Maya Castel
Rares sont les maisons qui peuvent se prévaloir d'une maîtrise complète de la fabrication de leurs garde-temps et prétendre au titre suprême de manufacture. Zenith est l'une d'entre elles. En 1865, son fondateur, Georges Favre-Jacot, réunit pour la première fois, sous un même toit, les artisans impliqués dans la réalisation complète d'une montre. Par ce geste précurseur, l'entrepreneur va largement contribuer au développement de l'architecture industrielle du Locle, une ville classée aujourd'hui patrimoine industriel mondial de l'UNESCO.

Influencé par des méthodes de production avant-gardistes américaines, Georges Favre-Jacot ne cessera d'accroître l'infrastructure et la productivité de sa fabrique. Son seul but: améliorer les performances chronométriques et la fiabilité de ses mouvements. Il acquiert des machines, met au point de nouvelles techniques de fabrication comme l'automatisation et l'interchangeabilité des composants. Il signe ainsi l'avènement de l'industrie horlogère moderne, en soutien à la finition et à la décoration manuelles.
Au fil des années, la manufacture des Billodes s'agrandit. Elle emploie jusqu'à 10% de la population de la ville. Ses ateliers se développent à l'est, le long de la rue, puis à l'arrière, sur le coteau. La déclivité du lieu complique la circulation entre les bâtiments. En revanche, elle permet une excellente exposition à la lumière, par une juxtaposition d'espaces peu profonds. Sur ce site architectural complexe se réalisait l'intégralité d'une montre, depuis le métal brut, jusqu'à la décoration finale, en passant par les boîtes et les cadrans, sans oublier le mouvement.
Briques rouges et structure métallique conservées
C'est ici – toujours entre ces mêmes murs – que les chronographes Zenith voient le jour. Une rénovation complète des 19 bâtiments a débuté en août 2011, celle-ci étant destinée à optimiser le processus de fabrication et l'organisation logistique. La première phase des travaux vise la réhabilitation du bâtiment principal de trois étages, construit en 1905. Sa façade est emblématique du début du siècle. Entre les immenses baies vitrées, soit 400 fenêtres, s'inscrivent en toutes lettres le nom de Zenith et les initiales du fondateur G.F.J. La structure métallique du bâtiment et les briques rouges, matériaux typiques de l'époque industrielle, seront conservées. L'édifice bénéficiera de normes de construction modernes: triples vitrages, isolation thermique, climatisation de l'air et hydrométrie contrôlée. Son aménagement intérieur sera complètement repensé pour améliorer de manière significative la logistique industrielle.
L'édifice central regroupera les différents métiers de la fabrication, soit une dizaine d'ateliers, notamment: l'usinage, l'étampage, la décoration, les différentes phases de contrôle, l'assemblage, le réglage, l'emboîtage et la haute horlogerie. La rénovation s'étendra ensuite aux autres bâtiments du site. Cette vaste entreprise, destinée à moderniser le processus de fabrication, tout en valorisant l'héritage de Georges Favre-Jacot, sera achevée en 2015, année des 150 ans de la manufacture.
