Tribune de Genève - 10 mai 2012
Jean-Marc Corset
Alors que la 14e Convention collective de travail (CCT) des industries horlogère et microtechnique suisses est entrée en vigueur au début de l'année, patronat et syndicat s'apprêtent à commémorer les 75 ans de la signature du premier accord du secteur horloger. Cet événement majeur eut lieu le 15 mai 1937, ouvrant «la voie à la paix du travail en Suisse», comme le revendiquent le syndicat Unia et la Convention patronale de l'industrie horlogère suisse (CP). Pour cette commémoration, ils recevront mardi prochain à Neuchâtel le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. A l'époque en effet, le projet de convention avait été rédigé par l'un de ses prédécesseurs.
Jean-Claude Rennwald, qui a participé à quatre renouvellements de la CCT, sort à cette occasion un livre avec le journaliste historien Jean Steinauer intitulé Le modèle horloger. 1937-2012: les rouages d'une révolution (Editions L'Evénement syndical). Les auteurs présentent ce qu'ils appellent une «boîte à outils» afin de comprendre – de l'intérieur – les méandres d'une négociation qui a pour finalité des progrès partagés dans les conditions et les relations de travail.

Au premier jour de sa retraite, le 1er mai dernier, à l'âge de 59 ans, le secrétaire central d'Unia et ancien conseiller national, a rappelé les avancées de la dernière CCT en matière de congé paternité (de 3 à 5 jours payés), d'allocations familiales, de participation patronale aux frais de caisse maladie ou encore de possibilités de retraite anticipée ou de retraite progressive.
L'accord régit pour cinq ans la vie de 430 entreprises et quelque 42 000 employés sur un total de près de 50 000 dans la branche. Jean-Claude Rennwald déplore toutefois que «moins de la moitié des entreprises horlogères et microtechniques du canton du Jura et du Jura bernois sont signataires de cette convention collective, alors que cette proportion grimpe à près de 100% à Genève et à près de 90% à Neuchâtel et à la vallée de Joux».
Le 1er mai, l'ancien secrétaire syndical précisait encore qu'«environ 60% des travailleurs suisses ne sont pas protégés par un salaire minimum, du fait que la moitié des salariés de notre pays ne sont pas au bénéfice d'une convention collective et que certaines CCT ne prévoient pas de tels minima».
Ces 75 dernières années rappelle toutefois le journal L'Evénement syndical, «de nombreux progrès ont été obtenus, pas à pas». Si la première convention de l'horlogerie – en avance sur les autres – prévoyait une augmentation des salaires et une semaine de vacances par an, en 1946, une deuxième semaine a été octroyée. Les horaires de travail passent de 48 heures hebdomadaires en 1937 à 40 heures dès 1988.
Du côté des employeurs, si on recherche désormais la flexibilisation des rémunérations et du travail, toujours dans le but de limiter les coûts, la principale motivation de tels accords, au départ, était la «paix du travail». Certains historiens relativisent certes la date de 1937 car, plus tôt, elle était déjà inscrite dans certains textes. Ainsi en 1900, une loi dans le canton de Genève fut la première en Suisse à imposer clairement la paix du travail pendant la durée de validité d'une CCT. Et ce n'est que dans les années 50 qu'elle prend toute sa dimension. Mais en 1937, c'est bien la grève dans une fabrique biennoise de cadrans, qui s'étend, qui provoque l'intervention de la Confédération et aboutit à la 1re CCT dans l'horlogerie.
