L'Agefi - 17 février 2011
Stéphane Gachet
La Fédération de l'industrie horlogère suisse (FH) a rappelé hier à Berne son soutien au projet Swissness, qui sera débattu devant le Conseil national le 15 mars prochain. Swissness touche toutes les branches exportatrices. L'horlogerie a voulu faire valoir sa position de force, représentant près de 10% de l'ensemble des exportations et sans doute l'activité présentant la plus forte visibilité à l'échelle mondiale.
Plusieurs représentants de l'industrie étaient présent au côté de Jean-Daniel Pasche, président de la FH. Un panel très représentatif de l'ensemble des opérateurs. Peter Blösch, à la tête de l'entreprise Blösch à Granges, a donné la position de la sous-traitance. Hanspeter Rentsch, membre de la direction de Swatch Group, a donné l'exemple d'un groupe intégré et généraliste. Philippe Merk, président exécutif d'Audemars Piguet, a représenté la haute horlogerie indépendante. Enfin Corrado Pardini, conseiller national et membre de la direction d'UNIA, a donné le point de vue de l'emploi. Toutes les présentations sont allées dans le même sens, à savoir la nécessité de renforcer le label d'origine suisse. Un message de solidarité de l'horlogerie à l'ensemble des branches d'exportation, doublé d'une invitation à aller au-delà du projet de base en renforçant l'obligation de valeur ajoutée en Suisse de 50% à 60%. Un élément à consonance presque symbolique, s'agissant, selon Jean- Daniel Pasche, de donner un signal clair de la prédominance de la part suisse dans le produit final.

Le passage à 60% n'est pas donné d'avance. Des oppositions se sont déjà formées, au sein de l'USAM et de la branche horlogère elle-même. Une vingtaine de fabricants (parmi lesquels le groupe Mondaine) se sont regroupés sous l'appellation IG Swiss Made. Un communiqué a d'ailleurs été diffusé hier, rappelant son opposition à la règle des 60%. Les arguments se résument en trois points: pas assez de composants disponibles en Suisse, augmentation des coûts de production et pression sur l'emploi, avec risque de délocalisation.
Des arguments que Hanspeter Rentsch (Swatch Group) a repris un à un, démontrant un effet positif inverse d'un renforcement accru du label. Le manque de composants? «Cela signifie qu'il faut rapatrier certaines métiers (boîtes et cadrans en particulier) et donc créer des places de travail en Suisse.» Des coûts de production plus élevés? «L'industrie a montré qu'elle est assez innovante pour maintenir la production en Suisse.» Pour cela, il faudra bien entendu investir, massivement, dans les lignes de production et dans les nouvelles technologies. Une chance pour la sous-traitance, mais un défi de taille, surtout pour les fabricants de montres moyen de gamme (hors de Swatch Group faut-il préciser).
A terme, le Swiss made ira de toute façon encore plus loin que le Swissness, qui n'est qu'une étape. L'horlogerie avait décidé de révisé l'ordonnance fédérale régissant le Swiss made avant le lancement de Swissness. Dès que ce dernier aura été adopté par toutes les Chambres, la FH relancera son projet d'ordonnance au niveau fédéral.
L'objectif est clairement de relever encore d'avantage le seuil d'accès au label Swiss made, dans le genre de ce qui est déjà pratiqué aujourd'hui en haute horlogerie, soit quelque 85-90% de la valeur ajoutée en Suisse, selon le modèle Audemars-Piguet. Cela marquera la fin définitive d'une zone grise toujours plus pratiquée par toute une activité private label incontrôlable, dans les limites légales actuelles (l'ordonnance en vigueur depuis 1971 ne précise qu'une obligation minimale de valeur ajoutée sur le mouvement), mais clairement dénoncées comme une tromperie par la FH.
