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Calcutta prend conscience de sa beauté

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Un architecte, Manish Chakraborti, préserve l'exceptionnel patrimoine architectural colonial de la capitale de l'Etat indien.
Loin du Rajasthan et des plages du sud, qui tentent d'abord les touristes, Calcutta, la grande mégapole aux quelque 14 millions d'habitants, se mérite. La capitale du Bengale n'affiche pas qu'un extraordinaire entassement humain.

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Calcutta recèle une cinquantaine de palais, tous superbes mais pour la plupart délabré. Une sorte de Havane indienne. Elle n'évoque pas que Mère Teresa et le roman La Cité de la Joie, de Dominique Lapierre. Elle recèle aussi plus d'une cinquantaine de palais, érigés pour la plupart du temps de l'Empire britannique en Inde dont la capitale était Calcutta jusqu'en 1912, avant son transfert à Delhi. Bien qu'en majorité délabrées, ces demeures ouvrent la porte aux rêves. On imagine les ardentes discussions sans fin auxquels se livraient les riches Bengalis désoeuvrés, leur musique et leur poésie. L'un des plus riches musées de l'Inde, l'Indian Museum, renferme des collections de sculptures et de bronzes bouddhiques et brahmaniques. Et l'Empire britannique à partir de 1773, a laissé de très beaux monuments dans cette ville relativement jeune, puisque fondée dans les années 1690. «Une ville d'une beauté sublime», estime Alain Bossu, directeur du magazine Inside Travel et dont le grand-père maternel est de Pondichéry, mais qui se laisse conquérir par les lève-tôt. Car jusqu'à dix heures du matin, il y a très peu de monde dans les rues qui dégagent alors un calme absolu. «Pour les Anglais, c'était la deuxième ville au monde après Londres.» Ville dynamique et travailleuse, Calcutta ne se préoccupait guère de son passé. C'est ainsi que le cimetière français a été recouvert par un immeuble. Par ailleurs, ruinés, les propriétaires des palais n'arrivaient plus à entretenir leur bien. Ce qui fait qu'ils appartiennent pour la plupart à l'état bengali, accueillant même parfois des réfugiés. L'un des rares à être resté en mains privées, est le Marble Palace. Datant de 1835, son architecture inspirée de Palladio fournit un beau contraste avec son environnement. Resté propriété de la famille Mullick, au coeur d'un quartier artisanal, il comprend à l'intérieur un décor à la Visconti, aux lustres de Venise, aux stucs et aux cadres dorés ternis, avec des reproductions de tableaux de grands maîtres, des vases de Sèvres et des statues… Le témoignage d'un temps révolu. De restauration en restauration Ce riche patrimoine architectural, que les spécialistes comparent à celui de La Havane, laisse pourtant de moins en moins indifférent. Un architecte de Calcutta – rebaptisé désormais Kolkata même si le nom a de la peine à s'imposer – Manish Chakraborti est un ardent défenseur de ce patrimoine architectural colonial. Il ne se contente pas de faire visiter sa ville aux personnalités de passage, de donner des conférences et d'écrire des livres. Il passe ou oblige à passer aux actes. Ainsi, le bâtiment de la mairie, de 1813, a été le premier à être rénové. Il abrite aujourd'hui un musée de l'histoire de la ville que l'on peut visionner grâce à une installation audiovisuelle hightech unique en Inde. L'architecte s'est personnellement et longuement impliqué dans la restauration du Metcalfe Hall, un grand bâtiment de calcaire autrefois bibliothèque et qui abrite à présent différents bureaux gouvernementaux. Et depuis, la litanie des immeubles restaurés ou en voie de l'être ne cesse de s'allonger. Une liste qui va de l'immeuble Métropole à la Poste centrale, au Trésor, au Théâtre Star et à des maisons particulières comme Vidyasagar et Vivekananda… Calcutta, cette ville au charme indéfinissable et qui nous étonnera toujours, est plus que jamais la capitale culturelle de l'Inde. M. B.
Un témoignage unique Sous la supervision du grand photographe allemand, Peter Bialobrzeski, vingt et un étudiants en photographie de l'Université de Brême ont saisi au bout de leur objectif l'héritage architectural, bien que dégradé, de la Calcutta du XIXe siècle. Un témoignage unique, accompagné de textes de Manish Chakraborti. Calcutta, Chitpur Road Neighborhoods, sous la supervision de Peter Bialobrzeski, aux Editions Hatje Cantz. Prix: CHF 69.–.
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TRIBUNE DES ARTS - NOVEMBRE 2008 - No. 366