Avoir l'oeil pour éviter les faux

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Avoir l'oeil pour éviter les faux - Contrefaçon
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Le 22 mars a lieu la journée nationale suisse de lutte contre la contrefaçon. Plusieurs moyens existent pour détecter les provenances frauduleuses.
800 millions de francs : c'est le prix de la contrefaçon horlogère suisse, sur une enveloppe totale de deux milliards de francs de manque à gagner, si l'on ajoute les autres secteurs touchés (principalement l'industrie pharmaceutique). En d'autres termes, lorsque l'on parle de copie illégale en Suisse, on parle avant tout de montres.

La contrefaçon est une offre qui existe parce qu'il y a une véritable demande. Pour autant, de nombreux particuliers ne sont que de simples victimes. Ils n'ont nullement eu l'intention de frauder mais se sont retrouvés bernés par des imitations particulièrement bien finies.
 

Finitions : les éléments qui trahissent

Il existe plusieurs moyens techniques de détecter une contrefaçon. En horlogerie, une copie tombe le masque le plus souvent lorsque l'on examine ses détails. « Il s'agit le plus souvent d'erreurs de numéros », indique Jean Garcia, expert indépendant auprès une cour d'appel et d'hôtels de vente. « Nous pouvons trouver deux cas de figures. Le premier, c'est celle d'une copie qui change un numéro d'identification, de série, volontairement, pour tenter d'échapper à sa requalification en contrefaçon. Le second, c'est l'erreur humaine ; l'auteur de la copie a tout simplement interverti deux chiffres, par exemple. Dans les deux cas, le verdict est sans appel et ce type d'erreur ne trompe personne ».

Pour ceux qui ne sont pas experts des numéros de série ou laissent le bénéfice du doute à une interrogation momentanée sur une référence équivoque, il est alors nécessaire de se pencher sur la finition de la pièce. « L'aspect d'un or blanc n'a rien à voir avec celui d'une finition maillechort chromé », poursuit Jean Garcia. En d'autres mots, non seulement le métal n'offre pas les mêmes effets optiques, mais il vieillira également différemment : « il arrive que certaines personnes se voient transmettre des pièces par leurs aïeuls, présentées comme authentiques. Ce que ces derniers ne disaient pas, c'est qu'après-guerre, les temps étaient durs et nombreux sont ceux qui se sont séparés de leurs garde-temps authentiques pour des raisons économiques, mais ont tenu, pour des raisons cette fois sociales, à préserver les apparences et ont acquis une contrefaçon esthétiquement similaire », indique l'expert. « Sauf que ces pièces ne traversent pas les décennies de la même manière que leurs inspiratrices et, progressivement, le doré disparaît. Certains clients, de bonne foi, en ont pleuré lorsqu'ils ont découvert la supercherie de leurs aïeuls ».

 

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Bracelet et visserie : discrets mais révélateurs

Un autre indice, plus subtil, permet de détecter une contrefaçon : son bracelet. C'est généralement une partie de la pièce examinée avec une moindre attention. C'est une erreur : un bracelet mal inséré entre ses cornes révèle un ajustement aléatoire typique d'une contrefaçon.

Hors boîtier, la visserie peut également trahir l'origine d'une pièce : quand certaines maisons comme Patek Philippe disposent, en interne, de plusieurs centaines de références de vis, les malfrats ne disposent en général que de stocks plus ou moins dégrossis destinés à des lots entiers de montres, qu'il s'agisse d'une Glashütte, d'une Longines ou d'une Blacksand. Ces marques offrant des caractéristiques techniques fort différentes, la visserie commune proposée par les contrefacteurs présentera nécessairement des approximations d'ajustage qui peuvent trahir l'origine de la pièce.


Le mouvement, juge de paix entre copie et authentique

Pour les pièces plus récentes, sans altération de métal ou de défaut flagrant de visserie, il faudra alors se pencher sur le cœur de la montre : son mouvement. « C'est le mouvement qui conclut l'expertise », tranche Jean Garcia. « Il n'y en a aucun qui résiste à l'analyse, même de surface ». C'est notamment la raison pour laquelle très peu de contrefaçons offrent un fond saphir transparent. Les mouvements contrefaits n'offrent quasiment aucun point commun avec une pièce authentique : pas de finition, ajustements aléatoires, éléments mal vissés, jeu dans le train de rouage, etc. Dans cet abécédaire sans fin, l'élément le plus fragile est généralement le remontoir : son test permettra au mieux de détecter du jeu, au pire de vérifier qu'il est cassé.
 

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Le nouveau rôle des papiers

Enfin, outre la pièce, il ne faut pas négliger la contrefaçon, plus rare, de ses papiers. « Une pièce livrée avec une boîte et ses papiers a tendance à rassurer », indique Jean Garcia. Or il est bien plus facile d'éditer une fausse facture ou un faux certificat d'authenticité que de créer un faux mouvement.
 
Il existe peu de véritables moyens, immédiats et simples, pour un acquéreur, de vérifier l'authenticité de papiers. En réalité, il n'en existe qu'un : en faire parvenir une copie à la maison d'où est supposée venir la pièce. Cette dernière pourra alors vérifier l'authenticité de la facture, sa date, le numéro de série de la pièce, etc. Et, en cas de doute sur la bonne foi d'un vendeur, il est également beaucoup plus aisé et diplomate de lui emprunter pour authentification les papiers de la pièce que la pièce elle-même...