Président et directeur général de la marque horlogère Raymond Weil, Olivier Bernheim décrit les activités du groupe genevois en Inde.
Andrée-Marie Dussault: Depuis quand Raymond Weil est-il en Inde?
Olivier Bernheim: La marque Raymond Weil est présente en Inde depuis 1976 alors que Monsieur Raymond Weil entretient des relations commerciales avec le pays depuis 1960. Avant 1976, il y distribuait la marque Camy Watch, dont il a été le patron durant 20 ans. Mon beau-père est d'ailleurs reconnu par tous les détaillants indiens comme ayant été le premier exportateur horloger suisse en Inde.
Il a toujours été un passionné de l'exportation. Il avait d'importants contacts en Inde. Il s'y est fait des amis qui restent encore aujourd'hui très liés à ma famille.
Il y a toujours eu en Inde une classe aisée qui privilégiait la qualité et la précision horlogère suisse. Le cadeau est un rituel qui fait partie de la vie familiale indienne.
Vous avez créé une filiale en Inde?
En effet, depuis le 1er juin 2010, nous disposons d'une filiale en Inde et avons été l'une des premières marques horlogères suisses à avoir entrepris cette démarche. C'est un grand plaisir de travailler avec nos collaborateurs indiens. Que ce soit en Inde, en Europe ou ailleurs, il est primordial de s'entourer de personnes en qui on a confiance et à qui l'on peut déléguer des responsabilités. Probablement qu'en Inde, il faut faire preuve de plus de vigilance et exercer un contrôle plus strict. La philosophie de la vie y est parfois différente: une certaine nonchalance, une tendance à arrondir les angles… Mais c'est aussi tout le charme de ce pays qui reste mon activité préférée, mon « dada « en quelque sorte! C'est d'ailleurs le seul marché où nous n'ayons pas de directeur général en poste. J'aime m'y rendre. La première fois se fut en 1978 et depuis, je m'y rends 3 fois par an.

Où vendez-vous vos montres en Inde?
Nos six boutiques (trois à Bombay, une à Delhi, une à Calcutta et une à Chiennai) vendent exclusivement nos montres. Depuis la création de notre filiale, nous disposons également de 48 points de vente multi brand repartis dans tout le pays: dans les métropoles, les «mini-métropoles», des villes d'environ 3 à 5 millions d'habitants, ainsi que des villes plus petites selon les standards indiens, où résident environ 1.5 millions de personnes. Les très belles pièces, beaucoup plus onéreuses, se vendent tout particulièrement dans les grandes métropoles. On retrouve les produits plus accessibles dans les agglomérations moins denses.
La crise a-t-elle affecté le marché des montres de luxe en Inde?
Le réseau horloger a connu une courbe exponentielle ces trois dernières années. Une nouvelle génération de jeunes Indiens, et de connaisseurs, est avide de marques de luxe. De plus, de nombreux malls, des centres commerciaux, ont ouvert leurs portes ces dernières années, accueillant ainsi des boutiques de luxe. Cela dit, la crise a énormément affecté le marché horloger en Inde. Toutefois, cette crise n'est pas celle que l'on connaît au niveau mondial. Il s'agit plus exactement d'une situation propre à l'Inde, liée à une économie interne et à la politique locale, mais aussi à l'effondrement de la roupie et la volonté du gouvernement de mettre en place une approche commerciale propre. Tous ces facteurs freinent le développement du marché horloger.
Quelles sont les particularités du marché indien?
Une grande partie du marché est aux mains de grandes familles. Ce marché est également essentiellement local, ce qui signifie que les étrangers/visiteurs n'achètent pas de montres de luxe en Inde. L'Inde est d'ores et déjà un marché important qui pourrait prendre beaucoup plus d'ampleur à l'avenir. Actuellement, son expansion se calque sur la croissance de sa population et la richesse de certaines élites.
Quels sont les défis auxquels vous faites face en Inde?
La bureaucratie, des taxes d'importation (49%) très élevées, une régulation lourde et compliquée sont toujours d'actualité. Les choses ne se sont pas vraiment améliorées ces dernières années. Trop d'intérêts agissent à l'encontre d'améliorations potentielles. A l'inverse, la contrebande de montres de luxe s'est significativement réduite. D'ailleurs, nous sommes les premiers à avoir choisi de distribuer notre marque de manière intégralement officielle en Inde, c'est-à-dire en respectant tous les canaux légaux et douaniers. Quant à la contrefaçon, Raymond Weil n'a jamais été confronté à ce problème en Inde.
Qui est votre clientèle en Inde?
Elle est constituée de personnes entre 25 et 50 ans. Ce sont des avocats, des médecins, des entrepreneurs, des individus très indépendants et responsables, très regardant sur le rapport qualité/prix. Les Indiens aiment discuter les prix. Ils sont aussi fins connaisseurs, spécialistes et collectionneurs. Notre publicité est essentiellement diffusée à travers la presse locale, énormément lue, et les réseaux sociaux.
