Le Swiss made à 60% ne fait pas l'unanimité

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Une trentaine de PME de la branche dénoncent les risques pour l'emploi liés à un renforcement de la loi.


24Heures - 6 mars 2012

Thierry Délèze



Quel degré de «suissitude» une montre doit-elle compter pour être déclarée «Swiss made»? La semaine prochaine (15 mars), le Conseil national décidera d'un renforcement ou non des exigences pour obtenir le label «Swiss made», gage de qualité. Un rendez-vous crucial pour l'horlogerie. Actuellement, selon la loi de 1971, une montre dont le mouvement est suisse et dont le contrôle final a eu lieu dans le pays est considérée comme «Swiss made». Depuis le début des années 90, une ordonnance précise en outre qu'au minimum 50% de la valeur de toutes les pièces constitutives du mouvement doit provenir de Suisse pour mériter le label.

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Pour la Fédération de l'industrie horlogère (FH), ces exigences sont insuffisantes et permettent de nombreux abus. Elle souligne qu'avec la loi actuelle, une montre dont le mouvement, l'emboîtage et le contrôle ne représentent que 20% de la valeur peut tout de même être déclarée suisse. «De nombreux clients s'estiment lésés lorsqu'ils découvrent que tout le reste a été fabriqué en Chine», explique Jean-Daniel Pasche, président de la FH. «Pour garder son attractivité et maintenir les emplois ici, le Swiss made a urgemment besoin de règles plus strictes.» Il y a 15 jours (24 heures du 16 février), la Fédération est donc montée aux barricades pour une réglementation plus sévère. La FH réclame qu'au moins 60% du prix de revient de la montre soit réalisé sur sol helvétique. Appuyé par une très nette majorité des membres de la FH, le renforcement du «Swiss made» ne fait toutefois par l'unanimité.

Copropriétaire de Mondaine (les montres de gare, la M-Watch), Ronnie Bernheim s'oppose à un renforcement arbitraire qui ne profitera, selon lui, qu'aux grands groupes qui produisent l'essentiel de leurs produits eux-mêmes. «Ce projet de loi met en danger les PME, plus dépendantes des fournisseurs étrangers», souligne-t-il. Au sein de la communauté d'intérêt IG Swiss Made, le patron de Mondaine a rassemblé 29 PME horlogères représentant quelque 5000 places de travail (environ un dixième de la branche). Il a également obtenu le soutien de l'Union suisse des arts et métiers (USAM). A leurs yeux, le taux de «suissitude» (swissness) actuel de 50% est suffisant pour mériter le label et permettre aux petits acteurs de s'en sortir.

«Cette loi est avant tout une volonté de l'industrie horlogère de luxe, qui pourra ainsi augmenter encore ses prix, car de nouveaux investissements seront nécessaires pour répondre aux exigences», poursuit Ronnie Bernheim. Patron de Ronda et lui aussi opposé à un renforcement de la loi, Erich Mosset met en outre en avant le danger pour l'emploi en Suisse. Un argument balayé par la FH et le syndicat Unia: «Au contraire, le renforcement des exigences freinera la délocalisation, et les nouveaux investissements seront créateurs d'emplois», estime Jean-Daniel Pasche.

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