Comment sculpter un calibre

Savoir mettre en scène le cœur d'un mouvement mérite un haut niveau de compétence. Depuis peu, cette technique s'émancipe d'une tradition classique en appliquant une approche contemporaine. Chez Audemars Piguet, Régis Meylan explique les mystères de ce savoir-faire.

Le squelettage associe un talent d’artiste aux gestes techniques de l’horloger. En effet, pour diffuser la lumière à travers le moteur d’une montre, il faut en connaître les forces et les faiblesses sur le bout des doigts, et être à même de réaliser un ensemble visuellement équilibré et beau. Régis Meylan, Maître horloger et Responsable des spécialités chez Audemars Piguet, maîtrise en profondeur le sujet puisqu’il coordonne l’entier du squelettage réalisé au sein de la manufacture depuis 1974.

 

 

« Le squelettage vise à éliminer un maximum de matière pour dévoiler le jeu des rouages, et en particulier celui de l’échappement, dit Régis Meylan. Dès lors, l’horloger doit connaître le calibre parfaitement, surtout les parties délicates pour que ce dernier reste fonctionnel. Ceci est d’autant plus important avec les calibres à complications étant donné la quantité de composants qui parfois dépasse les 600 pièces. Pour exemple, un calibre simple demande pas moins de 2 mois de travail.»

 

 


Dégager l’harmonie

Tout commence en redessinant la forme des composants sur plans. L’horloger reprend chaque élément indépendamment pour lui donner son nouveau visage, qui devra naturellement s’intégrer parfaitement à l’ensemble. « Je vise à dégager une harmonie, précise le maître horloger. Pour cela, je n’hésite pas à créer de petites ouvertures supplémentaires, même si cela représente plus de travail pour l’angleur. Je favorise aussi les courbes par rapport aux lignes droites. » Dans certains cas, un cadran, lui aussi squeletté, vient se superposer au calibre.
L’évolution des outils de production a permis de mécaniser les opérations de découpage de la matière. Dans ce cas, l’étape du plan s’avère fondamentale. Et peut être moins dans le cas du squelettage traditionnel à la main où il sert de ligne directrice, quelques différences d’avec le plan ne pouvant être exclues.
 

 

Laiton, or, maillechort, acier, tous les métaux utilisés dans l’horlogerie peuvent servir. L’horloger commence par trace sur la pièce ses nouveaux contours. Il utilise ensuite son bocfil, une petite scie à main, pour découper le composant. « Le découpage manuel déforme aussi légèrement les pièces, c’est pourquoi s’ensuit une remise à plat », précise Régis Meylan.


Beauté physique

Traditionnellement, tous les composants squelettés sont ensuite gravés, ou tout du moins anglés, pour ajouter encore à leur éclat. Ceci étant, depuis quelques années, des calibres sont directement conçu sous forme squelette. Dans ce cas, les décorations traditionnelles – anglage et satinage des surfaces mis à part – peuvent être remplacées par des traitements de surface. La couleur a fait ainsi son apparition avec des teintes allant de l’anthracite à l’orange brillant selon qu’on applique un rhodiage, un traitement NAC (N-acétylcystéine), ou d’autres procédés de galvanoplastie.

 


Appliqué également à des calibres plus gros comme ceux de pendules ou de pendulettes, le squelettage plonge ses racines dans la seconde moitié du 19ème siècle. « Audemars Piguet l’a toujours intégré à ses collection, même si ce style de montre a connu une baisse de popularité dans les années 1990 après une période de forte popularité. Aujourd’hui, la Grande Complication des collections  Jules Audemars et Royal Oak sont les montres les plus extrêmes en termes de squelettage du catalogue.»

Formation de base

En effet, la manufacture perpétue ce savoir-faire, qui fait partie de la formation de tout horloger travaillant en ses murs. « Nous insistons pour que chaque apprenti sache manier les outils de base de l’horloger, dont la lime pour ce travail en particulier. Dans ce cas, il doit savoir les préparer car les fabricants ne fournissent plus toujours les outils adéquats. Auparavant, la formation sur le squelettage pouvait prendre une année entière du cursus d’apprentissage. »
 

Se débarrassant du carcan historique, le squelettage prend donc des tournures contemporaines. Audemars Piguet s’est particulièrement illustrée avec la Royal Oak squelette contemporaine en 2010, suivie ce printemps par la Royal Oak squelette extra-plate, une autre pièce imaginées par Régis Meylan.  Le succès de ces déclinaisons qui animent intelligemment cette ligne mythique augure un renouveau prometteur de cette pratique chez Audemars Piguet.  D’ailleurs, Régis Meylan compte déjà plus de spécialistes dans l’atelier qu’il conduit.

 

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