Michel Bonel

Mardi 26 mai. Le cheikh Mohammed Bin Zayed al-Nahyan, prince héritier d'Abu Dhabi, et le président français Nicolas Sarkozy, posent, côte à côte, la première pierre de ce que l'on appelle d'ores et déjà le Louvre des Sables. Même Henri Loyrette, le président du plus grand musée français qui reçoit une moyenne de 8,5 millions de visiteurs par année, avait fait le voyage, en tant que coordinateur des programmes.
Le bâtiment, qui doit être achevé à l'horizon 2013, a été imaginé par Jean Nouvel, lauréat du Prix Pritzker 2008, la plus haute distinction dans le domaine de l'architecture. On lui doit notamment la salle de concert de Lucerne et le siège de la Fondation Cartier à Paris. Pour Abu Dhabi, il a imaginé un immense dôme étoilé, tout blanc, qui fera échos à la blancheur du désert, et dont les nombreuses ouvertures laisseront passer la lumière naturelle, éclatante sous ces latitudes, pour mettre en valeur les nombreuses oeuvres d'art, en tous genres, qui le peupleront sous peu. “ Ce qui créera des vibrations comme celles que l'on entrevoit à travers les moucharabiehs ”, précise l'architecte. Bâti à fleur d'eau, ce Louvre représente aussi une prouesse technique incroyable avec ses 180 mètres de portée avec seulement cinq points d'appui, tandis que l'intérieur abritera quelque 6000 mètres carrés de galeries permanentes. De quoi démentir à terme ceux qui affirment qu'il n'y a pas de vie culturelle possible dans les pays du Golfe.
Mais attention, prévient Henri Loyrette, Abu Dhabi ne sera pas une antenne du Louvre mais un musée à vocation universelle. Paris jouera un rôle de conseiller pour l'achat des oeuvres d'art qui, selon la volonté du conseil de fondation, doivent être de haut niveau et représentatives de toutes les civilisations. “ Nous ne voulons que des choses belles et singulières, qu'elles soient de France ou d'ailleurs et quelle que soit leur provenance, soit de galeries, de collections privées ou de salles de ventes. Nous voulons instaurer un dialogue entre les civilisations moyen-orientale, européenne et asiatique. ” Un comité de douze membres comprenant quatre Emiratis et huit Français, dispose d'un budget de 40 millions d'euros pour les acquisitions.

Prêts par roulements
Pour démarrer en beauté, le Louvre mais aussi le Musée d'Orsay, le Centre Pompidou et la Bibliothèque Nationale notamment font office de prêteur selon un roulement précis qui va de six mois à deux ans. Le nombre de prêts tournera autour de 300, diminuant au fur et à mesure des acquisitions. Et les prêts doivent prendre fin dans une dizaine d'années en principe. Pour ceux qui seraient choqués par cette politique “commerciale”, Henri Loyrette rappelle que le Louvre prête déjà un peu partout entre 1500 et 2000 oeuvres par année, et les musées nationaux, une moyenne de 20 000.
A l'exposition inaugurale, à l'Emirates Palace, vingt-neuf chefs-d'oeuvre seront présentés. Dont dix prêtés par les musées français. Tandis que dix-neuf autres seront déjà des acquisitions. Dont une tête de Bouddha et un Christ montrant ses plaies, datant du XVIe siècle, ainsi qu'un Mondrian (???), achetés à Paris lors de la vente Pierre Bergé Yves/Saint-Laurent. Et en plus du Louvre d'Abu Dhabi, l'île de Sadyat ou île du bonheur, doit accueillir, sur ses 27 km², d'autres musées consacrés à la marine par l'architecte Tadao Ando, à l'histoire des Emirats, par Norman Foster, et même une antenne du Guggenheim de New York qui sera édifiée par Franck Gehry. Sans oublier des hôtels de luxe, des équipements administratifs et, pour se délasser le corps et l'esprit, deux terrains de golf.
Au niveau des comptes, le grand musée de France encaissera ainsi, en plusieurs versements, 400 millions d'euros de la part des Emirats. Un fonds destiné à alimenter Louvre 2020, un programme d'investissements. Des salles doivent être réaménagées, dont les pavillons de Flore et Sully, avec l'aide de Breguet notamment (cf. le N° 372 de Tribune des Arts paru en juin 2009). En outre, la pyramide du Louvre, qui vient de fêter ses vingt ans, doit être réorganisée et rénovée. Mais c'est au total un milliard d'euros que la France recevra, en contrepartie des prêts, des expertises et de l'assistance technique.
