Rencontre avec Julien Marchenoir, le Brand Equity & Heritage Director, dans le cadre de la création de l'opéra sur Rousseau.
Tribune des Arts: Vous soutenez un opéra. Qu'est-ce qui vous a séduit dans JJR (Citoyen de Genève)? Est-ce une première?
Julien Marchenoir: JJR (Citoyen de Genève) est une création voulue par la Ville de Genève et le Grand Théâtre. C'est certes la première fois à Genève que nous soutenons un opéra, mais ce n'est pas la première fois dans l'absolu. Nous avons déjà été sponsor de la Tosca à l'Opéra Bastille, en octobre 2007. À cette occasion, nous avons même offert une horloge murale qui a été placée dans le hall. À Genève, nous avons été sensibles au fait que c'est une création, qu'elle comprend de grands noms de renommée mondiale comme le compositeur Philippe Fénelon, qui a écrit pour l'Opéra de Paris, et le célèbre metteur en scène Robert Carsen. Et puis nous partageons certaines valeurs avec Rousseau, contemporain de Jean-Marc Vacheron, qui a fondé en 1755 à Genève un atelier devenu par la suite une manufacture. Il y a eu aussi une diffusion de l'esprit et des idéaux du Siècle des Lumières dans les milieux de la haute horlogerie. Nous nous retrouvons ainsi tout à fait dans cet opéra qui renoue en quelque sorte avec nos racines. Ce n'est pas pour rien que nous avons rejoint cette année le Cercle des Amis du Grand Théâtre.
Vous avez aussi un rôle très actif avec l'OSR…
Nous avons un partenariat à long terme avec cet orchestre exceptionnel qui contribue, lui aussi, à sa façon, au rayonnement de Genève. Ainsi hier, le 13 septembre, c'était le concert de rentrée de l'OSR. Son nouveau directeur artistique et musical, Neeme Järvi, un maître estonien, est doté d'un sens musical devenu légendaire et pratique un très large programme, qui comprenait ce soir-là au Victoria Hall, Mort et Transfiguration, de Strauss et le Chant de la Terre, de Mahler. C'était donc pour nous une double rentrée culturelle après la première de la création mondiale de l'opéra, le 11 septembre aux Forces Motrices. Genève a une vie culturelle très riche, mais nous n'en sommes pas toujours conscients.
Vous pratiquez une importante politique de soutien à la vie culturelle dans beaucoup de domaines en Suisse et à l'étranger. Y a-t-il un fil conducteur?
Pour nous borner à la seule musique aujourd'hui, nous soutenons ces trois arts classiques que sont la musique, l'opéra et la danse. Dans ce dernier domaine, nous sommes partenaires avec le Ballet de l'Opéra de Paris, un des plus anciens du monde puisque fondé en 1661, sous Louis XIV, et qui justifie toujours d'une renommée mondiale amplement méritée. Il vient de faire une tournée mondiale et nous avons soutenu le 13 juillet une soirée au Lincoln Center de New York, en clôture de sa tournée américaine, avec Suite en blanc de Serge Lifar, suivi de l'Arlésienne de Roland Petit et du Boléro de Maurice Béjart. Nous avions déjà organisé un dîner de gala à Paris au profit de cette tournée à l'occasion de la pré-générale à l'Opéra Garnier d'Orphée et Eurydice de Gluck, chorégraphié par Pina Bausch, pour quelque trois cents invités.
Vous occupez-vous des jeunes talents?
Nous sommes partenaires du nouveau diplôme que vient d'instituer l'OSR avec la Haute École de Musique de Genève, appelé Diplom of Advanced Studies en pratique d'orchestre. Cette première genevoise et mondiale offre la possibilité à de jeunes musiciens d'avoir une formation de 900 heures, dont 700 en pratique d'orchestre et le reste en théorie, sur trois pupitres, violon, cor et alto, au sein même de l'OSR. Ce sera pour eux une carte de visite exceptionnelle.
Qu'est-ce qu'être mécène au fond?
Dans notre approche, nous souhaitons mettre nos moyens et parfois notre expérience au service d'idées qui résonnent avec nos valeurs. Afin que les projets que nous soutenons fassent sens, nous nous livrons à un travail de repérage, nous faisons des évaluations et nous émettons des recommandations. Être mécène, c'est parfois courir un risque. Mais nous souhaitons être des mécènes engagés, être partie prenante dans les projets que nous appuyons. Nous recherchons en priorité ceux qui mettent en avant une réalisation qui est l'oeuvre de plusieurs talents réunis comme un orchestre symphonique ou une compagnie de ballet. Ce qui est au fond la même chose pour un bel objet horloger qui nécessite non pas un seul mais plusieurs talents pour être réalisé et porté à la perfection.
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Du Grand Théâtre au Musée d'Orsay
Le célèbre metteur en scène d'opéra Robert Carsen fait aussi bénéficier de son génie de grandes expositions.
Robert Carsen vient de fêter les 100 ans de son père au Canada, son pays d'origine, et partage désormais sa vie entre Paris et Londres. Ce très grand nom de la mise en scène lyrique que tous les grands opéras sollicitent depuis une bonne vingtaine d'années, est de retour à Genève. Il y fit ses débuts en 1988 grâce à Hugues Gall, alors directeur du Grand Théâtre, pour Mefistofélé. Un triomphe absolu repris aujourd'hui encore à travers le monde. Pour sa neuvième collaboration avec l'institution, qui prend cette fois la forme d'une création, il aborde les 300 ans de Rousseau, “une personnalité riche et complexe, complètement originale, pas assez reconnue alors qu'elle transcende toutes les époques.” Commandé par la Ville de Genève et le Grand Théâtre, JJR (Citoyen de Genève) se définit comme un divertissement philosophique en un acte, avec sept scènes et un vaudeville, traitant de différents thèmes liés au philosophe et évoquant trois âges de la vie de Rousseau, à 12, 21 et 66 ans. Et de louer la très belle collaboration avec toute l'équipe, de Ian Burton, son librettiste fétiche, au compositeur Philippe Fénelon, auteur d'une belle musique suggestive.
Mais il est une activité qui lui tient beaucoup à coeur: celle de metteur en scène de grandes expositions. Après, il y a deux ans, “Charles Garnier, architecte de l'Opéra de Paris” aux Beaux-Arts à Paris, et “Splendeurs et misères de Marie-Antoinette” au Grand Palais, il y retourne cet automne pour l'exposition “Bohèmes”, du 26 septembre au 14 janvier, tandis que le Musée d'Orsay accueillera “L'impressionnisme et la Mode” (25 septembre – 20 janvier) où ses talents de scénographe et de directeur artistique feront merveille. Cette deuxième exposition sera présentée par la suite à New York et à Chicago. “Ce sont deux expositions totalement opposées, mais c'est une nouvelle aventure à chaque fois.” La renommée de Robert Carsen est telle que la revue Avant Scène Opéra vient de lui consacrer sa dernière parution dans sa totalité.
