Du gadget à la signature : l’essor de la Turbine de Perrelet

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Lorsque Perrelet a présenté sa première montre « Turbine » au salon Baselworld en 2009, nombreux étaient ceux qui la considéraient comme un simple gadget voué à disparaître — moi le premier, je l’admets. Pourtant, 17 ans plus tard, la Turbine, avec son cadran composé d’un disque ajouré qui tourbillonne comme un derviche au moindre mouvement du poignet, est devenue la signature emblématique de la maison. Depuis, elle a été déclinée en des dizaines de variations différentes.

Une idée audacieuse qui a refusé de disparaître

La Turbine a vu le jour quatre ans après la relance de Perrelet par le groupe espagnol Festina, faisant suite à une tentative précédente, finalement infructueuse, menée par les anciens propriétaires. Bien qu’ils n’aient pas réussi à redresser durablement la marque, ces derniers méritent néanmoins d’être salués pour avoir maintenu en vie l’un des noms les plus importants de l’horlogerie.

Abraham-Louis Perrelet © Perrelet

Un héritage en mouvement

Comme le savent les spécialistes de l’histoire horlogère, Abraham Louis Perrelet a fondé sa marque éponyme au milieu du XVIIIe siècle et est encore crédité aujourd’hui comme le créateur de la première montre à remontage automatique. On racontait qu’une promenade de 15 minutes suffisait à remonter le ressort moteur pour garantir huit jours de fonctionnement ininterrompu.

Son petit-fils, Louis Frédéric Perrelet, exerça une influence tout aussi déterminante. Il développa une série de montres marines enrichies de fonctions supplémentaires, parmi lesquelles des instruments de mesure et même un chronographe à rattrapante. Son travail lui valut le prestigieux Prix Lalande en 1970, décerné par l’Académie française des sciences en reconnaissance de ses contributions aux progrès scientifiques en astronomie.

First Turbine Watch, 2009 © Perrelet

Les avancées des deux Perrelet furent célébrées par Festina dans les premières créations de la nouvelle ère de la marque. Ces modèles rendaient hommage au mécanisme à remontage automatique d’Abraham Louis à travers un système à double rotor parallèle : l’un côté cadran, l’autre au dos du mouvement. C’est le rotor côté cadran qui donna naissance à la « Turbine », ainsi nommée en référence aux pales d’un moteur à réaction. Les ouvertures pratiquées dans le disque supérieur laissent entrevoir le cadran inférieur, générant des jeux d’animation variés selon les modèles.

Quand la Turbine s’est transformée en toile

Cette singularité a suscité des collaborations avec plusieurs artistes de renom, notamment Chris Alexander, plus connu sous le pseudonyme The Dial Artist, qui a réalisé une pièce Turbine unique mise aux enchères au profit d’une association caritative en 2024, lors de l’événement Time For Art à New York.

Perrelet x The Dial Artist - Time for Art 2024 © Perrelet

L’année dernière, le prolifique Romain André, alias seconde/seconde, s’était associé à Perrelet pour une édition limitée de 25 exemplaires, proposant sa vision typiquement irrévérencieuse du thème « safety first », accompagnée d’un panneau d’avertissement jaune invitant les porteurs à garder leurs doigts à distance des pales en rotation de la Turbine.

The Turbine Perrelet x seconde/seconde/ © Perrelet

Plus tard dans l’année, une nouvelle interprétation artistique a vu le jour à l’occasion de la Dubai Watch Week, en collaboration avec le célèbre calligraphe arabe Diaa Allam, réputé pour ses fresques monumentales. Il a conçu une création unique et multicolore pour le cadran inférieur, situé sous les pales de la turbine, en y intégrant des chiffres arabes disposés autour de la circonférence.

Il est fort probable que même ceux d’entre nous qui avaient autrefois tourné la Turbine en dérision lors de son lancement reconnaissent désormais que, grâce à ces projets artistiques en édition limitée ainsi qu’à la large gamme de modèles de production courante, ce qui pouvait sembler être un simple gadget s’est imposé comme une idée réellement séduisante. À une époque où les amateurs de montres recherchent de plus en plus l’originalité, l’attrait de la Turbine ne semble d’ailleurs appelé qu’à se renforcer…

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