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Des couleurs à toucher avec les yeux

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Parler de couleurs est affaire de langage en premier lieu : la couleur se voit, la couleur se nomme, un nom de baptême différent en fonction des cultures. Et au-delà de cette verbalisation, qui part de l'œil pour passer par la voix, la main s'invite.
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TENDANCE : Des couleurs à toucher avec les yeux 

La dernière édition du Designer's Days, le parcours parisien du design, a demandé aux différents participants de la manifestation d'imaginer des scénographies sur la thématique “Matière Couleur”. Très naturellement, le Comité français de la couleur s'est associé à l'événement en co-organisant avec le magazine Intramuros, une conférence sur le thème “chromo-matérialité”. Un vaste sujet qui a réuni architectes, designers, scientifiques et coloristes, un sujet sans limites où tout est question de perception et par ricochet de communication. Parler de couleurs est affaire de langage en premier lieu : la couleur se voit, la couleur se nomme, un nom de baptême différent en fonction des cultures. Et au-delà de cette verbalisation, qui part de l'œil pour passer par la voix, la main s'invite.

Pour l'architecte et designer Alessandro Mendini, qui intervenait à la conférence : “La couleur est une illusion, elle n'est là que pour générer des récits”. Toute l'œuvre considérable de cet Italien plonge dans une palette généralement joyeuse où la couleur narrative vient frapper la rétine jusqu'à déranger notre “bon goût”. Avec d'autres collègues comme Ettore Stottsass et Andrea Branzi, il fonde le studio Alchimia à la fin des années 70, période libératrice où la couleur vient effacer les teintes ennuyeuses des intérieurs bourgeois. Mendini “chantre du design banal” initie une esthétique alternative où la “couleur est une pellicule ou au contraire se fait massive, pesant de toute sa substance pour exister”. Mais pour ce professionnel, la couleur vient tout de suite après la forme sur laquelle elle s'applique, juste avant le décor. La couleur n'est donc pas ornementale, elle doit faire sens, elle doit faire signe, se signaler. À l'image du fauteuil de Proust (édité par Cappellini), créé en 1978 qui est recouvert d'un motif coloré inspiré du pointillisme d'un Seurat, “devenu un manifeste de la couleur et de mon travail” indique-t-il. D'emblée, d'un simple coup d'œil, cet objet raconte une histoire et traduit aussi la volonté de Mendini d'utiliser la couleur comme un alphabet limpide pour le commun des mortels. Couleurs de riches, couleurs de pauvresLa couleur est syllabaire, mais elle peut aussi muette. Alessandro Mendini reconnaît que la couleur n'appartient pas ou plus à nos cultures occidentales : “Les pays pauvres ont des couleurs gaies, alors que les pays riches préfèrent les couleurs tristes”. Parce que les couleurs sont nos cieux considérées comme le signe d'un excès, d'une absence de profondeur, d'une vulgarité trop clinquante. La domination du noir chez les beautiful peoples est le reflet très visible de ce refus volontaire de la couleur qui claque trop aux yeux.Attaché à l'ethnicité des couleurs, à leur origine, Mendini tente de comprendre les couleurs de “l'autre”, non pas pour imiter ou singer mais pour apporter un autre regard à notre environnement. Et c'est là qu'intervient l'idée de matière. “L'objet est une énergie en expansion” souligne-t-il. Il faut donc imaginer des partitions de couleurs avec des états de matières, des variations de textures jusqu'à faire sortir les couleurs de la surface. Surface qui aujourd'hui ne doit plus être plane, aplatie, mais matérialisée à l'œil et au toucher par des effets en 3D. Des secteurs comme le packaging ou l'automobile sont très en pointe dans cette matérialité de la couleur, couleur “teintée dans la masse” qui savent flatter les sens et enrichir de manière plus concrète la palette “de millions de couleurs” que nous assène les nouvelles technologies. Aujourd'hui, un téléphone portable, une télévision, un ordinateur offrent une qualité d'image exceptionnelle indéniable, mais ils ne peuvent encore transmettre la sensualité de l'objet en réel, c'est-à-dire ils ne peuvent nous entraîner dans la trilogie des phases physique, psychologique et cognitive. Jacques Lafait, physicien et directeur de recherche de couleur au CNRS, intervenant à la conférence du Deigner's Days, rappelait que “la couleur n'existe pas !” Elle est une vue de l'esprit. D'où l'importance de la charger de sens, d'histoires, d'imaginaires, de mythologies… pour que nous ayons envie de l'attraper. Dominique Cuvillier, secrétaire général du Comité français de la couleur. Tendance_320193_1SOURCE : Trendmark (cliquez sur le fauteuil Proust ci-dessus).http://www.trendmark.fr/