
Avant de devenir un espace de travail, la ferme neuchâteloise mue en une manufacture horlogère ancrée dans son temps, était avant tout le décor des passions de l'horloger Vincent Bérard. De ce bâtiment agricole du XVIIIe siècle, perché à 1100 mètres d'altitude, niché entre la lisière de la ville et les pâturages, l'horloger est littéralement tombé amoureux. C'est là qu'il s'est établi dans les années 90, cultivant l'art minutieux de donner un visage au temps tout autant que les légumes de son potager, élevant poules, moutons et chèvres, exploitant un gîte rural, distillant les fruits de son verger. Tel un paysan-horloger, il est parvenu pendant quelques années à concilier ses deux activités.
Respecter l'âme du lieu
Mais les temps ont changé et si Vincent Bérard est depuis quelques années plus accaparé par l'élaboration d'objets d'art horlogers que par l'agriculture, l'homme n'a pour autant pas renié ses passions. Et c'est tout naturellement qu'il a choisi ce lieu dominant le boulevard des Endroits pour établir sa manufacture. Le projet n'aurait sans doute pas été possible sans le rachat de sa jeune société, en 2006, par le groupe horloger Timex. Mais Vincent Bérard a su préserver ses racines en respectant l'âme de la ferme, l'architecture d'origine et les éléments clés de sa structure. Après trois ans de travaux de rénovation, l'ancienne grange est ainsi devenue un spacieux atelier ouvert sur les sapins et le ciel. Les chambres abritent le département de recherche et développement, celui de la haute décoration, celui du contrôle mais aussi l'espace réservé à l'accueil de la clientèle.
L'inauguration de la manufacture des Endroits laisse présager un important développement pour cette marque née en 2003. “Nous prévoyons d'augmenter notre personnel de cinq à sept nouveaux employés par an ces prochaines années”, souligne Herbert Gautschi, le dynamique CEO de Vincent Bérard SA qui emploie actuellement 20 personnes. Ce nouvel outil va également permettre de produire une centaine de garde-temps chaque année. La formation devrait aussi prendre de l'ampleur, selon le principe de compagnonnage cher à Vincent Bérard. Si la manufacture a été conçue comme un outil de production dotée des équipements techniques les plus pointus, permettant à la marque de préparer, monter et décorer à la main des montres de très haute qualité, l'horloger tient à ce qu'elle demeure un vaste domaine créatif. Scientifique, technique, artistique… C'est d'ailleurs là qu'il continue de travailler quotidiennement, dans son atelier personnel au-dessus de son domicile, dans l'annexe de la manufacture, où il pratique aussi la peinture, la photo et la sculpture.
