Depuis deux siècles, L. Leroy navigue dans la sphère des collectionneurs avertis. Malgré la puissance du groupe qui la porte, la Manufacture reste centrée sur des séries très limitées.
Le seul moyen de surprendre pour L. Leroy serait de réaliser, un jour, une montre trois aiguilles sobrement finie. Voire d’explorer le terrain militaire ou de l’aviation. Un sourire se dessine sur le visage du collectionneur ? C’est normal : L. Leroy ne fera probablement jamais rien d’autre que des pièces compliquées, ultra-précises et à la finition de haut niveau.

Diplomatie horlogère
L'horloger officiel de la Reine d’Angleterre
Au XVIIIème siècle, alors que ces deux nations se déchirent pour le contrôle des mers, avec la précision chronométrique qui y est associée, la manufacture ouvre une boutique à Paris et une autre... à Londres sur Regent Street, en 1854 ! La lignée LeRoy, avec notamment Louis-Marie, se forma même à Londres avant de revenir travailler à Paris.
Au service de l’excellence horlogère, la manufacture ne connaît donc pas de frontières. Les relations France – Angleterre l’ont prouvé : alors que les échanges diplomatiques étaient à l’arrêt, la maison ouvrait ses boutiques des deux côtés de la Manche. Leroy a également su tisser un lien similaire entre deux autres nations, la Suisse et la France. Lorsque l’hiver 1892 se montre trop rude pour traverser le Jura frontalier, la maison installe un atelier à Besançon. Cette nouvelle adresse la rapprocha par la même occasion de l’Observatoire de la ville, qui allait consacrer la précision de ses chronomètres déjà éprouvés sur les flots.

Chère indépendance
La précision chronométrique
Côté mouvement, la Manufacture Horlogère de la Vallée de Joux, MHVJ, entité du même groupe, lui assure des mouvements en toute autonomie – spiral et balanciers compris.

Côté finitions, Leroy conserve le niveau qu’elle présentait auprès des cours royales. La seule variation que la manufacture s’autorise concerne le squelettage de ses pièces, notamment sur le tourbillon, un exercice délicat compte tenu des faibles surfaces et épaisseurs à travailler.
Côté collections, Leroy ne dévie pas non plus de sa ligne directrice : la précision chronométrique. La ligne Marine incarne cette pérennité, depuis 1835 quand la maison fut nommée Horloger du ministère de la Marine.

Le club des Sept
Toutefois, « collections » reste un grand mot pour une maison qui ne réalise que quelques dizaines de pièces par an. A vrai dire, les pièces uniques sont autant l’attrait de la maison que ses collections.
L’histoire de ces garde-temps est ludique : dans les années 1920, un industriel parisien passe la porte de la boutique de la Madeleine. L’entrepreneur est membre d’un club de sept personnes, intéressées par les nouveautés technologiques et les arts appliqués. La demande est simple : proposer au club une nouveauté par an, produite à sept exemplaires uniques. Le mandat précise que les pièces devront présenter des complications nouvelles ou des affichages particuliers et ne jamais être proposées sous la même forme à d’autres clients. Afin de ne pas limiter Louis Leroy dans ses recherches et propositions, aucun budget n’est fixé. Ainsi est née la légende des Sept.
Il existe aujourd’hui quelques rares exemplaires de ces pièces, conservées dans des collections privées ou dans les musées. Numérotées et signées «pièce exécutée à sept exemplaires par L.Leroy & Cie, pièce n°X pour Monsieur…», elles sont les témoins des relations intimes entre la maison et sa clientèle de connaisseurs.
