Dubois Dépraz SA, horlogers de père en fils

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Dubois Dépraz SA, horlogers de père en fils - Histoire
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Au Lieu (vallée de Joux), au-dessus de la boulangerie familiale, Marcel Dépraz fonde «Marcel Dépraz – Société individuelle, fabrication et posage de mécanismes»
24 Heures - 3 décembre 2012

Olivier Wurlod

 

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Entre la vallée de Joux et l'horlogerie, il y a depuis 250 ans des rapports quasi fusionnels. Depuis 1740, il s'y est établi un vrai savoir-faire aussi artisanal qu'inattendu. Lors des mois de la mauvaise saison, dans des ateliers installés le plus souvent au fond des greniers, certains paysans se muaient en horloger. «Non seulement ils parvenaient à y fabriquer des merveilles horlogères, mais en plus partaient les vendre aux quatre coins du monde. Des voyages qui pouvaient durer des mois et dont les dangers rendaient leurs retours incertains», raconte Pascal Dubois, codirecteur avec son frère Jean-Philippe de la société Dubois Dépraz SA. Dans cette région, il en fallait donc peu pour que naissent certaines vocations. Ce fut le cas pour Marcel Dépraz, fils de boulangers.

Contrairement à son frère Paul, qui s'apprête à reprendre le commerce familial, il s'oriente tout de suite vers l'horlogerie et quitte jeune le cocon familial pour aller se former aux Brenets. Doué, il finit à 25 ans chef d'atelier à l'horlogerie de Montilier. Mais la distance avec les siens lui pèse, comme on peut le voir dans la correspondance entamée avec sa famille. «Je me réjouis d'être au milieu des miens, dommage du peu. Nous en profiterons. Je voudrais bien pouvoir rester tout le temps au Lieu», écrit-il le 16 décembre 1897 pour annoncer sa venue pour Nouvel-An.

Il finit par rentrer au Lieu et fonde au-dessus de la boulangerie familiale «Marcel Dépraz – Société individuelle, fabrication et posage de mécanismes». Et le succès suit rapidement, puisque, quelques mois seulement après la fondation de son entreprise, il reçoit une première médaille d'or à l'Exposition cantonale vaudoise.

Peu satisfait de la qualité des fournitures, il se décide dix ans plus tard à fabriquer lui-même ses propres mécanismes. En compagnie de son beau-frère, Marius Guignard, Marcel Dépraz crée, en 1910, une seconde société: Dépraz & Guignard.

Relativement peu touchée par les deux guerres mondiales, la place industrielle suisse, dont l'horlogerie, conserve ses forces et gagne une longueur d'avance sur la concurrence étrangère. C'est d'ailleurs durant l'entre-deux-guerres, après avoir engagé son gendre Reynold Dubois en 1937, que Marcel Dépraz fabrique le mouvement chronographe à calibre 13 ¾ – dont 3,5 millions de modèles seront vendus d'ici au début des années 1970.

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Au fil des décennies, entre les Dépraz et les Dubois, les liens se renforcent avec l'arrivée de la troisième génération: Gérald Dubois en 1956 et son cousin Eric Dépraz en 1966. Devenu Dépraz & Cie en 1947, la société se renomme en Dubois Dépraz SA dès 1968.

Puis survient la crise horlogère qui plombe la croissance et les affaires. «A cette époque, confronté à une chute vertigineuse des commandes horlogères, mon père se demande comment survivre et exploiter son parc de machines, raconte Pascal Dubois. Il a alors l'idée de se lancer dans un tout autre secteur, puisqu'il se met à produire des embases de relais pour l'industrie des transports.» Ce business apporte la bouffée d'air nécessaire pour poursuivre l'aventure familiale et se recentrer sur l'horlogerie, une fois la crise passée.

Mais cette dernière a laissé certaines plaies béantes, dont des divisions entre Gérald Dubois et Eric Dépraz. Ne parvenant pas à se mettre d'accord sur une vision commune pour leur société, Eric finit par vendre, en 1979, les parts de sa famille aux Dubois.

Désormais seul maître à bord, Gérald engage pour le seconder Jean-Philippe Dubois en 1987. Cet événement marque l'arrivée de la 4e génération dans la société, arrivée suivie en force par Pascal Dubois, mais aussi par leurs cousins Stéphane et Claude-Alain Berthoud. «Sur ses cinq petits-fils, quatre ont fini par assurer la continuité de la société, se réjouit Pascal Dubois. Et pour le cinquième, Pierre Dubois, il ne s'est pas trop éloigné du cocon familial, vu qu'il a créé Pierre DeRoche, sa propre marque de montres haut de gamme.»

Depuis l'absorption de la société en difficulté financière DPRM, en 2005, Dubois Dépraz SA a accédé au titre convoité d'une manufacture de mouvements compliqués. Aujourd'hui la société horlogère emploie 230 personnes sur ses deux sites du Lieu et 60 à Arch (BE).

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