Code 11.59 : L’audace réhabilitée

Image
© Audemars Piguet
Le design le plus récent d’Audemars Piguet a connu un parcours agité au cours de ses sept années d’existence. Pour Simon de Burton, pourtant, son intérêt était évident dès le départ.

Internet est souvent salué pour l’accès au savoir qu’il facilite, notamment en horlogerie. Mais il possède aussi un revers : il peut devenir le théâtre de critiques excessives et parfois injustifiées à l’encontre de nouveaux modèles jugés décevants.

Des exemples récents incluent la relance de Bremont en 2024 ou encore la révélation anticipée de la Patek Philippe Cubitus, causée par une publicité publiée par erreur la même année.

Cependant, aucun de ces cas n’a égalé l’ampleur des réactions suscitées par Audemars Piguet lorsque son CEO de l’époque, François-Henry Bennahmias, a présenté la collection Code 11.59.

Ce qui n’était au départ que quelques commentaires négatifs s’est rapidement transformé en une vague massive de critiques, au point que ceux qui appréciaient la montre - moi compris - hésitaient à le dire publiquement.

La collection Code 11.59 by Audemars Piguet, 2019 © Audemars Piguet

Du rejet à l’acceptation

Sept ans plus tard, la Code 11.59 est toujours présente et a même évolué : la collection est passée de six modèles et 13 références à neuf modèles et 44 références. Aujourd’hui, il devient courant d’entendre des amateurs reconnaître qu’ils apprécient ce design, sans crainte de jugement.

Cette réaction initiale illustre pourquoi l’horlogerie de luxe est souvent accusée de manquer d’audace et de recycler ses modèles historiques. Face au risque d’une critique violente, les marques hésitent à prendre des risques.

Avec la Code 11.59, François-Henry Bennahmias et ses équipes ont pourtant fait preuve de courage et d’anticipation. Leur objectif était de créer une nouvelle ligne véritablement innovante, afin de ne pas laisser Audemars Piguet dépendre uniquement du succès de la Royal Oak.

Royal Oak 5402ST, 1972, Patrimoine Audemars Piguet, inv.365 © Audemars Piguet

Lors de sa présentation, le CEO évoquait d’ailleurs « le plus grand lancement depuis 1972 », en référence à l’introduction de la Royal Oak dessinée par Gerald Genta.

Des comparaisons ont rapidement été établies entre les débuts difficiles de la Royal Oak et les critiques initiales de la Code 11.59, les deux modèles partageant une dimension radicale dans leur design.

La Royal Oak s’était distinguée par son boîtier octogonal, son bracelet intégré et son prix élevé pour une montre en acier. De son côté, la Code 11.59 a été perçue au départ comme un mélange de codes stylistiques, avec peut-être l’ambition de rivaliser avec la Royal Oak.

Code 11.59 by Audemars Piguet Ultra-Complication Universelle RD#4, 2023 © Audemars Piguet

Visibilité et reconnaissance

La Royal Oak a finalement rencontré le succès grâce à son esthétique unique, qui a séduit des personnalités telles que Gianni Agnelli ou Karl Lagerfeld, des figures que l’on qualifierait aujourd’hui d’influenceurs.

Le contexte actuel est toutefois différent, ces personnalités étant désormais souvent sollicitées et rémunérées pour porter ce type de montres, ce qui rend leur influence plus construite.

Néanmoins, des figures comme Serena Williams, John Mayer, Matthew McConaughey ou Kevin Hart ont contribué à donner de la visibilité à la Code 11.59 et à la faire exister au-delà de la Royal Oak.

Ils ont ainsi participé à mettre en lumière les qualités de cette collection, dont la principale reste d’avoir osé se démarquer, un point commun à toutes les grandes montres-bracelets du siècle dernier.

Marque