25
WorldTempus · 25 ans

25 ans, 25 cadeaux

Trois minutes, 25 chances de gagner : une montre DOXA, des séjours d'exception et bien plus.

Je participe

Les Fêtes de Versailles aux bons soins de Molière

4 minutes read
L'inauguration du «Palais enchanté» de Louis XIV permit à Molière de briller comme jamais, notamment par la représentation de la pièce La Princesse d'Elide, créée pour l'occasion.
En 1664, Molière a 42 ans. Deux années auparavant, il a épousé la toute jeune Armande Béjart (fille de Madeleine, son ancienne maîtresse) et il vient d'avoir un fils qui est le filleul du roi. Il est alors au comble de la faveur royale. Trois ans plus tôt, Louis XIV, seulement âgé de 23 ans, avait annoncé, à la stupeur générale, sa résolution de commander lui-même son Etat. Le monarque a entrepris de transformer un simple relais de chasse à Versailles en un «château qu'on peut nommer un palais enchanté, où tout y rit dehors et dedans», tant l'art s'y marie à la perfection à la nature. Histoire_324711_0

Les Plaisirs de l'Ile enchantée, 1664, exemplaire rarissime complet du premier tirage avec les planches. Dessins et gravures d'Israel Silvestre. Ici, la 3e Journée: au milieu du grand Etang, l'île d'Alcine et son Palais enchanté. Sur les monstres marins: Mlles du Parc, de Brie et Molière (Armande), dans les rôles d'Alcine, Célie et Dircé. FONDATION MARTIN BODMER/DR

C'est là que l'on prépare depuis plus d'une année des fêtes qui surpasseront tout ce que le surintendant Fouquet avait su offrir. Elles durèrent une semaine, du 7 au 14 mai 1664, et furent la véritable inauguration de Versailles, en présence des reines et de la maîtresse du roi, Mlle de la Vallière. Les trois premières journées eurent pour thème Les Plaisirs de l'Ile enchantée d'après le Roland furieux de l'Arioste, roman de chevalerie écrit pour les princes de la maison d'Este à la toute fin du XVe siècle: la magicienne Alcine, soeur de la fée Morgane, retenait prisonniers dans son île enchantée de vaillants chevaliers, conduits par le somptueux Roger, incarné par le roi lui-même, lesquels se distrayaient par «une course de bague, une collation ornée de machines, une comédie mêlée de danse et de musique, un ballet du Palais d'Alcine» suivi d'un feu d'artifice libérateur.

Molière et sa troupe y furent mis fortement à contribution, tenant le rôle de divers personnages, récitant des louanges en vers, chevauchant des monstres marins. Molière composa pour l'occasion la pièce qui occupa la nuit du second jour, La Princesse d'Elide, montée sur un théâtre protégé du vent et éclairé d'innombrables flambeaux et bougies: la fille du prince, véritable Diane chasseresse, a pris en horreur prétendants et mariage, avant que de céder à l'amour pour le prince d'Ithaque.

Une intrigue à la Marivaux

L'ensemble formait un étonnant mélange de toutes les traditions littéraires: le Val des Amants du Lancelot en prose, la Circé d'Ulysse, la galanterie héroïque des Italiens des Roland amoureux et Roland furieux, les plaintes amoureuses de la poésie baroque, désespérée par quelque Diane inaccessible et vengeresse, mais aussi les bergeries antiquisantes et médiévales. Sans oublier le rire des fous et des sots, dont le rôle est aussi tenu par un Molière, mime exceptionnel devant un ours et bouffon de cour en la personne de «Moron».

Mais il y a plus: la comédie préfigure Marivaux, avec toute la finesse d'une intrigue fondée sur le «dépit amoureux». Si le prince s'éprend de la belle, ce n'est pas de l'avoir déjà vue, mais d'avoir ensuite appris qu'elle était insensible à l'amour. Si la princesse, quant à elle, se pique au jeu, c'est du dépit de rencontrer un prétendant qui fait fi de ses charmes ou plutôt feint de le faire. Comme si l'amour naissait de la faille que l'on voudrait provoquer et éprouver dans ce bloc de glace d'un coeur qui se suffit à soi et se détourne tel un amour auquel on n'aurait pas droit et auquel il fallait renoncer. Dans la brèche ouverte de cet interdit, quelque chose fait signe qui est signe de l'amour.

La comédie de trop

Molière fut à l'honneur tout au long de ces réjouissances, puisqu'on représenta encore le soir du dimanche 11 mai la comédie des Fâcheux, puis celle du Mariage forcé le soir du 13 mai, toutes deux mêlées d'entrées de ballets et de récits. Mais il est notable que ce soit dans ce cadre léger et volage de fêtes, de merveilles et de plaisirs, où les amours royales indisposent tous ceux qui, comme Bossuet et la reine mère attendaient du règne personnel qu'il fût d'abord chrétien, que Molière au sommet de son art fit aussi jouer une comédie nommée Tartuffe, sa treizième pièce. Les dévots avaient voulu l'empêcher, le roi jugea bon de ne pas assister. La querelle du Tartuffe allait éclater. La pièce donnée au Palais-Royal du 9 novembre 1664 au 4 janvier 1665 a été représentée vingt-cinq fois et ne fut plus reprise en public. Commencèrent alors pour Molière les années amères de 1664 à 1669.

Charles Méla, directeur de la Fondation Martin Bodmer


Fondation Martin Bodmer
Cologny,
19-21, chemin du Guignard.
Tél. +41 22 707 44 33.
www.fondationbodmer.org

Tribune des Arts - Décembre 2008 - No 367