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Fermeture d'une usine dans le Jura

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Tout le personnel de Pignons Juracie a été licencié. Mais le directeur se rebiffe

Tribune de Genève - 28 octobre 2010

Roland Rossier



C'est David contre Goliath. La fermeture, à Lajoux (JU), de l'usine Pignons Juracie SA et la mise à pied de l'ensemble du personnel restent en travers de la gorge de son fondateur – et directeur également remercié – Jean-François Christen. L'entrepreneur ne décolère plus. Il se sent trompé par Vartan Sirmakes, patron du groupe genevois Franck Muller, qui lui a annoncé cette décision samedi dernier. «Mais il ne m'a jamais parlé du sort du personnel», assure le Jurassien, qui a créé cette entreprise de composants horlogers il y a trente-huit ans. Du coup, la décision qu'il a prise il y a dix ans, celle de vendre sa boîte, lui laisse comme un goût amer.

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Pas de plan social

A Genève, on a moins d'états d'âme. «Nous avons annoncé ces 14 licenciements pour raisons économiques», indique Nicolas Rudaz, directeur au groupe Franck Muller. Un plan social a-t-il été prévu? «Nous avons choisi de ne pas offrir de plan social», répond le Genevois avant de préciser: «Notre objectif est de déplacer les machines de Pignons Juracie à Meyrin, dans les locaux de la société LFHH. C'est logique car ces deux entreprises, qui ont été fusionnées en juin, fabriquent des composants pour mouvements de montres. Je peux comprendre la colère de M. Jean-François Christen; s'il le désire, il peut s'opposer, mais je rappelle que nous sommes propriétaires de Pignons Juracie.» S'opposer? Le mot est faible. Jean-François Christen entre pratiquement en résistance. Pas question de laisser filer au bout du Léman les précieuses machines. «Je ne vais pas me laisser faire. Notre usine marche bien. En 2009, Pignons Juracie a réalisé un chiffre d'affaires de plus de 3 millions de francs et un bénéfice net, toutes charges comprises, de 870 000 francs, un record dans ses trente-huit ans d'existence.»

Sans entrer dans le détail de ces chiffres, Nicolas Rudaz insiste: Pignons Juracie SA appartient au groupe Franck Muller. Point.


Ultime épisode

Mais la partie pourrait s'avérer plus ardue que prévu pour le groupe genevois. D'une part parce que le Jurassien garde les clés de l'entreprise et d'autre part parce que les chiffres sont connus de l'Administration fiscale cantonale. Elle ne devrait pas manquer de réclamer au groupe genevois des détails sur les flux financiers entre Pignons Juracie SA, LFHH et d'autres entités du groupe Franck Muller.

Jean-François Christen ajoute encore détenir une créance de 4 millions de francs de marchandises livrées à Franck Muller, «qui n'a pas été payée depuis avril 2009». Nicolas Rudaz hausse les épaules: «Ces questions relèvent de la facturation interne du groupe.»

La fermeture du site est l'ultime épisode d'une période difficile pour le groupe Franck Muller. En termes d'emplois, l'horloger a sérieusement maigri, passant d'un gros millier de salariés à 410, dont 350 à Genève et 60 dans le Jura, dans une fabrique de cadrans située aux Bois. Dans une commune où Vartan Sirmakes rêvait de construire un énorme projet horloger. Un projet aujourd'hui abandonné.

 

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