Tribune de Genève - 15 mars 2012
Katarzyna Gornik
La menace pour des entreprises situées dans le milieu et l'entrée de gamme est sérieuse. C'est l'opinion de Ronnie et André Bernheim, patrons de la marque zurichoise Mondaine, qui s'est rendue célèbre par son design inspiré des horloges des gares suisses. Ils suivront donc avec attention les débats qui ont lieu aujourd'hui au Parlement sur le projet de révision de la loi définissant les critères du label «Swiss made».
Le projet vise d'une part à lutter contre les pratiques utilisant à tort et à travers les armoiries suis ses. Ce volet rencontre une adhésion sans faille au sein de l'horlogerie et des autres secteurs industriels. Mais là où le bât blesse, c'est l'accent mis sur le renforcement des exigences concernant le prix de revient réalisé en Suisse.

Des prix doublés
Pour les produits industriels, les producteurs devraient justifier d'au moins 60% du prix de revient généré en Suisse. Pour les frères Bernheim et leurs pairs, environ une trentaine d'horlogers réunis au sein d'une communauté d'intérêt «Swiss made», cette part est bien trop élevée. «Selon mes calculs, cette modification obligerait les producteurs de notre segment à augmenter les prix de façon artificielle», martèle Ronnie Bernheim. Dans son cas, il estime qu'il serait ainsi contraint à quasi doubler le prix de ses montres, en se procurant davantage de composants indigènes. «Une telle augmentation revient à casser mon marché», s'indigne Ronnie Bernheim.
Les marques de luxe n'auraient pas ce souci, car elles disposent déjà d'outils de production leur permettant soit de s'adapter à la nouvelle donne, soit, tout simplement, de continuer à produire «maison», comme avant.
Faille du projet?
Pire, affirme Ronnie Bernheim. Le projet Swissness, loin de créer un terreau propice au rayonnement de la réputation de la Suisse, pourrait se révéler dommageable en termes de qualité.
Pour conserver le label «Swiss made» sans augmenter leurs prix, certaines entreprises pourraient être tentées d'acheter des composants à moindre coût à l'étranger. Pourquoi? Car ce système permettrait d'augmenter la part du prix de revient suisse dans les comptes, conservant ainsi le label.
Cet argument est totalement contesté par Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l'industrie horlogère suisse. «Une marque ne peut pas se permettre d'abaisser soudain la qualité de ses produits», rétorque-t-il. Des bracelets qui cassent, des montres qui tombent en panne… «Cela serait immédiatement sanctionné par le marché», affirme-t-il.
Il rappelle en outre que l'objectif du projet est de susciter des investissements dans les outils de production de composants sur sol suisse et à prix tout à fait compétitifs. «Des sociétés ont déjà entamé la planification de ce genre de projets, et nous allons demander cinq?ans de délai pour leur donner le temps de s'adapter.»
