L'entreprise prévôtoise réalise la moitié de son chiffre d'affaires suisse dans ce domaine
Lorsqu'ils ont vu le jour il y a plus d'un siècle, les trois grands constructeurs de machines-outils de Moutier ont dû en grande partie leur développement à l'horlogerie, fournissant en tours automatiques des centaines de petits ateliers. L'usine Petermann a disparu à l'orée des années 70, bientôt suivie par Bechler. Reste Tornos, qui continue d'équiper les grandes marques horlogères et leurs sous-traitants, au point qu'en 2007, la moitié de ses ventes sur le marché suisse a été consacrée à ce secteur. Un résultat qui valait bien les journées horlogères organisées pour la première fois par l'entreprise phare de Moutier sur son site.Depuis mercredi, les spécialistes de Tornos reçoivent des horlogers afin de leur présenter des solutions d'usinages pour leurs pièces, souvent minuscules et juste visibles à l'œil nu. Entre 100 et 200 visiteurs sont attendus jusqu'à ce soir. Compte tenu du nombre d'inscriptions, cette première manifestation horlogère est un succès et sera dans doute renouvelée. La fonction et l'esthétique La manifestation permet également au fabricant de machines de présenter en avant-première sa nouvelle halle, qui sera officiellement inaugurée dans le courant de mai. Les vastes locaux de 5000 m2 servent aux opérations finales de mise en service et de mise en train des machines construites dans les anciens ateliers, et une surface de 300 m2 a été aménagée en salle d'exposition et de démonstration. C'est là que les visiteurs découvrent deux machines répondant au plus près aux besoins de l'industrie horlogère, et trouvent des interlocuteurs pour résoudre leurs problèmes. En horlogerie, les machines du fabricant sont principalement utilisées dans la réalisation de pièces de mouvement et d'habillage. L'amour de la belle mécanique et le renouveau des montres «squelettes» à mécanisme apparent incitent les manufactures à doter leurs pièces classiques de fonctions annexes. Ainsi, vouée à l'assemblage, la visserie assure également une fonction de communication et de design: la perfection n'est plus du seul domaine de la précision, mais s'applique aussi à l'aspect visuel. Nouvelles machines, nouvelles matières Construit il y a quelques années, le tour Micro 8 rencontre un grand succès dans le monde horloger. Cette machine fonctionnant sans canon de guidage offre une précision extraordinaire de plus ou moins un micron. De la même famille, la Micro 7 est présentée en avant-première dans la halle d'exposition, et sera révélée en première mondiale la semaine prochaine au Salon international de la machine-outil de décolletage, le Simodec, à la Roche-sur-Foron, en Haute-Savoie. Cette machine polyvalente, assurant une précision à deux microns près, répond à la demande des fabricants d'horlogerie, et comme sa grande sœur, permet d'usiner de très petits diamètres. La tendance actuelle, nous explique Pierre-Yves Kohler, porte-parole de Tornos, est à la construction de machines capables d'usiner des pièces d'un degré de complexité qu'on n'aurait su imaginer il y a quelques années. La recherche porte aussi sur l'usinage de nouveaux matériaux, comme le PTFE, un plastique plus coûteux que le titane, biocompatible, donc employé dans le domaine médical, notamment pour les implants. Les pièces réalisées dans cette matière sont mieux tolérées que les métaux par le corps humain, mais il est nécessaire de les marquer au moyen d'une minuscule insertion de métal afin qu'elles apparaissent lors d'examens radiologiques, sans quoi elles seraient invisibles. Leur fabrication elle-même pose problème, puisque l'huile des décolleteuses traditionnelles doit être remplacée par de l'air pour refroidir les pièces et évacuer les copeaux. Autant dire qu'avec ces innovations, les ingénieurs ont encore de beaux casse-têtes devant eux.