Comment est né le projet de rééditer la fameuse Rockwatch, succès de Tissot des années 1985 à 1994 ?
Cela fait trois ans que nous avons décidé de la refaire. Nous avons mis deux ans à la développer. Tissot a la chance d’avoir conservé 8000 montres dans ses archives, depuis 1853. Avec la Rockwatch, nous nous sommes fait plaisir… et je suis sûr que nous allons faire plaisir à tous les collectionneurs !
Combien d’exemplaires prévoyez-vous ?
999. Et tous sont numérotés.
Pourquoi ne pas avoir fait autant de montres que l’année de lancement, 1985 ?
C’est une très bonne question, car, au début, c’est ce que nous voulions faire. Cependant, comme nous récupérons de la pierre de maintenance du tunnel, la quantité est limitée. Par ailleurs, lors de la production des boîtiers, beaucoup se cassent. Nous avons donc décidé de nous limiter à 999, pour choisir les plus belles, les plus esthétiques, et celles qui assuraient le plus l’étanchéité. Nous n’avons gardé que les meilleures, et chacune est unique.
Il ne pourra donc pas y en avoir d’autres ?
À l’époque, la Rockwatch était réalisée en pierre de diverses origines. Pour la première fois, nous avons pris du granit de la Jungfrau, ce qui la rend vraiment spéciale. Nous ne prévoyons pas d’en refaire d’autres avec la pierre de la Jungfrau – à voir dans 50 ans peut-être !
La pierre provient de la réfection d’une partie du tunnel, dans la face nord de l’Eiger, avec ouvertures sur la falaise – une façon unique d’expérimenter ce versant mythique. Envisagez-vous ce projet dans une perspective de durabilité, de respect de la montagne, de l’environnement ?
Tout à fait. Cette pièce va durer longtemps, des années. Surtout, il s’agit de pierre récupérée lors de la manutention du tunnel qui conduit à la Jungfrau. Nous n’avons pas creusé la montagne, nous avons pris cette matière « perdue » et l’avons transformée en bijou. Autrement, nous ne l’aurions pas fait.
Les cadrans de pierre dure plaisent toujours, et des pierres telles que le marbre se voient de plus en plus chez les horlogers. Est-ce une tendance ?
Certainement. Chez Tissot, nous aimons travailler nos cadrans avec des matériaux différents. D’ailleurs, en novembre, nous allons sortir une pièce magnifique avec un cadran un peu particulier. Nous avons aussi présenté des cadrans en carbone forgé. La particularité de la Rockwatch est que tout le cadran et toute la boîte sont en pierre.
À l’époque, la Rockwatch a beaucoup marqué les esprits, au point que votre prédécesseur disait dans les années 2000 que les Américains connaissaient ce modèle, plutôt que Tissot. Cette talking piece est-elle imaginée pour toucher certains marchés en termes de visibilité ?
Pour moi, il s’agit d’une montre qui va toucher l’ensemble des collectionneurs – qui souhaiteront se la procurer. Elle est complètement internationale.
La réédition est très fidèle, hormis le diamètre et la couleur des aiguilles, auparavant rouge et jaune, à l’image des panneaux de sentiers pédestres suisses. Pourquoi ?
Nous voulions rendre hommage à la montre d’origine avec les mêmes proportions, mais un diamètre agrandi de 38 mm. L’originale avait en effet des aiguilles de couleur, mais dans cette version, cela détournait de la beauté de cette pierre. Nous avons préféré des aiguilles couleur acier pour un rendu beaucoup plus uni. L’esthétique est plus belle ainsi.
Quelles sont les contraintes liées à l’utilisation de cette pierre ?
Cette matière est très dure à travailler. Nous voulions aussi une pièce fine, qui peut donc se casser facilement durant la production.
Quel type de machine avez-vous utilisé ?
Nous avons utilisé des CNC, mais avec des outils spéciaux pour pouvoir tailler la pierre.
J’ai entendu dire qu’il s’agissait des mêmes machines qu’à l’époque.
Oui, c’est le même fournisseur et les mêmes machines qu’à l’époque, en ce qui concerne en tout cas la base, car certaines parties ont évidemment dû être changées.
Quelles sont les finitions réalisées sur la pierre ?
Elle est polie, sans traitement. Il s’agit vraiment de pierre naturelle, pour deux raisons : d’abord le confort, et ensuite l’authenticité d’avoir au poignet une partie de la Jungfrau.
Quelles sont ses performances, sa fiabilité, son étanchéité, sa résistance aux chocs ?
Le granit est poreux : l’humidité entre et ressort. C’est aussi pour cela que la pierre n’est pas traitée. La construction de la montre respecte ce principe – le mouvement est protégé dans une petite boîte, et nous avons travaillé spécialement la colle entre la glace saphir et la boîte avec notre fournisseur Asulab. L’étanchéité est à 1 bar. La résistance aux chocs est également testée, et équivalente à celle de la céramique.
Est-ce une expérience unique ? Ou la Rockwatch ouvre-t-elle la voie à d’autres rééditions – telles que la Woodwatch ou la Pearlwatch réalisées à l’époque ?
Nous avons beaucoup de projets en préparation. Mais pour l’instant nous lançons cette édition anniversaire et n’avons pas prévu à court terme de réanimer cette ligne.
À noter que la nouvelle Rockwatch est disponible dès maintenant chez Tissot.