Revolution #5 - Septembre 2009
Mathilde Binetruy

Philippe Merk, CEO d'Audemars Piguet © Revolution
Au terme d'une année économique en demi-teinte et au moment de l'inauguration de la nouvelle manufacture des Forges au Brassus, Philippe Merk revient sur son semestre de présidence. Magnanime mais visionnaire, l'homme possède une vocation supplémentaire à celle de CEO : l'envie et le plaisir de créer.
Après six mois à la tête d'Audemars Piguet, comment vous sentez-vous ?
Ma première impression est que je sens un véritable soutien des équipes. Depuis mon arrivée, il y a eu quelques changements au niveau de la direction, tant au niveau industriel que dans le marketing. Nous avons aussi créé un nouveau poste attaché directement à la direction. Il s'agit d'un responsable du département recherche et développement, pour tout le groupe Audemars Piguet. En résumé, je me sens parfaitement bien dans cette nouvelle équipe.
La période économique n'était pas des plus favorables à votre arrivée, comment avez-vous géré cet état de fait?
C'est certain qu'il a fallu revoir des choses, reconsidérer le budget, examiner les développements sous un autre angle. L'aspect court terme a pris une vraie dimension et il a fallu assurer une bonne gestion des stocks. Mais, nous travaillons en permanence avec un esprit de pérennité. On oeuvre sur différents niveaux. Bien sûr, la crise est un facteur qu'il faut prendre en compte mais c'est une période transitoire. Qui sait combien de temps elle durera, 6 ou 18 mois. D'un autre côté, nous avons 134 ans d'histoire derrière nous…
Chez Audemars Piguet, vous avez choisi d'avoir une communication de crise transparente et de rendre publiques vos mesures (mobilité interne, redistribution des postes detravail, départs en pré-retraire). Qu'est-ce qui a motivé ce choix ?
Nous avons étudié toutes les options qui s'offraient à nous. Le plus important à nos yeux était de préserver les emplois et, pour ce faire, nous avons émis toutes les options possibles. Nos solutions sont la résultante d'une véritable analyse des faits. Les décisions ont été mûrement réfléchies. De plus, il nous apparaissait primordial de communiquer en interne, auprès de nos employés, l'état exact de la situation.
Aujourd'hui, sur quels marchés se dessinent l'embellie pour Audemars Piguet ?
2009 a été une vertigineuse chute en avant. Au début de l'année, on suivait l'effondrement de la courbe et on se demandait si on allait prendre des mesures à long terme ou structurelles. Aujourd'hui, précisément, on sent poindre un frémissement de stabilité. On revient à des chiffres des années 2006/2007. Les marchés américain, espagnol et japonais, particulièrement affectés, sont encore poussifs mais l'espagne montre ses premiers signesde stabilisation.
Une marque concurrente a annoncé récemment son engagement avec votre ancien partenaire sportif Alinghi. Qu'en est il de votre politique de sponsoring pour 2010 ?
Se séparer d'Alinghi a été une décision difficile mais nécessaire à prendre. Nous avons connu de glorieux et fantastiques moments ensemble et il était judicieux de se séparer au sommet. Ces années de sponsoring sportif n'étaient pas seulement pour nous un autocollant sur un bateau mais un véritable engagement humain. Nous avons injecté nos compétences dans l'organisation de l'évènement. Aujourd'hui, nous avons de nombreuses plateformes marketing en ébullition. Nous sommes engagés dans la Formule 1, nous avons des ambassadeurs dans le monde du golf et de nombreux projets sont dans le pipeline. Nous avons aussi envie de nous tourner vers des projets culturels.
L'horizon 2010, c'est quoi pour Audemars Piguet ?
Pour moi, le pire des cas, ce serait un développement latéral, au point de vue des chiffres. Pour donner un sentiment impartial et typiquement suisse, je dirais que nous avons 50% de chances que la fin de l'exercice 2010 marque une certaine amélioration.
Et que peut-on vous souhaiter personnellement ?
Il reste beaucoup de choses à mettre en oeuvre. Je pense notamment au 40ème anniversaire de la montre royal oak en 2012. Il y a aussi une véritable réflexion industrielle à mener. A dire vrai, j'ai plein de défis pour 2010.
