Vacheron Constantin participe à une initiative mondiale visant à préserver les métiers d'arts. Le concept est louable et les défis ne manquent pas, aussi bien en termes de recrutement des membres que de formation des jeunes talents.
WORLDTEMPUS - 30 mars 2012
Olivier Müller
En 1637, Corneille écrivait qu'«aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années». Hier à Paris, un collège de vénérables maisons affirmait que l'ancienneté, elle, comporte son lot de devoirs, au premier rang desquels la préservation des savoirs.
Vacheron Constantin, légataire d'un quart de millénaire de sa propre tradition horlogère, a ainsi annoncé hier la création du Cercle 250, dont la manufacture est cofondatrice. Le critère d'admission à ce club très fermé est aussi simple que sélectif: pouvoir totaliser 250 ans ininterrompus dans l'exercice de son art. Seuls deux membres fondateurs sont pour le moment officiels: la manufacture elle-même, et le japonais Zôhiko, qui fut déjà son partenaire pour les collections 2011 de ses Métiers d'art.
Recruter les trois autres membres fondateurs, ainsi que les membres bienfaiteurs, n'a pas été un exercice facile. «Nous avons répertorié 1000 entreprises dans le monde ayant 250 d'histoire continue. Seules 150 sont issues des métiers d'art, et 80% d'entre elles sont européennes", souligne Julien Marchenoir, Directeur du patrimoine chez Vacheron Constantin. Autant dire que la marge de manœuvre est étroite.
Patrimoine vivant
A ce stade, le Cercle 250 en est au stade des déclarations d'intention: transmettre, soutenir et valoriser les métiers d'arts. Si la mise en œuvre concrète reste encore un peu floue, on ne peut que saluer l'initiative. L'horlogerie, en particulier, devrait en bénéficier, en tant qu'industrie agrégeant en son sein de multiples disciplines séculaires (joaillerie, email, restauration, etc.) qui tendent à s'essouffler, voire à disparaître. Certaines pièces du XIXème siècle de chez Chaumet, au même titre que la fameuse Leroy 01, sont d'ailleurs aujourd'hui quasiment inrestaurables.
Pour autant, en quoi l'ancienneté légitimerait-elle la capacité? Outre pouvoir préserver son patrimoine, il faut savoir le faire vivre, voire revivre. La continuité d'activité n'emporte pas automatiquement la préservation des savoirs. Les multiples changements de propriétaires d'une marque peuvent aisément contrarier les velléités du plus zélé des conservateurs. La manufacture Zenith aurait-elle la même aura aujourd'hui si un certain Charmy Vermot n'avait pas outrepassé les ordres de sa direction en sauvant plans et matériels du chronographe El Primero?
La formation, clé de voute de la préservation des métiers d'arts
Les collections «Métiers d'Art» de Vacheron Constantin attestent de sa maîtrise des arts les plus anciens. Elle en utilise une vingtaine, au quotidien, en interne. Mais la bonne volonté d'une manufacture ne suffit pas pour préserver ces savoirs. Susciter l'intérêt des jeunes et pouvoir les former reste la pierre angulaire de ce vœu pieu. Rien ne sert de préserver un art s'il n'y a personne pour en prendre la relève.
Le volet formation et information est donc déterminant mais, paradoxalement, les jeunes étudiants ne sont pas toujours les plus enthousiastes. «Beaucoup de passionnés et futurs diplômés ont la quarantaine; ils se créent une seconde vie en rupture totale avec leurs activités passées», indique Jean-Michel Delisle, Président de l'Institut national des métiers d'arts. Un constat qui ne viendra pas nécessairement abaisser de beaucoup la moyenne d'âge des artisans d'art: «60 ans en moyenne», rappelle Franco Cologni, Président du Conseil culturel de la Fondation de la haute horlogerie et à la tête de la Fondazione Cologni mestieri d'arte basée à Milan, dont la mission est, entre autres et depuis 1995, d'encourager l'apprentissage des métiers d'arts auprès des jeunes générations.
On jugera donc de l'efficacité du Cercle sur son action. Le projet 2012 est déjà acté avec l'engagement d'une restauratrice de livres anciens et l'équipement d'un atelier complet au sein de la Fondation Bodmer, qui possède l'une des plus grandes collection mondiale de manuscrits anciens. Le premier résultat devrait donc être visible d'ici 8 mois.
Olivier Müller
En 1637, Corneille écrivait qu'«aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années». Hier à Paris, un collège de vénérables maisons affirmait que l'ancienneté, elle, comporte son lot de devoirs, au premier rang desquels la préservation des savoirs.
Vacheron Constantin, légataire d'un quart de millénaire de sa propre tradition horlogère, a ainsi annoncé hier la création du Cercle 250, dont la manufacture est cofondatrice. Le critère d'admission à ce club très fermé est aussi simple que sélectif: pouvoir totaliser 250 ans ininterrompus dans l'exercice de son art. Seuls deux membres fondateurs sont pour le moment officiels: la manufacture elle-même, et le japonais Zôhiko, qui fut déjà son partenaire pour les collections 2011 de ses Métiers d'art.

