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La crise m'occupe

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Jean-Claude Biver, directeur général des montres Hublot, ne cède pas au marasme ambiant, mais il déclare «anticiper et agir». Pour lui, transmettre le savoir-faire et encourager la formation continue relèvent de l'évidence.

Il faudra décidément plus qu'une récession pour priver Jean-Claude Biver de sa foi en l'avenir et de son énergie. Lorsqu'on lui demande s'il est préoccupé par la crise économique qui point méchamment à l'horizon, le directeur général des montres Hublot nous arrête tout de suite: «Préoccupé, au niveau sémantique, c'est quelque chose de négatif. Je dirai plutôt que la crise m'occupe. J'anticipe et j'agis. La crise fait partie de notre métier. La dernière remonte à 2001. C'est cyclique.»?Hublot_324727_0

Pénurie d'horlogers

Anticiper et agir, pour celui qui a fait de Hublot l'un des fleurons de la haute horlogerie suisse en quelques années, c'est tout d'abord devenir «plus prudent. On décale les achats, on les répartit dans le temps, on investit moins vite. Cela nous laisse une liberté et une meilleure visibilité: si la situation s'aggrave, on est justes. Si les affaires marchent mieux que prévu, on recommande.» S'il constate un ralentissement dans le secteur du luxe en général, Jean-Claude Biver observe que les neuf premiers mois de cette année ont été excellents pour l'horlogerie suisse: «Celle-ci demeure à un niveau extrêmement élevé. Si elle devait perdre même 10% sur l'année 2009, ce ne sera pas un drame.»

Crise ou pas, la pénurie d'horlogers demeure une réalité qui rend la vie dure aux manufactures. Pour pallier ce manque de main-d'œuvre, Hublot recourt ainsi aux services d'horlogers retraités. «Mais pas seulement des horlogers: 12% de l'ensemble de notre personnel, horlogers compris, est constitué de personnes à la retraite. Ces seniors ont un rôle important à jouer dans la transmission du savoir-faire et l'encadrement des jeunes générations.»

L'industriel nyonnais martèle à quel point il est important de rendre aux retraités un rôle social: «En continuant de travailler, ils retrouvent un rythme, une discipline et leurs repères. C'est valorisant.» Surtout, Jean-Claude Biver insiste pour leur aménager un travail sur mesure: «Dans un job, il y a 20% de tâches qui nous embêtent. Donc, lorsqu'on leur confie un travail sur mesure, débarrassé de ces tâches-là, leur rentabilité va augmenter. Et en plus, ils seront épanouis!»

Conscients de la pénurie d'horlogers qualifiés, les milieux intéressés ont réagi en lançant des campagnes de promotion. Le nombre de contrats d'apprentissage augmente, mais cela reste très insuffisant. Hublot apportera sa contribution en consacrant, en septembre prochain, une partie de sa nouvelle usine à la formation de plusieurs apprentis horlogers.

Transmettre le savoir-faire

«Les enseignants seront des horlogers retraités qui ont envie de transmettre leur savoir-faire, plaide l'industriel. Nous allons confier à ces jeunes des travaux intéressants, les intégrer dans le processus, les valoriser. Ils feront des erreurs, mais c'est le chemin obligé qui mène à la compétence.» Sous-payés dans les années 80, à en croire ce dernier, les horlogers bénéficient aujourd'hui de très bonnes conditions financières: «Ils n'ont rien à envier à personne.»

A l'heure de conclure cet entretien, Jean-Claude Biver observe que trois choses relèvent du luxe: la santé, la satisfaction professionnelle et l'équilibre affectif. «Pour se sentir bien, il faut les trois en même temps. Un seul ne suffit pas. Le travail occupe une place extrêmement importante. On s'est beaucoup occupés de la santé. Pour l'affectif, on n'a pas fait grand-chose. Il faut aujourd'hui s'attaquer au travail et lui redonner son importance.»

«Les écoles doivent travailler main dans la main avec les entreprises»

La formation constitue une évidence aux yeux de Jean-Claude Biver. Aussi salue-t-il le lancement d'un Master of Advanced Studies HES-SO en design et industrie du luxe par l'Ecole cantonale d'art de Lausanne (ECAL), dont Hublot est l'un des parrains. «Les écoles doivent travailler main dans la main avec les entreprises, assure l'horloger. Ce genre de partenariat donne des résultats: il faut éduquer les gens afin qu'ils puissent être intégrés rapidement dans la vie pratique.» Et la formation continue? «C'est un pléonasme, lance le patron de Hublot. Nous sommes toujours en train d'apprendre. C'est le cas lorsqu'on achète un nouveau téléphone mobile, dont on doit comprendre les fonctionnalités. Pour l'être humain, c'est une nécessité biologique.»
(jfk)

JEAN-FRANÇOIS KRÄHENBÜHL 3 décembre 2008 Hublot_324727_1

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