Van Cleef & Arpels : Les couleurs et les lumières ont leur propre dimension

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© Van Cleef & Arpels
Artisans d’art, horlogers et ingénieux œuvrent de concert pour donner vie aux Complications Poétiques, avec une même volonté d’aller au bout de chaque histoire, quitte à développer des techniques nouvelles. Des créations qui se mesurent souvent en années.

Depuis une dizaine d’années, la Maison a progressivement intégré l’ensemble des compétences nécessaires aux Complications Poétiques, de l’ingénierie aux métiers d’art jusqu’au contrôle qualité. Un choix qui permet de garder la maîtrise de la qualité et des délais, tout en préservant la confidentialité de développements menés sur plusieurs années. 

D'une gouache à une montre

Tout commence par un récit : l'histoire est d'abord interprétée en image, sous la forme d'une gouache que reçoivent les équipes techniques. La première réaction est souvent la même : comment réaliser une chose pareille ? Une première réunion rassemble alors les différents départements et spécialités, afin que chacun s'imprègne de la philosophie du projet. Puis chacun repart travailler et revient régulièrement exposer ses contraintes. La force de l’organisation rayonne dans chaque projet. Dans cette quête, ingénieurs et artistes avancent ensemble. La création d'un cadran s’effectue aussi par des volumes en 3D, qui permettent de positionner les pièces et de définir les espaces en fonction du mécanisme. Les premières images sont ensuite confiées, par exemple, à une graveuse, qui sculpte un personnage dans la cire. Aux différents stades de la création d’une montre, notamment sur le cadran, l’ajustement s’effectue millimètre par millimètre.  La position d'une main, l'inclinaison d'une tête, rien n'est laissé au hasard.

Vue du cadran de la montre Lady Arpels Ballerine Enchantée © Van Cleef & Arpels

Inventer le serti dans l'émail

L'émail occupe une place centrale dans ces récits de Van Cleef & Arpels. Parfois, la technique nécessaire n'existe tout simplement pas, même pour cet art dont les balbutiements remontent à des millénaires. Il arrive alors que les équipes de la Maison parviennent à l'inventer, comme le serti dans l'émail. Le cadran racontait l'éveil d'une fée au petit matin, dans une nature perlée de rosée. Le design demandait de faire figurer ces gouttes sur un émail plique-à-jour.

Il a fallu deux ans de développement pour y parvenir. Sans chaton ni griffe, le diamant est posé dans l'émail une fois le plique-à-jour achevé, puis la pièce retourne au four. L'exercice est d'une extrême précision, d’autant plus que le diamant supporte mal la chaleur. La température doit rester inférieure au seuil de noircissement de la pierre, tout en étant suffisante pour que l'émail retrouve un peu de viscosité et vienne enserrer le diamant. Trop fluide, il coule ; pas assez, il ne tient pas. Il s’agit bien d’un sertissage, mais d’une technique de sertissage inventée et brevetée par Van Cleef & Arpels. 

Montre Lady Arpels Ballerine Enchantée Or Rose, 2022 © Van Cleef & Arpels

L'émail, l’éclat de toutes les histoires

Aujourd'hui, les ateliers de la Maison maîtrisent des teintes introuvables ailleurs, ainsi que l’illustre la Ballerine Enchantée rose. Chaque nouvelle couleur d’émail est une épreuve. Ainsi, pour représenter un panier de fruits en émail, les ateliers ont mis au point un émail façonné, sans aucune structure métallique.

Les décalques, notamment, ne sont pas acryliques mais en émail. Certains comptent de six à quinze couches, chacune déposée par tampographie puis cuite au four. Ce procédé autorise des couleurs inédites, mais surtout une profondeur que la peinture ne permet pas. Comme nous l’explique l’un des responsables, la peinture, c'est très plat. Or ici, la lumière pénètre un peu, et cela donne une autre impression. 

Cette exigence se prolonge au dos des montres. Chez Van Cleef & Arpels, on ne montre jamais le mécanisme, mais quand on retourne une pièce, on continue l'histoire. Même la masse oscillante est décorée, au point que le client ne la perçoit plus comme un organe du mouvement, mais comme un élément du récit.

La technique de la grisaille, utilisée pour le Bal des Amoureux, illustre aussi cette patience. Sur un fond noir, de fines couches blanches sont superposées : plus elles s'accumulent, plus le noir disparaît. Pour figurer la lumière d'une fenêtre, parfaitement blanche, il a fallu quinze couches.

Lady Féerie, 2020 © Van Cleef & Arpels

Des défis à chaque pièce

Les ailes de la fée de Lady Féerie résument à elles seules l'ampleur de ces défis. Réalisées en plique-à-jour d'une très grande finesse, elles devaient en outre être serties sur leur bord, pour respecter l'histoire. Or tout sertissage crée des tensions dans la matière. Il a fallu développer un nouveau procédé, et les premières pièces ont connu de la casse. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, mais la méthode reste secrète. Sur cette montre, une quinzaine de composants ont chacun fait l'objet d'une étude particulière

Ces exemples éclairent la durée des projets, et nous permettent de mieux comprendre pourquoi il faut souvent cinq ans de développement. La mécanique concentre déjà de nombreux défis, et le cadran tout autant. Le plus complexe jamais réalisé dans ces ateliers a demandé plus de 400 heures de travail pour sa seule décoration, et la montre a été récompensée au GPHG. Avec une signature que la Maison revendique : la troisième dimension. Quand on regarde certains de ces cadrans, on a l'impression de pouvoir plonger dedans. 

Chaque découverte naît d'une histoire et d'un besoin et certains sont alors brevetés. Derrière la poésie des cadrans, c'est cette persévérance qui frappe : des années d'essais, des projets innombrables, et des techniques inventées pour qu'une goutte de rosée tienne dans l'émail.

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