Recruter les trois autres membres fondateurs, ainsi que les membres bienfaiteurs, n'a pas été un exercice facile. «Nous avons répertorié 1000 entreprises dans le monde ayant 250 d'histoire continue. Seules 150 sont issues des métiers d'art, et 80% d'entre elles sont européennes", souligne Julien Marchenoir, Directeur du patrimoine chez Vacheron Constantin. Autant dire que la marge de manœuvre est étroite.
Patrimoine vivant
A ce stade, le Cercle 250 en est au stade des déclarations d'intention: transmettre, soutenir et valoriser les métiers d'arts. Si la mise en œuvre concrète reste encore un peu floue, on ne peut que saluer l'initiative. L'horlogerie, en particulier, devrait en bénéficier, en tant qu'industrie agrégeant en son sein de multiples disciplines séculaires (joaillerie, email, restauration, etc.) qui tendent à s'essouffler, voire à disparaître. Certaines pièces du XIXème siècle de chez Chaumet, au même titre que la fameuse Leroy 01, sont d'ailleurs aujourd'hui quasiment inrestaurables.

Pour autant, en quoi l'ancienneté légitimerait-elle la capacité? Outre pouvoir préserver son patrimoine, il faut savoir le faire vivre, voire revivre. La continuité d'activité n'emporte pas automatiquement la préservation des savoirs. Les multiples changements de propriétaires d'une marque peuvent aisément contrarier les velléités du plus zélé des conservateurs. La manufacture Zenith aurait-elle la même aura aujourd'hui si un certain Charmy Vermot n'avait pas outrepassé les ordres de sa direction en sauvant plans et matériels du chronographe El Primero?
La formation, clé de voute de la préservation des métiers d'arts
Les collections «Métiers d'Art» de Vacheron Constantin attestent de sa maîtrise des arts les plus anciens. Elle en utilise une vingtaine, au quotidien, en interne. Mais la bonne volonté d'une manufacture ne suffit pas pour préserver ces savoirs. Susciter l'intérêt des jeunes et pouvoir les former reste la pierre angulaire de ce vœu pieu. Rien ne sert de préserver un art s'il n'y a personne pour en prendre la relève.

Le volet formation et information est donc déterminant mais, paradoxalement, les jeunes étudiants ne sont pas toujours les plus enthousiastes. «Beaucoup de passionnés et futurs diplômés ont la quarantaine; ils se créent une seconde vie en rupture totale avec leurs activités passées», indique Jean-Michel Delisle, Président de l'Institut national des métiers d'arts. Un constat qui ne viendra pas nécessairement abaisser de beaucoup la moyenne d'âge des artisans d'art: «60 ans en moyenne», rappelle Franco Cologni, Président du Conseil culturel de la Fondation de la haute horlogerie et à la tête de la Fondazione Cologni mestieri d'arte basée à Milan, dont la mission est, entre autres et depuis 1995, d'encourager l'apprentissage des métiers d'arts auprès des jeunes générations.
On jugera donc de l'efficacité du Cercle sur son action. Le projet 2012 est déjà acté avec l'engagement d'une restauratrice de livres anciens et l'équipement d'un atelier complet au sein de la Fondation Bodmer, qui possède l'une des plus grandes collection mondiale de manuscrits anciens. Le premier résultat devrait donc être visible d'ici 8 mois.

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