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Si la légende dit que JeanClaude Biver transforme tout ce qu'il touche en or, c'est le magnésium qui lui permet aujourd'hui de frapper à nouveau un grand coup. Comment? «En fusionnant les matières», répond le patron de Hublot avec son enthousiasme débordant. En clair, la stratégie mise au point par la marque dès ses débuts vient de trouver son aboutissement. En 2004, JeanClaude Biver expliquait en effet vouloir bousculer le secteur horloger en mariant les matières high-tech à la tradition horlogère. Naissait alors la Big Bang, avec le succès que l'on connaît désormais: un chiffre d'affaires multiplié par 6 en l'espace de trois ans et des commandes qui explosent un peu plus chaque mois. «A fin septembre, nous avons 30 000 pièces en commandes pour 243 millions de francs. Soit environ un délai de livraison d'une année. C'est vraiment inespéré», lance-t-il. Et voici qu'une étape supplémentaire vient d'être franchie avec la Mag Bang, une Big Bang normale en apparence, et pourtant radicalement différente dans sa conception: réalisée entièrement – boîte et mouvement - dans un alliage de magnésium et d'aluminium baptisé AG5, la montre arbore un look monocolore et ne pèse que 78 grammes. Le tout pour 28 900 francs, soit 10 000 francs de moins que sa jumelle en platine. Difficulté technique Une petite révolution du savoir faire horloger. Habitué à fabriquer les mouvements des garde-temps en laiton, le secteur n'était encore jamais allé si loin. «Notre objectif a toujours été de nous différencier des autres marques par un concept original. Obtenir une unité totale des matières, cela a toujours été notre philosophie. Il n'y a pas de sens à utiliser un mouvement en laiton plus lourd que le boîtier», résume le patron de Hublot. Logique, l'idée n'en est pas moins ardue d'un point de vue technique. Comparé au laiton, l' AG5 est difficilement malléable afin de l'adapter à la dimension de la montre. Fabriquée «maison», la Mag Bang a donc nécessité l'intervention de mécaniciens de précision obligés de travailler sous vide, ainsi que de machines spécifiques achetées en prévision de la création de la nouvelle manufacture en 2009. Installées pour l'heure dans la zone industrielle de Gland, ces machines à 1 million de francs pièce – Hublot en a commandé 6 et déjà reçu 2 – s'emploient 24 heures sur 24 à réaliser l'ébauche de la montre. Nouvelle dimension Sorti d'usine, le garde-temps arbore une seule couleur, est conçu d'une seule matière et bénéficie d'une seule terminaison avec un aspect mat tant sur le mouvement que sur le boîtier. «Nous avons ajouté une nouvelle dimension au secteur qui demande la collaboration de nouveaux corps de métiers. L'industrie horlogère a beaucoup changé ces dernières années», poursuit JeanClaude Biver. Sérénité La boucle est bouclée. Editée à hauteur de 250 exemplaires, la Mag Bang est déjà épuisée avant même d'avoir été mise sur le marché. «Les montres extra-légères font peur à la clientèle traditionnelle, qui associe le poids à la qualité. La nouvelle génération, elle, associe la légèreté à la performance », explique le créateur de la Big Bang. Reste que l'euphorie du marché pourrait bien un jour s'amoindrir. Une fatalité que JeanClaude Biver attend toutefois sans crainte. «Une telle expansion n'est jamais éternelle. Nous nous dirigeons inévitablement vers une stabilisation de nos ventes. Mais Hublot a des ressources. Et moi plein d'idées», sourit-il. On le croit volontiers.
Tribune de Genève / Florence Noël / www.tdg.ch
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