer plus de clients masculins ?

La montre conserve ses principaux atouts : une taille de 38 mm désormais « unisexe », une discrète lunette de plongeuse, une matière qui séduit le plus grand nombre (la céramique), un bracelet également en céramique toujours aussi agréable au porter, une couronne acier plutôt massive (mais pourtant plus petite sur cette version 2019) qui tranche avec la noire ou blanche en céramique et une esthétique sport-chic intemporelle.

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Arnaud Chastaingt © Chanel

Cette nouvelle J12 a été dessinée par Arnaud Chastaingt qui dirige le studio de design horloger de Chanel depuis maintenant 6 ans. L’homme s’y connaît en montres et est à l’origine de nombreuses montres Chanel. Il a d’ailleurs permis à la marque d’être récompensée deux années consécutives au GPHG, ce qui est un exploit d’autant plus notable que Chanel n’apparaît pas immédiatement comme une marque horlogère.

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La Première Camélia Squelette (GPHG 2017) et la Boy∙Friend Squelette (GPHG 2018) © Chanel

Pour ce cru 2019, la montre s’habille entièrement de céramique et perd son fond en acier.

Le cadran a été légèrement revu et est plus présent. La montre s’est légèrement épaissie, sans être déséquilibrée, et quelques éléments de design ont été affinés ou revus. Par exemple, la typographie des chiffres s’est affinée, les maillons du bracelet sont légèrement plus allongés et les aiguilles ont aussi eu droit à une petite cure de jouvence.

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J12, modèle 2019 © Chanel

Mais de manière générale, la J12 reste LA J12.

Mais un des changements les plus importants vient du mouvement, qui est désormais issu de la manufacture Kenissi dans laquelle Chanel a récemment pris des parts, confirmant son intention de continuer à développer ses créations horlogères.

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Calibre 12.1 © Chanel

Fini l’ETA des versions précédentes et bienvenue à ce calibre quasi « manufacture », qui offre une certification COSC, de belles finitions visibles à travers le fond saphir et une réserve de marche de 70 heures.

J’aime particulièrement la façon dont le fond de la montre a été travaillé, tout en rondeur, jusqu’à un étonnant rotor qui se présente sous la forme d’un cercle parfait, pleinement en accord avec le style général de cette séduisante Chanel.

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Les modèles J12 2019 en céramique blanche et noire © Chanel

La Chanel J12 revient donc sur le devant de la scène et c’est une excellente nouvelle.

Reste à savoir comment Chanel va positionner sa communication, 20 ans après le lancement initial de la montre. Verra-t-on de la continuité ou de la rupture ?

La société a évolué en profondeur. La Chanel J12 revient avec encore plus d’atouts.

À nous de voir comment elle sera accueillie. Par les femmes et par les hommes.

Qu’en pense l’avocat du diable ?

20 ans, c’est le bel âge ! Tout ce que le diable n’aime pas. Alors il reste en retrait et ne peut qu’ignorer une montre si juvénile, amusante et séduisante !

Mais plus sérieusement, que peut-on reprocher à la Chanel J12 – 2019 ?

D’abord, le fameux « Automatic ». Je ne sais pas pourquoi les marques continuent de polluer leurs cadrans avec cette mention. Elle ne fait aucun sens et n’apporte rien. Au contraire, elle alourdit inutilement le cadran qui est déjà plutôt chargé. En plus, pour une marque habituée à surprendre tout en restant classique, ce mot semble à la fois trop évident et pas assez « disruptif ». En résumé, ce n’est pas du Chanel !

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© Chanel

Ensuite, il y a la date. Le calibre Kenissi positionne la date entre le 4 et le 5. Pour être direct, la J12 aurait été bien plus belle sans date. Ou alors aurait-il fallu la traiter d’une manière plus originale pour qu’elle se démarque de ses deux voisins horaires. Là encore, la conséquence est un alourdissement du cadran.

Hormis ces deux éléments, rien d’autre à dire. J’aime autant la version noire que la version blanche et c’est une bonne chose que Chanel relance la J12 directement dans les deux couleurs.

Comment porter la Chanel J12 avec style ?

Alors, blanche ou noire ?

Eh bien, j’ai choisi la blanche. Je trouve que la Chanel J12 blanche est une montre parfaite pour flâner sous le soleil de Californie. Elle a ce côté décalé, en rupture – voire en avance sur son temps – qu’aiment les Californiens. Elle semble ne pas se prendre au sérieux, tout en osant être disruptive, ce qui peut parler aux nerds de la Silicon Valley.

Donc allons-y pour la J12 blanche.

La théorie du genre et la Chanel J12

La J12 en céramique blanche © Chanel

Optons donc soit pour un jean Jacob Cohen blanc et des espadrilles marine de Berluti, soit pour un pantalon coton blanc Hartwood et des mocassins d’été en veau velours de Loro Piana.

Après, rien de mieux qu’une chemise bleu clair Figaret qui apportera cette touche classique qui mettra en valeur le blanc de la J12.

Ensuite, un blazer à rayures tennis. Ce choix peut très vite s’avérer difficile, mais je pense que la veste d’un costume traveler bleu denim à rayures crème de Suit Supply serait idéale. Si la rayure ne vous séduit pas, un blazer denim de John Varvatos pourrait parfaitement « coller » à notre J12 blanche.

Pour finir sur une touche Chanel, rien de tel que le parfum. Là, tout devient très personnel, mais mon choix se tourne soit vers Pour Monsieur – qui reste une valeur sûre, soit pour le surprenant – et unisexe – Paris - Deauville.

Il ne vous reste plus qu’à profiter du soleil et attendre qu’il se couche pour changer de montre et passer du côté sombre de la Chanel J12, qui est tout aussi attirante.

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De son parcours, Gabrielle Chanel s’est forgé une force, un caractère et une puissante volonté d’indépendance. Avant-gardiste, décalée et en perpétuelle innovation, la Maison CHANEL a su traverser les décennies et est devenue un véritable symbole de distinction, d’élégance et de raffinement.

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