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Quand le rubis vole au secours de l'horlogerie

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De nature synthétique, inséré au coeur même des mécanismes,il sert essentiellement de palier pour les pivots.

Tribune des Arts - Décembre 2009
Michel Bonel

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Le rubis sait se faire désirer. Par sa couleur surtout qui doit être qualifiée de rouge sang de pigeon, ce qui représente le summum en la matière. Rien d'étonnant donc que cette pierre, qui cultive un peu de mystère de par sa rareté, ait joué un grand rôle dans la décoration de très belles montres. Mais le rubis, qui vient tout de suite après le diamant en termes de coûts, ne fait pas que parader. Il assume une fonction aussi importante que cachée au coeur même des mécanismes. Grâce à sa forte résistance, le rubis est comme un palier, tout aussi minuscule que précieux, pour les pivots des mécanismes d'horloges et de montres, indique Arnaud Tellier, conservateur du Patek Philippe Museum à Genève. “Dans une montre, explique-t-il, nous avons affaire à plusieurs sortes de rubis, certains sont percés et les autres sont taillés d'étrange façon.”

Si la taille des pierres précieuses est connue depuis l'Antiquité, il faut attendre l'année 1700 pour qu'un Genevois établi à Londres, Nicolas Fatio de Duillier, géomètre et astronome qui alla jusqu'à calculer la distance de la terre à la lune, trouva le moyen de percer les rubis et de les appliquer au perfectionnement des montres. Deux siècles plus tard, c'est un chimiste français, Auguste Verneuil (1856-1913) qui donna son nom au processus de création du rubis synthétique tel qu'il est utilisé aujourd'hui, en fusionnant de la poudre d'oxyde d'aluminium avec du colorant rouge. Ce type de rubis que l'on peut qualifier de faux, possède toutes les qualités du rubis naturel que l'on utilisait pour l'horlogerie avant lui, jusque vers 1900. Des pierres véritables certes, mais à faible valeur marchande. Depuis le milieu du XIXe siècle, les rubis, qui sont percés, servent à maintenir les rouages entre la platine de base et les ponts du mouvement. “Ils sont là, poursuit Arnaud Tellier, pour assurer aux roues un meilleur rendement dans la transmission de l'énergie à l'échappement. Plus le mouvement en est doté, plus le résultat est probant.”

Idéal contre les problèmes de friction

Cristal le plus dur après le diamant, le rubis synthétique ne peut être donc travaillé qu'avec des outils garnis de diamants. Son coefficient d'usure est très faible. Dans la pratique, il se présente sous la forme d'un coussinet au centre duquel tourne un axe ainsi délesté au maximum des problèmes de frottement. Ce qui augmente alors sensiblement la précision et la durée de vie de la montre. Un autre avantage décisif de ce rubis est son homogénéité. Elle permet un polissage ultrason, un élément contribuant à abaisser encore le coefficient de friction. Enfin, le rubis synthétique ne se dilate pratiquement pas. Il est insensible aux changements de température. Il résiste aux acides et il n'est pas conducteur. “Si la matière première a donc changé au début du XXe siècle, le travail du pierriste qui fournit aux horlogers ses rubis, ne s'en trouve pas modifié”, estime Arnaud Tellier. La plupart des montres à “ancre” ont de 15 à 17 rubis. Les montres à “cylindre” n'en demandent que 8 à 10, précise Geoffroy Ader, directeur pour l'Europe du Département montres de Sotheby's. Tandis que les montres à quartz peuvent très bien se passer de rubis. Même, rappelons-le, s'il ne s'agit que de rubis synthétique. Car des mécanismes de montres avec des rubis véritables, ça n'existe plus. Adieu le rêve, bonjour l'efficacité!

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