Louis Vuitton et Coupe de l'America

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En 1983, Bruno Troublé a eu l'idée d'associer la plus célèbre compétition de voile à la marque française.
Tribune des Arts - Juillet 2012

Jean-Daniel Sallin

Lors de la 34e édition – qui aura lieu à San Francisco en 2013, Louis Vuitton profitera de fêter cet anniversaire en grande pompe et, en tant que chronométreur officiel, d'arbitrer les régates. Interview avec le père de la coupe Louis-Vuitton.

 

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L'homme a participé aux Jeux olympiques de Mexico en 1968. Avant de devenir le skipper fétiche du Baron Bich, célèbre créateur du stylo à bille. En 1980, il emmène ainsi le défi tricolore, France III, jusqu'en finale des challengers – dans laquelle il s'inclinera face au bateau australien d'Alan Bond (1-4). Cela reste le meilleur résultat des marins français dans cette compétition... Bruno Troublé est une sommité dans le monde de la voile. D'autant qu'il est le père historique de la Coupe Louis-Vuitton. À chaque édition, depuis 1983, cette compétition sert à sélectionner le bateau qui aura l'honneur de défier le détenteur de la Coupe de l'America.

L'année prochaine, la 34e édition aura lieu à San Francisco (7-22 septembre). Avec le Golden Gate en toile de fond. Ainsi en ont décidé Larry Ellison et Oracle, vainqueurs d'une parodie de finale en 2007 à Valence contre Alinghi! Après quatre ans de transition, Louis Vuitton est de retour sur le pont. En tant que co-organisateur et chronométreur de la compétition. La marque française en a profité pour sortir deux montres Tambour Régate aux couleurs de l'America's Cup. Bruno Troublé, lui, profite de l'occasion pour revenir sur ce partenariat qui vivra son 30e anniversaire sur les eaux américaines.


Comment vous est venue l'idée d'associer Louis Vuitton à la Coupe de l'America?

J'avais participé à deux reprises à cette compétition en tant que skipper avec le Baron Bich: en 1977 et 1980. Sur un bateau qui avait d'ailleurs été construit par des Suisses à Pontarlier. En 1983, je n'avais pas d'argent, pas de partenaires, et je trouvais un peu idiot que ce soit les challengers eux-mêmes qui paient l'organisation des régates pour désigner celui qui devrait défier les détenteurs de la Cup. Cela nous coûtait quand même entre 60 000 et 80 000 euros chacun. À l'époque, c'était une somme...


Et alors?

J'ai proposé aux autres de trouver un partenaire. À l'époque, il n'y avait pas encore de sponsors dans l'America's Cup! J'ai tout de suite pensé à Louis Vuitton. La marque était née en 1854, trois ans après la Coupe de l'America, il y avait donc une certaine logique à associer ces deux noms. J'ai téléphoné au président de Louis Vuitton. J'étais à Newport, à l'entraînement, il était 16 heures à paris. Je lui ai expliqué la situation: les bateaux, les voyages... Il m'a demandé un temps de réflexion. Il m'a rappelé six heures plus tard pour me donner son accord. Il nous a signé un chèque de 250 000 dollars.


Plutôt rapide... Ce ne serait plus possible en 2012, non?

en effet. Ce qui a pris quelques heures dans les années 80 aurait demandé un an d'efforts et de réunions aujourd'hui. Le temps de convaincre le comité directeur, l'équipe de marketing, etc. La Coupe Louis-Vuitton est née ainsi.


Qu'est-ce que vous retenez de votre expérience dans l'America's Cup?

Cette compétition a changé ma vie. J'étais avocat à Paris, je suis passé du barreau à la barre et je ne l'ai jamais regretté. Je voue une véritable passion pour la Coupe de l'America. C'est plus qu'un sport! D'ailleurs, à part là, Louis Vuitton n'est présent ni dans le sport, ni dans la voile... par son implication, elle a amorcé une longue histoire riche en anecdotes et en personnalités. La Cup a créé des gens extraordinaires comme Ted Turner – qui n'était pas encore le tycoon de CNN – Peter Blake, Dennis Conner ou Alan Bond. La Coupe de l'America est aussi un phénomène géopolitique: depuis ses débuts, elle a accompagné l'émergence de nouveaux mondes comme les États-Unis, puis l'Australie et la Nouvelle-Zélande.


Le lien avec Louis Vuitton est-il réellement historique?

