La question taraude toutes les directions de manufactures : commentévoluer sans se renier ? Où placer le curseur entre les innovations «légitimes » et les « diversions » opportunistes ? Un photographeespagnol ouvre une piste créative pleine d'enseignements…




CRÉATION : comment concilier innovation et tradition ?
L'horlogerie se flatte toujours d'avoir traversé quatre siècles de progrès techniques sans renoncer à ses « traditions ». On l'accuse souvent de négliger les « innovations » qui lui permettraient de légitimer son savoir-faire dans le XXIe siècle. Simple question : comment retremper la tradition dans un bain d'innovation ?
La question taraude toutes les directions de manufactures : comment évoluer sans se renier ? Où placer le curseur entre les innovations « légitimes » et les « diversions » opportunistes ? Les premiers débats autour du silicium introduit dans les mouvements de haute horlogerie – dilemme aujourd'hui tranché – étaient un bon témoin de ces interrogations. La polémique fait toujours rage à propos des nouveaux matériaux : compte tenu des progrès technologiques, seront-ils encore pérennes dans un demi-siècle, seront-ils réparables ou plus simplement toujours disponibles en catalogue ?Sans vouloir répondre par des exemples précis à ces questions [encore que Business Montres n'ait jamais caché son enthousiasme pour les mutants d'une nouvelle révolution horlogère, au-delà des hommes et des marques], on pourrait trouver des éléments de réponse analogiques dans les propositions d'un créateur espagnol, Eugenio Recuenco, pionnier d'une nouvelle génération de photographes.
L'artiste a entrepris de repenser la célèbre frise des Panathénées, qui ornait le fronton du Parthénon d'Athènes. Dispersées entre le musée d'Athènes et le British Museum, les éléments de cette frise (datée de 440 avant notre ère, avec 360 personnages sur 160 mètres de sculptures) sont retraités dans un style héroïco-réaliste, légèrement kitsch (mais pas trop), qui magnifie l'énergie primaire des personnages, leur éternelle jeunesse (non sans un érotisme subtil), avec de jolies nuances dans l'interprétation des dieux et des héros humains. On est ici entre la sculpture traditionnelle telle qu'elle émerge du marbre (ronde-bosse) et l'imagerie numérique contemporaine telle que la libère le high-tech créatif.
Soit un superbe exemple de dépassement dialectique du couple tradition-innovation, fusionnés dans un même creuset pour produire un nouvel art sans équivalent esthétique.
L'exemple du travail d'Eugenio Recuenco est à méditer par les horlogers non seulement pour sa réussite dans le retraitement créatif d'un chef-d'œuvre immortel de la sculpture européenne, mais aussi pour son respect de l'esprit même des sculpteurs d'il y a 2 500 ans. Le meilleur des deux univers se trouve démultiplié et magnifié, avec une stupéfiante capacité de séduction.

SOURCE : Business Montres, 21 juillet 2008 (cliquez sur le bouclier du jeune guerrier ci-dessus)…NOTE :Ceux que cette mise en couleurs (modérée) pourrait choquer devront prendre en compte que, selon les archéologues, ces frises du Parthénon, aujourd'hui couleur de pierre blonde, étaient à l'époque enduites de peintures dont les tons nous sembleraient aujourd'hui de très mauvais goût...
