Le succès de la sous-traitance horlogère

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Les fournisseurs des marques de montres sont très présents à Genève. Ils jouent un rôle peu visible, mais essentiel


Tribune de Genève - 11 juin 2012

Richard Etienne


Qu'y a-t-il de commun entre la société informatique AIM Services, Régence Production SA ou encore les fabricants de fermoirs Boucledor? Tous sont basés à Genève, méconnus du grand public et jouent pourtant un rôle central dans l'un des secteurs helvétiques les plus porteurs. Ils font partie de l'univers de la sous-traitance horlogère romande.

Un monde fourmillant particulièrement bien représenté au bout du lac: 430 horlogers (pas tous suisses), dont 82 siègent dans le canton, ont fait la semaine dernière le déplacement à Palexpo, dans un salon consacré à la sous-traitance des montres. Les organisateurs se sont réjouis: en onze ans, jamais leur manifestation n'avait galvanisé autant de monde.

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Une bonne santé

Ces sous-traitants ont en effet directement bénéficié de la bonne santé du secteur (les exportations horlogères suisses ont atteint la valeur record de 19,3 milliards de francs en 2011). Jugez plutôt: Boucledor, quelque 30 employés en 1990, en recensait 100 en 2009 et 140 aujourd'hui. Entre 2011 et 2012, son chiffre d'affaires a crû de 18%. Le spécialiste meyrinois des bracelets et fermoirs fournit entre autres les groupes LVMH, Richemont ou Swatch. De son côté, la société des Acacias AIM Services a racheté à la fin de l'année 2011 l'entreprise Polysoft et son logiciel dédié aux montres. Depuis, l'équipe consacrée à Tellwatch, le nom du programme, ne cesse de grandir. Elle travaille avec les plus grandes marques. Quant à Régence Production, la société de Satigny fondée en 2001 compte actuellement 200 collaborateurs, contre 140 à la fin de l'année 2009. Elle a présenté la semaine dernière à Palexpo des œuvres inédites parmi lesquelles des cadrans en «néoralithe» – ainsi nomme-t-elle son nouvel alliage – et des traitements rendant n'importe quel métal inrayable. Ses clients? Des maisons prestigieuses, mais on ne saura pas lesquelles.

Et pour cause, les grands noms évitent de crier sur les toits que leurs trésors ne sont pas entièrement conçus intra muros . «Dans l'horlogerie, la sous-traitance vit traditionnellement dans l'ombre», selon Eric Zucatti, président de l'association HorloExpo. Au XVIIe siècle, rappelle-t-il, les joailliers genevois se sont tournés vers les montres. Ils ont vite collaboré avec des fournisseurs jurassiens, plus libres, moins chers. «Les bijoutiers genevois se sont bien gardés de dire qu'ils avaient été aidés dans la conception de leurs nouveaux produits. C'est encore le cas de nos jours», continue Eric Zucatti.

Même les chiffres sont flous. Selon André Colard, cofondateur du salon de Palexpo, pas moins de 3000 sociétés en Suisse romande sous-traitent les grandes marques. L'indicateur de l'horlogerie suisse en recense pourtant deux fois moins.

Romain Galeuchet, chargé de communication de la Convention patronale de l'industrie horlogère suisse (CP), n'en dénombre lui guère plus de 300, alors que, selon le recensement de la CP, 600 entreprises (et plus de 50 000 personnes) travaillent actuellement dans le secteur en Suisse. Eric Zucatti tente de trancher: «1000 est sans doute le chiffre le plus proche de la réalité. Ceux qui en voient davantage incluent les fournisseurs de sandwichs dans les salons horlogers.»

Stabilisation économique

Cet univers caché se concentre de Schaffhouse à Genève. Avec le Jura, La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel, le bout du lac Léman fait office de centre. Tout aussi dispersé: on trouve des représentants à Plan-les-Ouates et dans la zone industrielle de Meyrin, mais aussi aux Acacias, à Carouge et ailleurs. Et en plein renouveau, selon Eric Zucatti, qui constate que «depuis une quinzaine d'années, la sous-traitance horlogère genevoise explose». Au salon de Palexpo, de nombreux exposants modèrent cet enthousiasme. Si le premier semestre 2012 a encore été positif, une stabilisation est prévue. Elle est due au ralentissement de la croissance en Chine, qui représente aujourd'hui plus de la moitié des commandes en Suisse.

Une stabilisation vers le haut, vu les excellents chiffres de 2011. La sous-traitance horlogère suisse, certes nébuleuse, reste suffisamment importante pour que depuis cette année deux salons lui soient consacrés, celui de Palexpo, et LausanneTec, qui s'est déroulé dans la capitale vaudoise à la fin du mois de mai. Et les deux sont partis pour durer, annoncent les organisateurs.

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