Quel est ce service Internet dont tout le monde parle et qui connaît actuellement une croissance exponentielle de son nombre d'utilisateurs? Non, il ne s'agit pas de Facebook, ni de Twitter, mais d'Instagram, une plate-forme d'échange de photos prises avec un téléphone portable.
Lancé en septembre dernier, Instagram réunit aujourd'hui une communauté de plus de cinq millions de membres qui partagent près de cent millions de photos. Des chiffres impressionnants pour une société qui ne compte qu'une dizaine d'employés.
Cette success story, réalisée sur un marché – celui de la photographie en ligne – que l'on croyait figé depuis des années, est révélatrice d'une tendance forte dans le comportement des photographes amateurs: l'utilisation croissante du téléphone portable comme appareil de prise de vues. Instagram a en effet la particularité de n'être disponible que sur iPhone, qui s'est récemment imposé comme l'appareil photographique le plus utilisé par les membres de la communauté Flickr, qui héberge plus de 5 milliards de photos.

Photographie itinérante et sociale
L'analyse des statistiques fournies par Flickr montre que l'utilisation des téléphones portables se fait au détriment des compacts numériques. Ces derniers ne disposent pas d'une connectivité Internet mobile ni d'une interface permettant de publier instantanément et simplement des photos sur un réseau social. L'amélioration de la qualité photographique proposée par le téléphone portable en fait désormais l'instrument idéal pour partager des moments de vie avec ses amis en ligne.
Instagram a pleinement saisi cette opportunité. En permettant aux amateurs d'appliquer des filtres sur leurs images avant de les partager sur le Web, Instagram leur apporte ce petit plus qui fait son succès. D'autres start-ups cherchent également à se positionner sur ce segment de marché. C'est notamment le cas de PicPlz, Burstn, hipstamatic ou encore Color, application mobile qui créé automatiquement des albums photo composés de tous les clichés pris par les utilisateurs se trouvant dans un même lieu géographique. Toutes ces applications ne connaissent pas le même succès qu'Instagram et les esprits les plus critiques dénoncent déjà une bulle spéculative, compte tenu des sommes investies dans leur développement (plus de 40 millions de dollars pour Color).

Quels usages pour les marques?
Plusieurs marques, comme de Gucci, Burberry et Swatch par exemple, ont très rapidement compris que les réseaux créés autour de ces applications de photographie mobile pouvaient constituer un nouveau canal de promotion de leurs produits et de mise en relation avec les consommateurs. Le fait qu'une application comme Instagram soit uniquement disponible sur iPhone permet en outre à une marque de s'adresser à une clientèle bien ciblée, et a priori aisée.
A l'instar de Twitter, les applications telles que Instagram permettent à leurs utilisateurs de s'abonner au compte d'une marque et de recevoir les photographies publiées par cette dernière. Instagram propose en outre un système de hashtags, soit des liens supplémentaires, qui permettent de catégoriser les photos et d'identifier celles qui concernent une même thématique – (par exemple #fashion pour regrouper des photos de mode). Ce mécanisme peut être utilisé pour organiser des concours de photos en demandant, par exemple, aux utilisateurs de catégoriser leurs photos avec le nom de la marque ou d'un événement qu'elle organise. Le mois dernier, toutes les photos étiquetées #concert4nyc ont été diffusées dans le cadre d'un concert des Black Eyed Peas pour une œuvre caritative.
La photographie mobile offre également aux marques l'opportunité de partager du contenu exclusif et de faire découvrir à leurs fans des endroits auxquels ils n'ont normalement pas accès. La marque Burberry a ainsi diffusé des photos des coulisses de son dernier défilé depuis son compte Instagram.
Les marques disposent d'archives photographiques contenant souvent des pépites, qui peuvent retrouver une nouvelle vie sur les plates-formes d'échange de photos et notamment sur Instagram, dont plusieurs filtres donnent aux photographies une apparence vintage. Gucci a ainsi publié une photo de 1960 montrant l'acteur Peter Sellers visitant une boutique de la marque à Rome.

A l'heure actuelle, la plupart des marques horlogères sont totalement absentes de ces services. Même si elles ne souhaitent pas y développer leur présence dans l'immédiat, elles devraient toutefois prendre le soin de sécuriser le pseudo correspondant à leur nom, afin de pouvoir se lancer sans contrainte le jour où elles le décideront. Aujourd'hui, une recherche sur différents noms de marques laisse apparaître des photos de particuliers qui sont peu en phase avec l'image des marques concernées