Cette année, les marques horlogères françaises pourraient bien vous surprendre. Certes, après la crise du quartz, l’art de la mesure du temps version bleu-blanc-rouge a dû retrouver à la fois son identité et ses capacités de production sur le territoire. Amorcé il y a plus de 20 ans, le renouveau français s’est appuyé avec succès sur une double dynamique: relances et nouveaux lancements de marques ainsi que réindustrialisation. Résultat? Une vingtaine de maisons exposent ce printemps à Watches & Wonders, Time to Watches, Chronopolis et à l’hôtel Beau-Rivage.
De la relance à la présence
En à peine plus de deux décennies, les jalons du retour horloger français ont dessiné une trajectoire cohérente. En 2001, Dodane ouvrait la voie avec son repositionnement, bientôt rejoint par Pequignet, qui présentait en 2011 le Calibre Royal. Yema revenait dès 2009 et montait en puissance à partir de 2017 avec ses propres calibres. Dans leur sillage, une nouvelle génération – March LA.B, Baltic – développait une culture produit affûtée, tandis que Lip retrouvait une stabilité durable dans les années 2010. Puis des acteurs comme Trilobe et Beaubleu ont introduit une dimension plus culturelle ou conceptuelle, selon une approche volontiers qualifiée d’«à la française».
Surtout, la consolidation se joue aussi sur le terrain industriel, symbolisée par la relance de France Ébauches en 2017, qui a fait renaître une capacité de production de mouvements sur le territoire. Le comité Francéclat (comité professionnel de développement économique des industries françaises de l’horlogerie, de la bijouterie et des arts de la table) soutient cette «réindustrialisation» nationale, aux côtés notamment du syndicat professionnel France Horlogerie. Ces institutions mobilisent fabricants de montres, producteurs de composants (bracelets, couronnes, cadrans), ateliers d’assemblage, mais aussi entreprises spécialisées dans les instruments à usage industriel. L’écosystème se construit à travers la montée en compétence de marques sur leurs calibres, la réactivation des savoir-faire autour de Besançon, des projets de relocalisation de composants stratégiques comme les boîtiers, et la structuration d’initiatives collectives pour mutualiser les ressources.
Cette recomposition progressive confère à l’horlogerie française une légitimité et une densité retrouvées. À Genève, les horlogers français affirment leur proposition – crédible et affûtée.
Le patrimoine horloger français
Sans l’horlogerie française, les montres ne seraient pas ce qu’elles sont. Centre d’expertise à Paris, porté par les commandes royales, mais aussi dans l’arc jurassien et à Besançon: l’histoire de la mesure du temps bleu-blanc-rouge est incontournable, des horlogers du roi jusqu’aux montres-instrument du 20e siècle.
2020: le tournant de l’UNESCO
Le savoir-faire français, longtemps invisibilisé par l’aura du Swiss Made, contribue pourtant pleinement à la production horlogère. L’inscription, fin 2020, des savoir-faire horlogers et en mécanique d’art de l’Arc jurassien franco-suisse au patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO éclaire cette réalité transfrontalière.
Montée en puissance
La crédibilité s’affirme. Pequignet dévoile son premier chronographe, le Royale Paris Chrono, et renforce son positionnement de manufacture et d’«ingénieur horloger». March LA.B, fidèle à sa philosophie «More with less», lance une septième pièce «Millésime Mars», limitée à 169 exemplaires, mêlant esthétique seventies et boîtier en carbone vert et noir. Trilobe présente la Trente-Deux Secret, équipée de son propre calibre, conçu et assemblé à Paris, dévoilé l’an passé.
Le temps autrement
Alto collabore avec l’artiste Bernar Venet et transpose son art de la sculpture monumentale à l’intimité d’une montre façonnée dans le bronze, radicale. Pour Hegid, le temps se vit façon «feel good», mis en scène avec l’artiste Pieter Ceizer dans les montres «Good Times». Sartory Billard explore l’affichage à heure sautante avec la SB10 Pulse, dont le cadran prend la forme d’un cabochon monté depuis l’extérieur, en pierre naturelle, métal guilloché ou saphir teinté. Maison Alcée rend accessible l’émotion de l’horloger face à un mouvement qui s’anime: la pendulette Persée s’assemble soi-même, en une dizaine d’heures.
Matières à découvrir
Les matériaux sont rois: chez Briston, l’acétate de cellulose, élaboré en Italie chez le spécialiste Mazzucchelli, encadre le boîtier carré de la Streamliner Kennedy Automatic 36 mm, au cadran vert sapin. Herbelin explore le potentiel stylistique et technique de la céramique noire, polie ou alternant surfaces polies et mates, pour la Cap Camarat.
Les cadrans se parent de nuances et de matières fascinantes. Chez Awake, le rouge gagne en profondeur grâce au procédé Frosted Leaf, avec, pour la première fois, une feuille d’argent pur teintée de pigments de cuivre. Baltic présente les Heures du Monde avec des cadrans en pierres naturelles, labradorite, sodalite, œil-de-tigre. Beaubleu offre un visage inédit et français à son affichage tout en rondeur avec les créations La Pièce «N°1» et «N°2», dont les cadrans sont fabriqués par la Monnaie de Paris.
A toute allure
Horlogerie et automobile partagent une passion ancienne. Depancel transpose l’énergie des circuits et collabore avec DAMS Lucas Oil. Lorige ancre ses pièces dans la matière automobile, forgées à partir de freins de bolides, et présente les nouvelles BL-EVOLUTION «Hyperblack» et «Bleu Asphalte». B.R.M prolonge son ADN racing avec la V6-44 Midnight, limitée à 25 pièces et habillée de bleu jusque sur son bracelet en maille milanaise.
Indispensables instruments
L’horlogerie française reste aussi une affaire de montres-outils. Jacques Bianchi Marseille conçoit une plongeuse en titane avec la JB300 Poulpro, pensée pour l’usage réel. Ralph Tech poursuit son aventure spatiale avec le CNES (Centre National d’Études Spatiales) et dédie la «SuperNova Millenium» aux astronautes français.
Adrénaline chic
Serica affine les codes de la montre de plongée et revisite sa Tuxedo en version tricolore – beige, noir et Super-LumiNova blanc – réf. 6190 TXD. Yema combine expression graphique et motif camo gravé dans le métal pour une Wristmaster à l’habillage hypnotisant. Reservoir présente Mark II, un nouveau design de boîtier et de bracelet aux lignes géométriques affirmées, pensé pour s’inscrire dans l’esthétique technique des collections «Mechanics».