En 1815, la paix est revenue et Genève retrouve son indépendance, tout en adhérent à la Confédération helvétique comme vingt-deuxième canton.
De part et d'autre des Alpes
Jacques Barthélémy Vacheron se met à voyager sans relâche à la conquête de nouveaux marchés, le plus prometteur étant l'italien où les montres de la Maison sont déjà connues et appréciées.Mais Genève et l'Italie sont séparées par la barrière des Alpes. Les voyages du jeune Vacheron sont donc aventureux, sur des routes défoncées montant en lacets serrés et longées par de profonds ravins. Néanmoins, avec ses malles pleines de ses précieuses montres, Jacques Barthélémy visite toute l'Italie du nord, de Turin à Milan, de Trieste à Gênes, de Florence à Livourne. dans une des lettres qu'il envoie régulièrement à sa famille, il écrit, avec une pointe d'ironie : 'le voyage, cette fois, a bien marché, le carrosse ne s'est renversé que deux fois!'.Sa stratégie se révèle payante, ses montres se vendent et son entreprise reprend des forces. Mais ces voyages ne sont pas seulement longs et exténuants, ils éloignent Jacques-Barthélémy durant trop de temps de son établi et de la direction de son entreprise. Le moment était venu pour lui de trouver un associé qui s'occuperait du commerce pendant que lui fabriquerait des montres.La prise d'Alger
Pourtant, encore en 1816, même le bruit terrifiant du canon français, ne l'arrête pas. Il décrit ainsi avec précision la prise d'Alger et la capture du Bey. Période pendant laquelle l'atelier genevois produit des montres exceptionnelles : 'répétitions à cylindre', 'Lépine à virgule', 'savonnettes guillochées', boîtes précieuses en or et émail serti de pierres précieuses. Vacheron propose également des 'boîtes musicales' avec de nombreuses mélodies correspondant aux pays pour lesquels elles sont destinées : russe pour... l'Italie, italienne pour la Russie, afin de jouer l'exotisme.
François ConstantinArrivée de Constantin
C'est en 1819 que Jacques-Barthélémy trouve un associé. C'est François Constantin. Jeune (il n'a pas encore trente ans) et plein d'énergie mais déjà expérimenté comme commis voyageur : dès l'âge de 14 ans, il a commencé à voyager dans toute l'Europe pour le compte de son père.Constantin est un personnage typiquement romantique, aventurier ambitieux, courageux, entreprenant, amoureux de l'art et de la beauté, il connaît les montres et les aime. C'est aussi un homme bizarre, exubérant, qui a la folie des grandeurs et qui est prodigue dans ses dépenses mais qui est surtout doué d'un talent commercial exceptionnel. Authentique romantique, il ne peut vivre sans un idéal et son idéal, ce sont les montres de très haute qualité. C'est lui, ainsi, qui a eu l'idée de la devise de la maison : 'Faire mieux, si possible, et cela est toujours possible'. Une synthèse admirable de réalisme et d'utopie.C'est donc sous la poussée convergente de ces deux hommes de génie que sont Jacques-Barthélémy Vacheron et François Constantin, que la future maison Vacheron Constantin prendra son envol. A partir de ce moment, le développement exceptionnel de la Maison est du à la rigueur de Constantin qui pousse son associé à parvenir à la meilleure qualité possible alliée au raffinement le plus extrême dans l'exécution des montres alors que, au même moment, les horlogers de Neuchâtel se concentraient sur les pièces de prix moyen. Et surtout, Constantin parvient à faire partager son enthousiasme à tous les maîtres horlogers de la Maison, ce qui lui vaut d'être reconnue non seulement dans toute l'Europe mais aussi sur le continent américain.Progrès techniques
Les brefs mouvements insurrectionnels de 1821 n'ayant pas provoqué d'excès, l'horlogerie connaît les délices et les tourments du développement technologique durant toutes les années vingt du XIXe siècle. La demande de montres croit rapidement et, pour la satisfaire, les mains des artisans, bien qu'habiles et expérimentées, ne suffisent plus. Il faut donc se lancer dans une production partiellement automatisée.Vacheron est parmi les premiers à adopter les 'calibres' permettant de fabriquer les mouvements de façon plus rationnelle et de les utiliser plus efficacement. Ce n'est pas pour autant qu'il en devient moins exigeant quant à la qualité. Au contraire, sur ce point il devient irréductible, effectuant des contrôles très rigoureux et des vérifications sur toutes les pièces afin qu'elles satisfassent aux critères de sélection les plus sévères. Par un effet de paradoxe, qui n'est qu'apparent, cette obsession poussera Vacheron à accomplir un bond technologique d'une grande portée. L'organisation de la Maison voulait que la production des pièces dépende de fournisseurs externes mais Vacheron était à la recherche d'un système lui offrant une totale autonomie. Il a ainsi eu l'audace de concevoir un projet qui, dans la première moitié du XIXe siècle, pouvait sembler un peu fou : construire des machines permettant de produire des pièces parfaitement identiques, correspondant à chaque calibre, ce qui constituait un grand pas du côté de la fiabilité. Mais, pour réaliser ce projet, en quelques sorte révolutionnaire, il manquait un inventeur.
Georges LeschotLe prodige de Leschot
L'année 1839 marque un tournant dans l'histoire de l'horlogerie et pas seulement dans celle de Vacheron Constantin. L'ingénieur Georges Leschot n'avait pas encore quarante ans quand il fit son entrée dans la Maison en tant que directeur technique. Riche de talent et d'imagination, génial expert en horlogerie, il ne lui fallut que deux ans pour mettre au point une série de machines-outils capables de fabriquer, avec une précision absolue, des pièces à la fois totalement identiques et parfaitement adaptées aux calibres existants. Un résultat stupéfiant, jugé à l'époque impossible à obtenir, mais dans lequel Vacheron, Constantin et Leschot lui-même, ont cru fermement depuis le début. L'invention est immédiatement couronnée par le prix de la Société des Arts, destiné à signaler, tous les cinq ans, la découverte la plus innovatrice dans le domaine de l'horlogerie. Le nom de Leschot entrera ainsi de plein droit dans le cercle des Grands qui ont fait l'histoire de l'horlogerie.Mais surtout, sur le plan commercial, cette invention donnera à l'entreprise une avance décisive qui lui permettra de passer du stade de l'atelier à celui de la manufacture. Un avantage prépondérant sur la concurrence. Les machines de Leschot offraient non seulement la qualité de la précision absolue mais également la possibilité de produire un nombre de pièces largement supérieur à celui obtenu par les méthodes artisanales traditionnelles.Après quelques années, tous les rivaux de Vacheron Constantin finirent par se convertir à cette révolution mais, entre temps, le prestige de la Maison avait atteint des sommets qu'il devenait difficile d'égaler.Franco Cologni
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