La légèreté, un argument de poids?

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La légèreté, un argument de poids? - Trend
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Longtemps, la valeur d'une montre a été liée à son poids. Plus il y a d'or et plus c'est cher. Aujourd'hui la RM27/01 Rafael Nadal pèse 19 grammes...

Dix-neuf grammes, bracelet compris: c'est le poids plume, inversement proportionnel à son prix, affiché par le nouveauTourbillon RM27/01 Rafael Nadal de Richard Mille, présenté au début 2013. Un exploit rendu possible par un mouvement de 3,5 grammes (avec composants en titane grade 5 et aluminium-lithium) et un boîtier en «nanotubes de carbone». Il y a trois ans, la RM027 avait déjà revendiqué le titre de «montre mécanique la plus légère du monde» (19,9 grammes) grâce à son mouvement en Lital®, un alliage de lithium issu de l'aérospatiale, et son boîtier en composite à base de carbone. Record battu. La légèreté, un argument de vente? Un phénomène assez nouveau pour un objet dont le prix se chiffre en centaines de milliers de francs.


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Pendant longtemps, la valeur d'une montre de luxe a semblé indissolublement liée à son poids, selon une équation très simple: plus il y a d'or (ou de platine), plus c'est lourd, donc plus c'est lourd, plus c'est cher et précieux.

Dans les années 70, l'avènement des premières montres de luxe en acier – Royal Oak d'Audemars Piguet, Nautilus de Patek Philippe – a habitué les clients à sentir leur poignet un peu plus léger (en même temps que leur porte-monnaie un peu moins dégarni), tout en restant dans le créneau du très haut de gamme. «L'une des montres les plus chères du monde est en acier», disait avec provocation la publicité Nautilus.

L'arrivée des premiers boîtiers en titane, métal de prédilection de l'aéronautique, dont la paternité est revendiquée par Porsche Design, en 1980, a confirmé cette recherche de constructions à la fois robustes et plus légères. Porsche Design, une marque liée à l'automobile, ça n'est pas un hasard. Le regard sur la haute horlogerie a changé. Le vocabulaire aussi. Au «bel artisanat reflétant le savoir-faire ancestral des vallons enneigés du Jura» a succédé la «quête de solutions novatrices à l'avant-garde de la haute technologie». À la recherche du «plus précis» et du «plus compliqué» est venue s'ajouter celle du «plus performant», performant dans le sens sportif, avec l'idée de vitesse, d'exploit, d'endurance, de dépassement des limites. La montre devient un bolide de course, «a racing machine on the wrist», comme le dit le slogan Richard Mille. La nouvelle idole des horlogers, c'est la Formule 1, ou du moins les belles voitures chères et puissantes. D'où d'innombrables partenariats horlogerie-automobile, y compris chez les plus vénérables manufactures du sérail.

L'heure est aux «nouveaux matériaux», aux alliages high-tech alliant des noms ultratechniques (nanofibres de carbone, zalium, alusic, arcap rigidifié, silicium monocristallin, carbonitrure easium™, platine iridium, etc.) ou autoréférentiels (Zenithium, Hublonium) à des propriétés censées révolutionner l'horlogerie.

Dans cette recherche de performances à tous crins, la légèreté joue un rôle important – et pas seulement au poignet de Nadal. Les constructeurs aéronautiques et automobiles le savent bien: plus on allège, plus on va vite. Et peu importe que la plupart des montres soient rarement appelées à fendre les airs. Dans les organes réglants, la légèreté du silicium est aussi présentée comme garante d'un meilleur rendement (car demandant moins d'énergie pour fonctionner). La légèreté devient un argument de poids – surtout lorsqu'elle établit de nouveaux records.

Le XXIe siècle de la haute horlogerie sera technologique ou ne sera pas…


Michel Jeannot est fondateur et rédacteur en chef de

www.WtheJournal.com
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