L’horlogerie selon Hermès ? Elle s’est construite autour d'un territoire singulier, avec des complications, des matières et des formes pour offrir des montres qui se démarquent par des styles et des histoires uniques. Comme cette H08, une montre à l'esprit sportif et à l'allure urbaine qui fait écho à l'univers masculin de la maison, en se détachant totalement des modèles précédents. Depuis son lancement en 2021, cette montre s’est imposée comme une proposition singulière dans le paysage horloger contemporain. Ni montre de sport au sens strict, ni pièce classique, elle s’inscrit dans cet entre-deux cher à Hermès, où le design structure la fonction. Trois aiguilles, chronographe, couleurs, elle s’est enrichit au fil des années de nouvelles variations. Cette année, elle revient dans une version squelette montrant qu’elle évolue encore sans changer de forme, elle révèle son mécanisme sans rompre son équilibre.
Une forme comme point de départ
Il y a une chose que l’on ne peut omettre chez Hermès et qui guide les métiers de la maison, c’est le thème de création donné chaque année par Pierre-Alexis Dumas, le directeur artistique. Il est un fil rouge, un point de départ. En 2026, le thème horloger qui a été choisi est « les mystérieuses mécaniques ». Et il semble que le cadran squelette ait déjà commencé à inspirer Philippe Delhotal, directeur de création Hermès Horloger, avec la Slim d'Hermès Squelette Lune sortie il y a peu, qui ouvre une nouvelle fenêtre sur le temps. La Hermès H08 poursuit cette idée de mécanique à l’architecture d’un mouvement qui apparaît comme un décor en perpétuelle métamorphose.
Comme la plupart du temps chez Hermès, l’histoire créative commence avec une forme. La H08 ne fait pas exception à la règle avec un boîtier coussin aux lignes adoucies, ni totalement rond ni véritablement carré, qui s’est imposé en quelques années comme sa signature identifiable. Dans cette version squelette, cette forme joue un rôle encore plus structurant. Le boîtier de 39 mm en titane, ici traité dans une finition satinée, agit comme un cadre. Il contient la complexité du cadran ajouré et maintient une cohérence visuelle essentielle. Le choix du titane n’est pas anodin : il apporte la légèreté, bien sûr au porté, mais également en laissant respirer la mécanique.
L'ajourage sans excès
Le jeu de matières est également apporté avec le bracelet en caoutchouc structuré effet « tissé » dont la couleur bleu turquoise, assortie aux index, accentue le côté sportif de la montre.
En horlogerie, s’aventurer au squelettage est un terrain glissant. Trop ouvert, il nuit à la lisibilité. Trop dense, il perd son intérêt. Il semble que Hermès ait opté pour une voie intermédiaire, parfaitement maîtrisée, car le cadran est ajouré, mais structuré. L’architecture centrale organise l’espace et guide la lecture. Les différentes strates du mouvement restent visibles, mais sont hiérarchisées. Chaque ouverture et chaque épaisseur participent à la lisibilité globale de la pièce. Les index restent ceux de la H08, on retrouve leur dessin légèrement arrondi associé à une typographie distinctive. Le choix d’un bleu turquoise et du Superluminova crée un contraste net avec la base anthracite du boîtier et du mouvement assure également pour en faire, au-delà d’éléments décoratifs, un outil facilitant la lecture immédiate du temps.
Un calibre mis en scène
Au cœur de la montre s’épanouit un nouveau calibre manufacture Hermès (H1978S) : un mouvement mécanique à remontage automatique essentiellement en titane qui devient un élément de composition. Visible côté cadran comme côté fond, il a été entièrement retravaillé pour s’intégrer à l’esthétique de la H08. Les composants sont là pour créer un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur de la pièce afin de ne rien perturber. « Pour ce premier squelette, nous ne voulions pas quelque chose de fin, même si le travail d’ajourage et de squelettage est fortement présent, nous voulions que le squelette conserve une certaine structure, comme un échafaudage métallique pourrait l’être. Il dispose d’un joli jeu de reflets, des espaces de vides et de pleins, qui nous ont permis également de mettre en valeur différentes textures et finitions. » explique-t-on chez Hermès. La mécanique n’est pas exposée de manière brutale, elle ne s’impose pas comme une fin en soi mais elle est réellement mise en scène pour se dévoiler au fil du temps qui passe.
Avec cette H08 Squelette, Hermès ne cherche pas à réinventer son modèle, mais à en explorer les possibilités. Le dessin reste intact, la lisibilité préservée, mais la montre gagne en profondeur et en complexité. Le squelettage est intégré dès la conception, sans perturber la montre tout en apportant une nouvelle dimension très graphique. Une manière, pour Hermès, de rappeler que la modernité ne passe pas forcément par la rupture, mais parfois par une évolution – très – maîtrisée.