«Le choix de Miami Heat est d'ores et déjà gagnant»

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Entre la finale de basket NBA et l'Euro de football, Hublot et Jean-Claude Biver sont omniprésents sur la scène sportive.


24Heures - 4 juillet 2012

André Boschetti


Si, comme le prétend Jean-Claude Biver (62 ans) lui-même, «l'art du management est d'être à la bonne place au bon moment», on peut volontiers dire de celui qui contribue largement à la notoriété de Hublot depuis huit ans qu'il est lui aussi un artiste dans son domaine. A la fois sponsor de Miami Heat, sacré champion NBA le mois dernier, et d'un Eurofoot aussi spectaculaire que suivi, la marque de montres de luxe sise à Nyon a été omniprésente ces derniers temps.

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André Boschetti: Jean-Claude Biver, en choisissant d'unir votre marque au Miami Heat et à l'Euro 2012, vous avez réussi deux très gros coups…
Jean-Claude Biver: C'est vrai, mais je ne crois pas que cela soit le fruit du hasard. La chance joue un rôle important dans la vie, mais pas à ce niveau. Longtemps j'ai cru, comme on me l'a enseigné, que tous les hommes naissaient égaux. Et je me suis rendu compte avec le temps que c'était faux. Celui qui naît au Soudan avec la malaria ne part pas avec les mêmes atouts que l'enfant qui voit le jour en Suisse au sein d'une famille aimante et équilibrée. Le hasard a voulu que je naisse au bon endroit, mais c'est moi qui ai décidé de poursuivre ma vie sur le même chemin.

Avec un certain succès, non?

Oui, mais pas toujours. Heureusement pour moi, j'ai aussi connu pas mal d'échecs qui m'ont aidé à grandir, à progresser. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi notre société actuelle n'accepte pas l'échec. Il est tellement stigmatisé aujourd'hui que les gens en arrivent à ne plus rien oser entreprendre. De peur de se tromper.

Ce qui n'est apparemment pas votre cas. Décider de se lancer sur le marché du basket américain, n'était-ce pas un pari risqué?
Je ne pense pas. Afin de toucher le mieux possible ce marché, nous nous sommes inspirés de ce que nous avions fait pour le football en 2006. A l'époque, nous nous étions aperçus que le sport le plus populaire en Europe comptait certes de nombreux sponsors prestigieux, mais aucun dans le domaine des marques de luxe. Or le foot touche absolument toutes les catégories de la population, du vieillard dans son EMS au gamin de 5 ans. De l'homme le plus riche au plus pauvre. Il y avait donc forcément un créneau pour nous aussi. Nous avons procédé à la même réflexion pour toucher le marché des Etats-Unis, et il s'est avéré que le basket était là-bas le pendant parfait du football ici.

Oui, mais avez-vous eu le nez creux ou un peu de chance en choisissant le futur champion?
Un peu des deux peut-être, mais pas seulement. Je suis toujours parti du principe que lorsqu'on ne connaît rien dans un domaine, il faut se renseigner auprès de spécialistes. Et ceux-ci m'ont indiqué Miami comme cible privilégiée. Ensuite, en me rendant en Floride, j'ai rencontré Micky Arison, le propriétaire du Heat. Et le courant a d'emblée très bien passé entre nous. Ce dernier point a aussi indéniablement pesé dans la balance.

Quel est votre prochain projet aux Etats-Unis?
Nous sommes en négociations avancées avec les Los Angeles Lakers afin d'occuper le marché sur la côte ouest.

Mais ces investissements ne sont-ils pas très chers pour Hublot?
Ils coûtent effectivement beaucoup d'argent mais ils ne sont pas chers! Aujourd'hui, après deux ans avec Miami(ndlr: le contrat porte sur cinq ans), je peux d'ores et déjà affirmer que ce choix est gagnant. Et si c'était à refaire, je n'hésiterais pas une seconde, même à un montant bien supérieur! Comme Manchester United, Miami présente l'énorme avantage de nous ouvrir plus grand encore les portes du marché asiatique, et chinois en particulier.

Pourquoi axez-vous l'essentiel de vos efforts dans le sport?
Parce que je me suis rendu compte en 1980 déjà qu'il était le meilleur, car le plus universel, des vecteurs. Le sport est une vraie école de vie où l'on apprend à perdre, à lutter, à savoir faire preuve de beaucoup de patience et de courage pour atteindre ses objectifs. Des valeurs qui constituent un indispensable bagage pour affronter le quotidien. Et puis le sport libère non seulement le corps et l'esprit mais il apporte encore ce jeu, ce plaisir et ce rêve dont l'homme a un besoin vital.

Visionnaire, vous avez accompagné Martina Hingis depuis l'âge de 12 ans, mais comment avez-vous pu passer à côté de Roger Federer?
(Il sourit) Pour être sincère, on m'avait proposé de sponsoriser Federer alors qu'il était très jeune. Mais j'avoue y avoir renoncé après une longue réflexion. Et je reconnais sans problème qu'à son sujet nous avons bien mal anticipé son potentiel et son évolution. Ce qui confirme, comme je le disais en préambule, que j'ai commis pas mal d'erreurs dans ma vie. Mais que c'est assurément grâce à elles que j'ai pu grandir et m'améliorer.



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Une politique différente en Suisse


Comme d'autres marques prestigieuses de notre pays, Hublot n'investit pas un centime dans les différents clubs sportifs suisses ou régionaux. Régulièrement sollicité par les dirigeants romands, Jean-Claude Biver ne déroge pas à la règle qu'il s'est fixée depuis longtemps. «Nous faisons 6% de notre chiffre d'affaires en Suisse ce qui signifie que 6% de nos efforts sont consentis pour ce pays. Mais investir plus d'un million par an au FC Servette ou au Stade Nyonnais ne nous rapporterait pas un client supplémentaire. Cette démarche serait du pur mécénat. C'est pourquoi nous avons préféré donner cette somme à des fondations qui protègent l'enfance, soit à ceux qui restent aujourd'hui encore les plus faibles. Avec les quelque 400 places de travail que nous offrons et les impôts que nous versons chaque année, je crois que nous apportons notre contribution à la région.»

Malgré la volonté de Jean-Claude Biver de progressivement passer la main – il n'est d'ailleurs plus CEO depuis près d'un an –, la politique marketing de Hublot ne devrait pas changer. «Si les choses restent telles qu'elles le sont aujourd'hui, notre politique demeurera identique. En revanche, si, par exemple, un fléau tel que le racisme devait prendre une importance grandissante dans le football, notre implication dans ce sport pourrait bien entendu être revue. Un cas extrême qui montre que le changement doit toujours être dicté par l'extérieur et non pas par la simple volonté d'un nouveau responsable désireux de tout bouleverser dans le but de trancher avec le passé. Ce qui est malheureusement parfois le cas avec les nouveaux petits chefs…»

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