Il aurait aisément pu être chef dans un restaurant étoilé de Barcelone, sculpteur ou musicien… Juan-Carlos Torres, dont le nom rappelle le mondialement célèbre Fernando, joueur star du Chelsea, a décidé de consacrer sa vie à l'horlogerie. Bien lui en a pris. En plus de trente ans de bons et loyaux services, le Catalan de naissance a su placer la marque Vacheron Constantin au sommet de la pyramide horlogère mondiale et développer son assise internationale. Pourtant, petit, rien ne le prédestinait vraiment à suivre un chemin qui semble aujourd'hui avoir été tracé pour lui. Il grandit dans une famille, dont la mère est cubaine et le père catalan et ébéniste, qui lui transmettra, dès son plus jeune âge, le goût des belles choses et des valeurs fondamentales comme le respect du geste de l'artisan, l'authenticité, la loyauté et la tolérance.
En 1960, ses parents s'installent en Suisse, à Genève. Nouveau pays, nouvelle langue, Juan-Carlos Torres y suit toute sa scolarité. Après son école de commerce, il dédie son temps à la photographie et à la musique, dans une école pour laquelle il s'implique fortement. Il a seulement 19 ans quand il découvre le monde professionnel et, déjà, l'univers de l'horlogerie, les horlogers traditionnels avec lesquels il apprend le métier et pour lesquels il a un immense respect. 1981 marque l'entrée de Juan-Carlos Torres chez Vacheron Constantin. C'est le début d'une formidable aventure. L'histoire d'une entreprise à laquelle, tout au long de ses étapes majeures depuis cette année-là, l'homme sera étroitement associé.

Amoureux de l'art
Les années passent et son amour de l'art le pousse à multiplier ses activités. Ainsi, en 1994, sa passion pour la musique classique l'amène à organiser, avec la complicité du regretté Armin Jordan, alors à la tête de l'Orchestre de la Suisse romande, et du pianiste Christian Zacharias, le premier enregistrement et des concerts de l'intégrale des concertos pour piano et orchestre de Ludwig van Beethoven. L'architecture est aussi l'une de ses passions. Cet amour des belles courbes va naturellement le conduire à prendre en main le redéploiement immobilier de Vacheron Constantin avec, à la clé, le pilotage réussi de la construction de la nouvelle manufacture de Plan-les-Ouates, inaugurée en 2004. Ce bâtiment, aujourd'hui considéré comme un fleuron architectural, est né de sa collaboration et complicité avec Bernard Tschumi, architecte de renommée internationale, avec lequel il trouve un point commun dans la vision de cet art qu'est l'architecture comme «lien», en particulier avec la culture, à l'image des grands musées du monde que Juan-Carlos Torres aime à découvrir et redécouvrir.
Un visionnaire
Aujourd'hui, le Catalan semble être un homme accompli. Surtout lorsqu'il s'agit de parler de l'avenir de l'horlogerie.
Le regard se fait lumineux, le débit de paroles s'accélère et les minutes défilent comme des secondes. «Il y a beaucoup de nouvelles opportunités pour notre secteur, comme la Chine. Pour Vacheron Constantin, il n'y a pas que Shanghai ou Pékin, nous avons développé notre marque dans les régions les plus reculées aussi. L'Inde ou le Brésil deviendront aussi des lieux de vente importants dans les années à venir, mais avant cela il faudra y développer des structures de vente.» L'avenir, Juan-Carlos Torres l'imagine axé sur la formation des apprentis et sur une industrie horlogère qui se donne les moyens de ses ambitions. En développant ses points de vente et son savoir-faire pour continuer à exporter dans le monde entier une technique de pointe. C'est confiant que nous quittons le directeur de l'une des firmes les plus reconnues au monde…
