Depuis quand vous occupez-vous des partenariats ?
Je travaille pour la marque depuis douze ans et je m'occupe des partenaires depuis 2018. Au début, j'étais la première à dire à mon père que nous avions trop de partenaires et que nous ne pourrions pas suivre. Deux mois plus tard, je revenais avec de nouveaux noms en lui disant qu'il fallait absolument les avoir dans la famille ! Tout cela est très organique. Nous ne cherchons pas des visages à tout prix.
Vous êtes très impliquée dans l'événementiel, notamment le Rallye des Princesses. Ces rencontres avec les clientes nourrissent-elles le processus créatif ?
Bien sûr, c'est indispensable. Prenez la collection sport (la première dédiée aux femmes) RM 07-04 : son développement a été très long, la réflexion a commencé lorsque j'ai débuté pour la marque au Moyen-Orient, où je m'occupais de développer pour la marque et surtout de comprendre le segment féminin. Tout d’abord, il y a eu toutes ces rencontres avec ces femmes, et cette écoute de leurs attentes, de ce qui leur manquait dans leur expérience avec les marques de luxe. En tant que marque, je veux que nous soyons à l'écoute. Cela ne veut pas dire suivre tout ce que l'on vous demande. Il s'agit de comprendre, plutôt que de s'en remettre à la mode ou aux tendances du monde horloger. La RM 07-04 Automatique est l'aboutissement de cet apprentissage. Nos clientes réclamaient de la couleur et des pièces sport, légères et fines, à porter au quotidien. Il y avait une vraie demande pour un produit sportif à l'égal de celui des hommes.
De la dernière édition du Rallye des Princesses, que retenez-vous en particulier ?
Tellement de choses ! C'est pourquoi l'événementiel compte autant pour moi. Beaucoup de marques organisent des événements pour montrer et vendre leurs produits. Notre approche est un peu différente. Ces moments servent à remercier d’abord nos clients, bien sûr, mais aussi à tous ceux qui ont cru au projet de mon père et qui sont toujours à nos côtés. Il n’y a aucun gros dossier qui arrive sur la table, mais une foule de petites choses infusent. Nous comprenons et connaissons mieux les gens, leur style de vie et, leurs affinités au fur et à mesure de ce temps précieux passé ensemble.
Ce qui est beau, c'est que notre marge de progression reste formidable, parce que nous essayons d'intégrer tout ce que nous entendons dans les développements à venir.
Vous venez d'accueillir une nouvelle partenaire, la jeune actrice Serenay Sarıkaya. Qu'est-ce qui vous a séduite chez elle et en quoi incarne-t-elle les valeurs de Richard Mille ?
On me demande souvent si nous avons une liste ou bien ce qui nous manque dans notre liste de partenariats. En réalité, ce que j'aime, ce sont les rencontres. S'il y a une chose que nous recherchons, ce sont des femmes fortes, comme Michelle Yeoh par exemple, ou nos nombreuses sportives. Elles nous aident énormément à faire évoluer notre vision du produit féminin. Michelle Yeoh, préfère notamment les plus grosses pièces. Cela nous oblige à travailler le confort sur un tout petit poignet et c'est génial. Serenay, c'est un coup de cœur, comme tous nos partenaires. Elle est très reconnue, notamment dans la région du Golfe, et c'est un plus. Mais ce qui m'a fait craquer chez elle, c'est le personnage. J’espère que la marque l'aidera à s'imposer à l'international. Quand on réunit nos partenaires autour d'une table, on voit qu'ils partagent les mêmes valeurs, malgré des parcours totalement différents. Et ils ont toujours des idées un peu folles!
Richard Mille a présenté l’été passé un deuxième opus de haute joaillerie, tout aussi spectaculaire que le premier. Faut-il y voir le signe que vos clientes étaient restées sur leur faim ?
Non, pas du tout ! Cette collection est tellement exclusive… et je pense surtout que Cécile* avait encore tellement de choses à dire qu'un deuxième opus s'imposait avec la collection RM HJ-02. C'est un exercice qui lui tenait profondément à cœur. Elle a une manière de traduire la nature des pierres et le sertissage qui relève presque de la magie.
Cécile Guenat vient de l’univers du bijou. Le défi consistait-il cette fois à inscrire pleinement cet univers dans l'ADN de Richard Mille ?
Il faudrait l'interroger, elle parlerait mieux que moi de son travail. Mais souvenez-vous de la première collection qui a été à 100 % la sienne, lorsqu'elle a véritablement pris la main à l'usine : c'était la collection Bonbons. L'ADN était déjà là. Cécile a un vrai amour des métiers d’art et des pierres, qu'elle retranscrit très naturellement dans les collections Richard Mille. Les pièces parlent d'elles-mêmes.
On dit souvent que les femmes sont plus sensibles à la couleur que les hommes. Est-ce que c’est une conviction qui guide aussi vos autres collections féminines ?
La couleur a toujours fait partie de l’ADN de la marque. Cécile a un véritable appétit pour la couleur, qu'elle sait infuser dans nos modèles sans jamais tomber dans le premier degré. C'est ce qui rend l'ensemble si harmonieux. Comme toujours, nous avons pris notre temps. Nous ne nous sentons pas obligés de suivre les tendances, ni de nous demander si nous sommes en retard ou en avance. Nous faisons ce qui nous ressemble. Je pense que c’est l'une des raisons de notre succès : nos produits sont vrais et nous les assumons pleinement parce que nous y croyons.
Votre père a fondé la marque il y a 25 ans. Quels souvenirs gardez-vous de ses premiers pas ?
J’ai assez peu de souvenirs, car il n'était pas souvent là ! Mais nous avons eu la chance, Alexandre* et moi, comme nos frères et sœurs, de grandir en dehors de ce projet. C'était vraiment son bébé et nous n'y sommes entrés que très tard. Rien n'était écrit : c'est la vie qui nous a amenés à rejoindre la famille Richard Mille, et c'est aussi notre force. J'ai tout de même un souvenir un peu cliché, mais authentique. C'était un barbecue entre amis : mon père arrive, mes amis découvrent la nouvelle montre avec beaucoup de précautions et, lui, il la prend et la lance au sol. Ce qui nous motive aujourd'hui, avec Alexandre, c'est de nous souvenir de cette passion, de cette rage qu'il avait de concrétiser un rêve et de ne jamais y renoncer.
Vous travaillez en famille, avec votre frère Alexandre, mais aussi avec Cécile et Maxime Guenat, les enfants de Dominique, l'associé de votre père. Quels en sont les défis et les plus belles saveurs ?
À en croire les séries télévisées, ce serait un cauchemar ! Chez nous, d'abord, rien n'était écrit. Nous avons chacun eu nos vies et nos expériences et nous sommes honorés que nos pères nous fassent confiance. Avec Alexandre, tout est simple : malgré notre écart d'âge, nous avons toujours été très proches et très complémentaires. Et cela vaut aussi pour Cécile et Maxime. Notre force, c'est que chacun occupe une place qui lui correspond, presque faite sur mesure. Nous savons que nous avons besoin les uns des autres.
*Cécile Guenat est la fille de Dominique Guenat, cofondateur associé de Richard Mille, qui a repris la marque avec son frère Maxime aux côtés d’Amanda et Alexandre Mille.