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La Finland Connection

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Les Finlandais constituent la première communauté étrangère non frontalière à travailler dans l'horlogerie en Suisse

 

23 juin 2009
Fabrice Eschmann
/ BIPH

 

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Les observateurs lui ont  donné un nom : le « paradoxe finlandais ». La Finlande n'est en effet pas particulièrement connue pour sa tradition horlogère. Pourtant, à un jet de pierre d'Helsinki, l'unique école d'horlogerie de Finlande, la très réputée Kelloseppäkoulu, forme chaque année une dizaine de nouveaux professionnels. Une main d'œuvre passionnée et appliquée dont sont friandes les plus prestigieuses manufactures helvétiques. On estime à une trentaine le nombre de Finlandais travaillant dans l'horlogerie en Suisse actuellement, ce qui en fait la première communauté étrangère non frontalière dans cette industrie. Un chiffre qui ne doit pas être mesuré à l'aune des 40'000 employés de la branche, mais du cercle très restreint des horlogers hautement spécialisés auquel ils appartiennent. Et le phénomène est appelé à croître : le bouche-à-oreille entre Helsinki et la Suisse fonctionne en effet à plein régime. Les accords bilatéraux aidant, certaines manufactures vont même se servir directement sur place.

L'école de Kelloseppäkoulu

Fondée par l'Association finlandaise des horlogers en 1944 à la fin de la guerre, mais aujourd'hui financée par l'Etat et des fonds privés, l'école de Kelloseppäkoulu fut pensée pour donner une nouvelle occupation aux soldats rentrant du front. « La première année, les étudiants travaillent sur des horloges ; la seconde, sur des montres de poche ; enfin la dernière, sur des montres-bracelets, explique Tiina Viitanen, directrice de l'école. La répartition du temps d'étude entre la théorie pour un tiers et la pratique pour deux tiers a fait le succès de nos cours. »

 

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Seulement voilà : le travail manque cruellement pour les horlogers en Finlande, ces derniers étant obligés de s'expatrier. Dans les années 1950-60 déjà, une communauté finlandaise s'était donc formée à Granges. La plupart travaillait chez Eterna. « Le patron était à l'époque un grand ami de la Finlande, rappelle Kari Voutilainen, Finlandais arrivé en Suisse en 1988, et aujourd'hui établi à Môtiers (NE), à la tête de sa propre marque. Le chef d'atelier, Kalle Tolvanen, était d'ailleurs lui-même finlandais. Jusqu'aux années 70, presque tous les horlogers qui sortaient de Kelloseppäkoulu sont venus travailler là. »

Puis vint la crise. Il faudra attendre la fin des années 1980 pour voir à nouveau débarquer des Finlandais en Suisse, mais cette fois au Centre suisse de formation et de perfectionnement horloger (WOSTEP) à Neuchâtel. « J'ai vu défiler plusieurs dizaines d'étudiants finlandais, se souvient Antoine Simonin, directeur du WOSTEP jusqu'en 2003. Kari Voutilainen fut l'un des premiers. Lui, comme d'autres, est resté. » Et pour cause, c'est Antoine Simonin lui-même qui décrocha pour lui un emploi chez Parmigiani Fleurier.

 

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Discrets, passionnés, sérieux et fidèles au métier sont les appréciations qui reviennent le plus souvent pour expliquer l'intérêt des manufactures pour les Finlandais. « Tiina Viitanen est également très dynamique, ajoute Giulio Papi, directeur d'Audemars Piguet (Renaud & Papi) au Locle. Elle a été la première à répondre à notre courrier mondial il y a trois ans. Depuis, nous accueillons régulièrement des stagiaires finlandais, avec possibilité d'engagement. »

C'est ainsi que depuis quelques années, des liens directs entre l'école de Kelloseppäkoulu et la Suisse se sont petit à petit tissés. La manufacture Christophe Claret, au Locle, va même se servir à la source : « Tous les deux ans, quelques-uns de mes chefs d'atelier se rendent dans différentes écoles à l'étranger pour présenter l'entreprise, raconte Christophe Claret. Depuis que nous le faisons, une petite dizaine d'étudiants sorti de Kelloseppäkoulu sont venus directement chez nous. »

« Beaucoup de professeurs de Kelloseppäkoulu ont suivi des cours au WOSTEP, relève Virpi Åman, 30 ans, ancienne étudiante de l'école, aujourd'hui chez Claret. Ils évoquent souvent la Suisse, et les élèves parlent entre eux des meilleures places disponibles ! La majorité de ceux qui partent vient en Suisse. »

Outre Audemars Piguet (Renaud & Papi) et Christophe Claret, les maisons Breguet, Ulysse Nardin, Omega, Greubel et Forsey, Rolex ou encore Blancpain emploient ou ont employé des Finlandais. Une main d'œuvre si prisée qu'une petite manufacture de l'Arc jurassien, qui emploie quatre Finlandais pour un total de 5 ouvriers, a préféré ne pas ouvrir ses portes à Worldtempus.com, par peur du débauchage sauvage. Les horlogers finlandais ont encore un bel avenir en Suisse, malgré la crise.