Chinoiseries au Patek Philippe Museum

“Le Miroir de la Séduction” met en lumière une quarantaine de paires de montres produites entre les milieux du XVIIIe siècle et du XIXe pour le marché chinois.


Tribune des Arts - Juin 2010 Marie de Pimodan-Bugnon

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Baptisée Les roses, cette paire de montres avec secondes au centre, automates et musique, fut réalisée par Piguet & Meylan en 1815.
/DR

 

Magnifique exposition que celle dévoilée au troisième étage du Patek Philippe Museum jusqu'au 16 octobre. Elle a d'abord le mérite de réunir quelque 48 paires de montres “chinoises” que les vicissitudes de l'histoire avaient, pour quelques-unes, malheureusement dispersées aux quatre coins du monde. Mais elle a aussi l'immense avantage de mettre en évidence le savoir-faire extraordinaire des artisans horlogers, monteurs de boîtes, orfèvres, sertisseurs et peintres sur émail qui oeuvraient en Suisse entre le milieu du XVIIIe siècle et le milieu du XIXe. En pointant du doigt cette période de l'histoire du commerce horloger en Chine, l'exposition “Le Miroir de la Séduction” offre une vision très complète du travail réalisé à l'époque pour séduire les dignitaires de l'Empire du Milieu.

Le rôle capital de l'horlogerie genevoise


L'idée de mettre sur pied cette exposition a germé très vite dans l'esprit d'Arnaud Tellier. Pour être exact, dès son arrivée en 2000 au poste de conservateur du musée. “Quand j'ai découvert les collections d'horlogerie anciennes, je me suis aperçu que le musée possédait une dizaine de paires de montres ‘chinoises' et une bonne vingtaine d'autres montres dont je connaissais la deuxième de la paire”, explique-t-il. Après plusieurs années de recherches, grâce aux prêts d'institutions publiques et de collectionneurs, le conservateur et son équipe ont réussi la prouesse de rassembler ces duos caractéristiques du marché chinois de l'époque. Un marché d'ailleurs très porteur puisque les dignitaires avaient l'habitude de commander systématiquement deux montres identiques plutôt qu'une. Bien que les horlogers suisses aient longtemps utilisé la filière anglaise pour écouler leur production, ils ont assez rapidement organisé leur propre commerce, directement avec la Chine. Sous le règne de l'empereur Ch'ien-lung (1736 – 1796), l'horlogerie de luxe genevoise jouera d'ailleurs un rôle capital pour devenir, à la fin du XVIIIe, le premier fournisseur de l'Empire du Milieu. Nombre d'horlogers suisses s'y établiront jusqu'à ce que la guerre de l'Opium, entre 1840 et 1842, marque le déclin de ce commerce florissant.

Parmi les 48 paires de montres dévoilées à l'occasion de cette exposition, quelques perles viennent illuminer les vitrines du musée. Notamment un modèle en forme de coeur signé Piguet & Meylan et réalisé à Genève vers 1820. Baptisées “Vénus liant les ailes de l'Amour”, ces deux montres émaillées et ourlées de perles et de turquoises affichent les secondes au centre et offrent une répétition à quart sur deux timbres avec musique et automates. Mais une paire de flacons à parfum nommée “L'action des Justes”, avec secondes au centre, automates et musique à la demande, signée John Rich, vers 1800, vaut également le coup d'oeil. Tout comme cet étonnant duo de petits pistolets lance parfum dont la crosse est équipée d'une montre.


Exposition horlogèreLe Miroir de la Séduction, prestigieuses paires de montres chinoises
genève
Jusqu'au 16 octobre 2010.
Patek Philippe Museum,
7, rue des Vieux-Grenadiers.
Ouvert du mardi au vendredi, de 14 h à 18 h;
le samedi de 10 h à 18 h.
Tél. +41 22 807 09 10.
www.patekmuseum.com

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