Plus qu'on ne le pense... On vient d'ailleurs de découvrir une lettre de Harold Vanderbilt (ndlr. vainqueur de la Coupe de l'America à trois reprises: 1930, 1934 et 1937) dans laquelle il commandait des malles à Louis Vuitton. Or, nous avons retrouvé ces malles dans sa maison de Newport: elles étaient dans le grenier! On a vérifié les numéros, il n'y a aucun doute là-dessus...


La Coupe de l'America a beaucoup évolué depuis les années 80. Comment le vivez-vous?

Par le passé, c'était un milieu très traditionnel, il y avait une certaine élégance... Aujourd'hui, avec la télévision, la Cup est devenue archimédiatisée. On ne veut plus voir un équipier qui dort sur le pont. Les régates durent trente minutes maximum, c'est devenu beaucoup plus spectaculaire. On peut regretter le côté traditionnel, mais, si on souhaitait séduire la TV, il fallait absolument passer par cette évolution. Au départ, j'étais contre les multicoques. Mais, avec ces bateaux-là, on court tout le temps, quel que soit le vent. Pour la télévision, c'était important que les régates partent à l'heure et, surtout, au jour prévu.


En 2003, Alinghi et Ernesto Bertarelli remportent le Coupe de l'America. Une surprise pour vous?

C'était bien que la Coupe retourne en Europe... ensuite, nos relations avec Ernesto se sont quelque peu compliquées. Louis Vuitton a toujours été vu comme le gardien de la compétition, on s'investissait beaucoup dans l'organisation de l'événement... Qu'il nous considère comme un sponsor juste bon à signer les chèques n'a pas été très bien perçu. Je lui en veux un peu pour ça!


En 2007, Louis Vuitton avait d'ailleurs décidé de se retirer de la compétition... Une transition difficile à avaler?

Cette bagarre juridique entre Ernesto Bertarelli et Larry Ellison était une histoire sordide. Elle a en tout fait beaucoup de mal pour l'image de la Coupe. Le fait que ce procès se déroule à New York ne laissait d'ailleurs que peu d'espoirs à Bertarelli de l'emporter. C'était un peu comme se plaindre de sa femme auprès de sa belle-mère...


Aujourd'hui, Louis Vuitton est revenu aux affaires dans la peau du chronométreur officiel...

Le fait qu'on célèbre le 30e anniversaire de notre partenariat avec l'America's Cup en 2013 a été l'argument primordial à notre retour. Nous avions déjà été chronométreur de la compétition en 2003 à Auckland, puis en 2007 à Valence...


Cette position vous donne-t-elle encore plus de responsabilités?

Cela nous offre déjà plus de visibilité. mais, d'un point de vue technologique, c'est intéressant, puisque les départs sont donnés à la seconde près. Pour Louis Vuitton, c'est un bon complément. D'autant que la marque ne s'est lancée dans l'horlogerie qu'en 2002. On commence à avoir une excellente image dans ce secteur d'activité.


La Coupe de l'America n'est plus seulement un événement qui se déroule tous les quatre ans. C'est aussi un circuit de régates qui s'arrête à Cascais, Plymouth, Venise ou Newport. Est-ce une bonne chose?


Cela permet de garder ses sponsors... en 1983, lorsque j'étais skipper, il y avait un médecin, des avocats ou des pêcheurs à mes côtés. Une fois que la Coupe était terminée, chacun retournait à son boulot. Aujourd'hui, il n'y a que des pros! Est-ce un bien ou un mal? Je ne sais pas. Mais il faut pouvoir occuper ces gens et ça coûte de l'argent...


La prochaine édition aura lieu l'année prochaine dans la baie de San Francisco. Ce sera forcément un spectacle extraordinaire!

Oracle et Larry Ellison ont fait un travail considérable pour rajeunir la compétition. Le seul bémol que je mettrais, c'est d'avoir voulu maintenir la compétition en 2013... Avec la crise économique, les autres équipes n'ont pas eu le temps de trouver des sponsors. Mais, bon, l'America's Cup a toujours été à la pointe de la technologie: les bateaux sont si exceptionnels que ça limite forcément l'accès! Il n'y a donc jamais eu beaucoup de concurrents sur la ligne de départ.

 

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La Coupe de l'America

La 34e édition aura lieu à San Francisco du 7 au 22 septembre 2013. Dernières étapes des America's Cup World Series: 21-26 août 2012 à San Francisco, 4-7 octobre 2012 à San Francisco.

 

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